‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 109 sur 188 · I.ETTRF.S INfiDITF.S · texte numérisé non relu

I.ETTRF.S INfiDITF.S

MO. — AU MfcME.

f.e 29 j^nrier 1739, an snir.

Mon cher abbc, voila qui est fait; il faut mettre les fers au feu et commenccr la procedure. Vous avez sans doute un praticien habile que vous avez charge de tout. Vous avez ma procuration; il n'y a plus qu’a presenter requelc au lieutenant criminel, et obtenir permission d’informer.

Vous avez des cxcmplaires du libelle, ils ont ete acheles devant lemoins; mon neveu Mignot el Monligny, son cousin, ont oul dire a Chauberl1 qu'il en avail vendu, mais qu'il n’cn avait plus. Ils en ont achete rhez Merigot.

Le chevalier de Mould en a depose un chez le commissaire Lecomte.

Il faut done, sit6t la permission d'informer obtenue, faire assigner Chauberl, Merigot, Mould, Montigny, votre frere, et quiconquc sail des nouvelles.

On remontera aisement de Chaubert It l’auteur, et la chose me paralt en tres-bon train.

Tout va bien du efite du chevalier de Mouhi. Ainsi eommencons sans perdre un moment de temps.

Je compte que M. d’Argcntal est content enfin de mon memoire, lequel ne nuira en rien a la procedure; au contraire.

Je vous prie d'en faire transcrire deux belles copies.

Avez la bonte de faire ajouter dans la premiere partie, a l’endroit oil Ton fait une espece de denombre-

1 Libralre.

DL VOLTAIKE (173U). 34'J

ment de ceux que Desfontaines a outrages, apres ces mots : la oil les avtres hommes cherchenl a s'inslruire,

Ce qui suit :

« II s’honorait de I’amilie et des instructions de « M. l’abbe d’Olivet; il vient tout recemment de faire « un livre contre lui. II ose le dedier a l’Academie « francaise , et l’Academie Iletrit a jamais dans ses « registres et le livre, et la dedicace, et 1‘auteur.

« Avec quel acharnement, etc., » comme dans le manuscrit.

Je crois, mon cher ami, que vous voil& delivre de celle ail'aire. Meltez-moi aux mains avec le praticien.

Avez-vous envoye, il y a quelques mois, uu Newton a M. d’Argental pour un president de ses amis?

Avez-vous paye douze cents livres a l’ordre de nmdarnc de la Neuville?

11 y aura aussi environ sept cents livies a payer a l’ordre de M. Denis ;

El cent livres pour Dusauzet.

Nous parlerons des autres affaires temporelles une autre fois.

Void un paquet pour M. d'Argental; envoyez-lc sur-le-champ. — Je vous embrasse de lout mon coeur.

Ce S fe\ricr 173#.

Je refois ce 2 fevrier, a sept heures du soir, voire lettre du 31 janvier, mon cher abbe. Je suis cxlreme-

1 Cctie Irllrc a Old egolcmenl alldrcc dans loulus les editions.

LKTTRKS IMfiDlTES

meul afllige que l'on n’ait pas commence la procedure.

Si M. de Monligny a achete en eil’et, comme il est tres-vrai, chez Merigot le lihraire un de ces libelles, si Chaubert lui en a promis un longlemps, si le chevalier de Mould cu a depose un chez le commissaire Lecomle, si le gendre de voire frere et line aulre personne en out achete, el si voire frere connalt les vendeurs, n’en voila-t-il pas assez pour commencer sans penlre un moment? 11 est affreux qu'on ne veuille pas melaisser aUeri Paris; mais enfin l’amitie l'emporte. Au nom de l’amitie , moil clier abbe, secondez-moi et reparez mon absence. Yoici ma reponse a M. Regon.

A l’egard du chevalier de Mould , il a trop d'esprit pour penser que je croie aujourd'hui qu’on a travaille qualre ou cinq jours, puisqu’il me manda lui-meme qu'on n'avait travaille qu’un soir. Si on avail travaille cinq jours, le tout eiit ete fait. Qu’il vous montre l'ouvrage des cinq jours. Je suis bien aise de lui faire plaisir, mais je suis tres-aise aussi de ne faire que ce que je dois et cc que je veux. Jamais on n'a donn6 douze livres a un commissaire pour une plainte; mais je passe par-dessus cctte bagatelle. Yous lui avez donne cinquaute livres et deux louis, cela est quelque chose. Je likherai de lui donner encore des que j’aurai de l’argent; nfais a present (|ue vous n’en avez point, je vous prie de le lui dire tout simplement.

Si M. d’Argeulal est d’avis qu'on imprime, vous pourrez alors en donner un exemplaire bien exact au chevalier avec les corrections que je vous ai envoyees; mais vous le lui donuerez, uon pas comme un service que je le prie de me rendre, mais comme un plaisir

que je lui fais. II en fcra ce qu'il voudra. Je ne le prie de rien; je lui fournis une occasion de gagner de l’argent s’il le veut, et c'est tout.

M. Begon est bou pour el re procureurdans l'affaire; mais il s'en faut bien que cela suffise. II faut quelqu'un qui sollicitc, qui agisse, qui fournisse des pieces, des temoins, qui se donne des peines continuelles, ce que Ton appelle un solliciteur de proces qui, moyennant une certaioe somme, conduise l’affaire. M. Begon ne fera que ses ecriturcs. Votre frere ne conoaitrait-il personne qui ptit eire mon liomme? Proposez-le a Demoulin, a qui j'ai pardonne. Je vais lui eu ecrire; mais encore une fois, je vous supplie, mon cher ami, de me rendre une reponse positive sur ce que je vous demande depuis si longtemps. Votre neveu, disiezvous, avail achete de ces libelles; vous en aviez six exemplaires, et vous ne me dites pas d'oii ils sont venus. M. Begon me mande qu’on ne peut rien faire sans temoins. Votre frere en a, et ni lui ni vous ne m'en parlez. Je vous demande en grace de me metlre au fail; car jusqu’ici cette alfaire ne sert qu'a me desesperer.

Oil Darnaud a-t-il pris ce libelle? Je vous pric de le lui demander, et de ne pas 1’oublier : je vous le demande en grttce.

Je prie M. votre frere de m'envoyer une nouvelle Edition de mes oeuvres, qui paralt, dit-on, imprimee a Rouen cette annee, et dont M. d’Arnaud me parle.

Je le prie d’y joiudre la derniere edition de Manatkasius avec la Vie d' Aristarchus '.

1 Par SaiDt-Hjacinlhc.

LETTHES IKEDITES

;ii. - AU MEME.

ee 5 terrier 17 39

Je refois voire lellre du t fevrier.

Je suis tres-aise que M. Dclaroque ait refuse la letlre, cl fache qu’on l’ait presentee sans me consuller.

Je me suis tres-bien consulle, moi, et je veux absolument que le proces soil fait, nrais a condition que le chevalier de Mouhi vous jurera qu’il n'a aucun papier qui puisse me faire tort. Vous n'avez point d’argent; je lui en ferai toucher. D’ailleurs, dites que vous n’eu avez point.

M. d’Argenlal croit que c'est assez que M. le chancelier 6te a l’abbe Desfontaines sou privilege; et moi je dis que ce n’esl point assez, el que quand mdme ce privilege lui serait 6te, on ne saurait pas que c’est pour moi qu’il est puni. J’ajoute que ses calomnies ne subsisteraient pas rnoius, et que les faits qu’il avance doivent 6tre delruils et confondus.

Si done M. Begon el M. de Pitaval pensent quo nous avons un commencement de preuves assez fort dans la deposition de M. de Mouhi, qui est pret a deposer, aussi bien que mon neveu, qu’il a achete uu libelle chez Merigot et a enlendu dire a Chaubert qu’il en vendait , el dans les depositions du gendro de votre neveu, et dans la plaiute du chevalier de Mouhi chez le commissaire Lecomte, il faut agir sur-le-chatnp, sans difliculte et a\cc loute la vigueur imaginable.

Uu dcs grands services que vous m'ayez jamais

rendus, c'est d'obtenir cette lettre ou ce certificat du bAlonnier des avocats. Je l’attends avec la derniere impatience. Heureusement ce batonnier csl charge d’une affaire de M. le marquis du CMtclct, qui va lui ecrire pour l'encou eager. J’espere bienlAt lui ecrire pour le remercier. Void unc lettre pour M. Pagcau. Je vous prie de m'envoyer sans remise le petit livre intitule : Mathanasivs, avec la Deification d' Aristarchus. Ccla m’est necessaire; faites-le chercher par votre frere. Monlrez a M. Pagcau et a M. le b;\tonnicr cette lettre de madame Bernieres.

Keponse, je vous prie, sur la consultation 4 M. Pageau.

‘>3. — At MEME.

16 fevricr ?730.

II faut done, mon cher ami, solliciter puissamment M. Heraull; il faut y aller comme mon parent, avec Mignot, Montigny, madame de Chambonin. II faut tous aller en corps, el chez lui et chcz M. Deon. Nepargnez point les frais. Faites parler, si vous pouvez, cet homme qui est cbez lui, et avec qui j’ai cu alfaire pour M. d'Estaing. Je n’ai quo le temps de vous dire cela a la hale. II faut aller prendre Procope, Andrv, Castera, l'abbc Delatour-Ceran , les mener tous cbez ce magistral, ne point demordre, ne pas perdre un instant. J’ai cette affaire en tele; je veux en devoir le succesa vos soins el a voire lendre amitie.

En vain l'abbe Desfontaines se plaindrait-il de ma

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