‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 129 sur 188 · A M. I)E CHAUVEUN · texte numérisé non relu

A M. I)E CHAUVEUN

Aux Delices, route de Gcuerc, 3 fevrier 175‘J.

Vous allez dtre etonne, monsieur, qu’au lieu de vous demander des lumieres sur des objets de litterature , selon mon ancien usage , je me borne a vous demander voire protection sur le centieme denier. J'ai commence a etre honleux sur la fin de ma vie de l'avoir employee a barbouiller du papier.

On pretend que les Chinois et lesIndousdisentaDieu en mourant : « Tu n’as rien a me reproeber : j’ai fait « des enfants, b:\ti des maisons et plante des arbres. » Jenesais pas bien exaclement, monsieur, si j’ai rempli le premier devoir; mais je me vois au moins deux tiers d’Indou et de Chinois : je plante et je batis. Je fais plus, je laboure, et je crois que l’invenlion du semoir esl tres-ulile a I’Etat. Mais, en mettant beaucoup de deniers dans ces operations , je ne pense pas que je doive le centieme denier exige par M. Girard '. Je crois que M. Girard n est ni un homme de genie, ni un homme de bonne compagnie. C'est ce qui fail , monsieur, que je m’adresse a vous de preference a

1 Directi'iir du durnainr.

1>K YOLTAIKt (1740). 38.3

lui. Je vous crois d’ailleurs beaucoup plus juste qu’uu Girard. Je n’ai pas l’honneur de vous ecrire de ma main, et vous pardonnerez cctte insolence a un vieux nialade; mais tant que les facultes de sentir el dc penser me resterout, je vous serai loujours attache avee le plus tendre respect. Voltaire.

tu. — AU ilEME.

Aux Delicts, route de Geueve, V fevrier 17 by.

Vous pardonnerez , monsieur , a un ignorant celte seconde requite. Je pourrais dire qu'il est inoul qu’on demaude le ceutieme denier d’une chose qui ne le doit pas, avant meme qu’on soit en possession. Mais il n’y a rien d’inoul : il y a seulemenl des choses un peu rares. Je mets de cc nombre votre equite el les bontes dont vous avez loujours honors le vieux Suisse V.. , qui vous sera loujours attache avec un tendre respect.

IlKQl'fiTE.

t 5 fevrier 17 by.

I.c sieur de Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi, riant mieux informe , rcprescnte que non-seulemeut il ne doit pas le ccnlieine denier pour la proinesse par lui faite au sieur president de Brasses d'employer douze mille livres a sa propre volonte et convenance, dans trois ans, en reparations au chateau dc Tournay, mais qu’il ne doit pas non plus le centieme denier pour le bail a vie fait avec ledit sieur president, attendu qu’un bail a vie n’est point ur.e mulaliuu et une translation de propriete; qu'ainsi le sieur Girard , receveur ou directeur de la ferme du domaine a Dijon, n’est pas recevable dans revaluation qu’il fait; ledit Girard abusaul d’aulant plus de son em-

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