‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 108 sur 188 · A N. I.’ABRE MOl’SSINOT · texte numérisé non relu

A N. I.’ABRE MOl’SSINOT

r.c 28 janvifr 1 739.

Mon clier abbe, c'est ici qu’il font servir voire ami.

Mellons a quartiertoutc affaire, et ne songeons qu'a cclle du libelle diffamatoire.

1° D'abord, voici mon nouveau memoire que je vous

1 Ci't'c tcllrc d'aftiires, dun style si vif f t si anime, a die sinaulidrrmcnl nlleree dans luulc- Ira editions. Voy. CEuv. rom/iltlcs, t. till, j>. 407.

DE VOLTAIRE (1739). 3-fH

prie il’envoyer sur-le-champ, avec la leltre ci-jointo, a M. d’Argental.

2° Non-seuleraent je vous reitere la priere de parler fortement h madame de Bernieres, mais je vous conjure de prendre force fiacres, de dire a Demouliu qu’il me serve selon les lettres qu’il a recues, ct de le hicn cucourager.

3° Non-seulemenl il doit agir de son c<M6 avec la derniere vivacite, mais lout est perdu si vous n’agissez pas du v&lre, et si vous ne chargez pas quelqu’un de chercber le libelle, d'en d^poser un exemplaire cliezun eomnbssaire, avec proces-verbal . II faut charger un huissier intelligent de celte poursuite sans aucun retardement. (Le chevalier de Mould ne sait ce qu’il dit.)

4° Non-seulement encore Demoulin doit agir selon vos ordres, mais je vous prie tres-inslamment de passer de grand matin chez l’avocal Pitaval, cliez Andry le m^decin, chez Procope le medecin. 11s sont outrages dans la Voltairomanie. II faut que le chevalier de Mould les ameute, les presse avec vous de signer une requite a M. chancelier, requite simple et en deux mots. Les soussigncs NN. (lemandent humblement a monseigneur le chancelier , en leur nom el en celui de foils les hannetes gens, justice fun libelle diff'amaloire intitule : La Voltairomanie, dont V auteur est trop connu, et qu’il a ose mrttre sons le nom d'un arocat.

Pareilles requetcs a M. de Maurcpas, a M. d’Argenson, a M. Herault, 4M. le procureur general.

Cela est de la derniere importance.

Voyez si vous avez quelqu'un qui puisse se charger

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de faire loutes ces commissions au lieu de vous. Yous lui donnerez vos ordres, le payerez bien, et presserez le succes de ses demarches.

On a des nouvelles du mddecin Andry cbez Chaulierl le libraire et cbez tous les libraires;

De Procopc , au cafe de son pere ;

De Pitaval, cbez le libraire Cavelier.

Des que M. d’Argental aura approuve mon nouveau memoire, il vous le rcnverra, et vous le donnerez au chevalier pour le faire imprimer sur-le-champ; il est meilleur que le premier, plus moder6, et peut-etre plus toucbant; on pourrait meme demander un privilege; raais cela retarderait trop.

Vouspourriezadroilemenl faire venird’Arnaud dans ces circonslances, le loger et le nourrir quelquc temps, el le faire servir non-seulementacourirpartout, mais a ecrire. Cela doit partir de vous-m^me, et un mot de letlre a Vincennes fcra lout.

Je vous prie d'envoyer cbercber un jeune etudiant du college de Montaigu, nomine l'abbe Dupre, et de lui donner 6 lit res.

Je vous prie de m'envoyer les Observations svr les ecrits modernes ' depuis le nombre 225 inelusivement; mais qu’on ne saclie pas quo c’est pour moi.

Je refois dans ce moment voire lettre; il faut rembarrer le chevalier quand il parle d’imprimer a mon profit. Faites-lui senlir que c’est pour lui faire plaisir uniquement qu’on le charge d’un^el ecrit, el qu’assez d’autres demandent la preference.

1 n L-cueil r^dige par I'abbe DeBtontaines.

DE V0I.TA1RF. (1739). M~

II n'y a rien a craindre; un tel memoire peut s'imprimer tele levee.

Des (jue M. d’Argental vous l’aura renvoyS, vous en ferez faire cinq ou six copies par cinq ou six ecrivains. II faut qu'elles soient ex'lremeinenl correctes. Vous en cnverrcz a MM. de Maurepas, d’Argenson, Herault, d'Aguesseau, avocat general.

C’est des qu’on aura fait le proces-verbal du dep6t du libellc cbez un commissaire qu’il faut obtenir monitoire. Cbargez de cela un huissier adroit; n'epargnez point l’argent, cela m’cst d'une consequence extreme; surtoul retirez tout papier cbez le chevalier, je vous en supplie.

Non, sans doute, vous ne paraltrez pas dans le proces eriminel ; je ne deinande qu’un huissier, un liomme d’affaires intelligent, que vous aiguillounerez.

Je vous conjure de suivre cette atTaire avec la derniere vivacite; point de si, point de mais, rien n’est difficile a l'amilie.

Vous pourriez tres-bien ccrire une lettre a un ami en l air, dans laquelle vousmarquericz votre indignation contre tous ces libellcs, et vous rendriez gloire k la verite en connaissance de cause, comme un temoin oculaire de ma conduile ct de mes affaires depuis tres-longtemps. Je laisse a voire coeur le soin de la composer.

Je vous embrasse.

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