A M. DAM1LAVILLE
19 octobre 1764*
Mon cher frere, je sais, a n’en pouvoir douter, que le procureur general a ordre d’examiuer le livre, et d’en poursuivrc la condam nation. Je sais bien qu’il esl prouvc que je n’en suis pas 1’auteur; mais je n’eu serai pas moins persecute, et Dieu sail jusqu’oit cette persecution pent aller. J’ai heureusement reeouvre deux articles, dont l'un est tout entier de la main de l’auteur. II est clair connne le jour que l’ouvrage est de plusieurs mains, et qu'ou s’est servi de mou orthograpbe pour me l'attribuer. N’iinporte , mon innocence no me servira de rieu. C’esl toujours pour moi une consolation bien cbere que vous me rendicz justice, et que la voix de nos freres se joigne a la v6tre pour publier la verite. Je subis le sort de tous ceux qui se sont consacres aux lettres : on les a opprimes; mais tous n’ont pas trouve un frere tel que vous.
Je joins ici un petit memoire que je vous prie d’envoyer a Briasson pourle commuuiqueraux cucyclopedistes, et surtout a M. le chevalier de Jaucourt, dont la niece a achete a Geneve plusieurs exemplaires du Porlatif. Les encyclopedistes doiveul sentir qu’ou ira du Portalif a eux.
I caleyon >.
Jam iiroximus ardet
1 Vnjj., Jin., I. II, v. 31 2.
C’est un nomine l’abbe d'Etrees, petit g6n£alogiste et un peufaussaire de son metier, quia donne lc livre au procureur general. On trouve partout des monstres. Cher frere, il faut savoir soulFrir.
9 jauvicr IT 65.
Mon clier frere, le medecin anglais m’etonne et m’afflige. Cependant il se peut fairc qu’il se soit arrete dans les provinces plus longtemps qu'il ne croyait. Je vous promets d’ailleurs qu’a la premiere occasion je reparerai sa negligence. Je souffre un peu ; ma lettre ne sera pas longue ; ma sanle m’abaudouue commc mes yeux. Je vous embrasse, et je vous remercie de toutes vos attentions charmanles. Ayez la boute, je vous prie, de mettre un petit pain a celle lettre pour frere Protagoras *. Vous y verrez une partie de la conduce de Jean-Jacques envers moi. Ce nom de Rousseau n’esl pas heureux pour la vertu. Je vous souhaite cent bonnes annees.