A M. HEIUl'LT
CORBKII.I.KU D'ETAT, LI ICOTIK ART flXRKRAL t»K POUCH 1 2.
Ce 21 fcvrier 1739.
Je suis assurement bien plus touche, bien plus console de vos bontes que jc ne suis sensible aux impostures abominables d'un homme dont les iniquites de toute espece soul si bien connues de vous.
Je vous parlc, monsieur, et commc au juge qui peut le punir selon les lois, et comme au protecteur des lettres, au pacificateur des citoyens, au pere de la ville de Paris. Comme a mon juge, je ne balancerai pas & vous presenter requete, et c’est a voire tribunal seul que j'ai souhaite de recourir, parce que j’eD connais la prompte justice, que vous etes instruit du proces , ct que vous avez deja condamne cel homme cn pareil cas.
Jlais, monsieur, daignez considerer, comme juge, que si l’abbe Desfontaines defend ses calomnies par de nouvelles impostures , il faut que je vienne a Paris pour me defendre. 11 y a plus de trois mois que je suis hors d'etat d'etre transport^; vous connaissez ma sante languissante. Si je pouvais me Halter que vous pussiez nommer un juge du voisinage pour recevoir
1 Saint Matlhicu, ch. xi, v. a.
* Cette lettrc, qui parait authentique, n die puldiee pat M. l>»nton Lcduc , dans ses Eludes sur la Hussic.
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't.KTTRKS ISfiDlTF-S el pour rcnvoyer juridiquement mes defenses, cl pour se transporter a cet effet an chtUeau de Cirey, je suis pr&t a former la plainle en mon nom. Ccpendant c'est line gn\ce que je n’ose pas demandcr, car jesens Iresbien, malgre loute 1'indulgencequ'on peut avoir pour ma mauvaise saute, quel respect on doit aux lois et aux formes.
On m ’a mande que la plupart de ceux qui sont outrages dans ce libellc ont rendu plainle , et je ne sais si cela esl suffisant.
Pour moi, monsieur, qui ne demande ni la punition de personne, ni dommages, ni intents, et qui n’ai pour but quo la reparation de mon honneur, ce que j’ose vous demander ici avec plus d'instances , c’est que vous daigniez interposer votre autorite de magislrat de la police et de pere des citoyens, sans forme judiciaire a mon egard, et sans employer contre l'abbe Desfontaines l'usage de la puissance du roi. Je vous conjure done, monsieur, d’envoyer chercher l’abb6 Desfontaines (si vous trouvez la chose convenable), et de lui faire signer un desaveu des calomnies horribles dont son libelle est plein.
Ne peut-il pas declarer qu’il se repent de s’dtre porte a cet exces, et que lui-m4me, apres avoir revu sa propre lettre au sortir de BicStre (que j’ai fail presenter a M. lc chancelier, et dont vous, monsieur, avez copie) , apres avoir vu le temoignage de tant d’honmHes gens qui deposent contre ses calomnies, lie peut-il pas reconnaltre qu’il m'a injustement outrage , et promettre de ne plus tomber a l'avenir dans de semblables crimes?
Voila, monsieur, tout mon but. Cc quo jc dcmando est-il juste, est-il raison liable? Je m'en mnets a vous. Un proces criminel peut achcver de ruiner ma sante et troubler tout In cours de mes etudes, qui sont mon unique consolation.
Je sens, monsieur, loute la hardiesse de mes prieres, cl combien il est singulier de prendre mon juge pour mon conseil; mais enfin, je ne peux en avoir d’autre. Je me mets entre vos bras; je vous regarde comme mon protecteur; je ne ferai que ce que vous me prescrirez. Je ne veux pas abuser de vos moments ; mais si vous voulez me faire savoir vos ordres par M. Dcon, dont je connais la probite , jc m’y conformerai. Je lui renverrai sa lettre.
Je serai toute ma vie, monsieur, votre, etc., etc. r.6. — AM. I-.’ ABBE MOISSINOT.
Cc 22 furrier 17 39.
Je ne perds point de vue du tout la juste reparation que je suis en droit d’exiger de ce malheureux abbe Deslbulaines.
M. le chancelicr, M. d'Argenson, M. Ilerault, onl conclu qu’il fallait l’assigner au tribunal de la commission de M. Ilerault.
M. de Maurepas et M. Ilerault m’ontfait 1’honncur sur cela de m’ecrire.
J’ai eu l’bonneur de leur repondre que je ne sou haitais, en mon particular, qu’un desaveu des calomnies aussi authentique que les calomnies mimes.