‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 173 sur 188 · REMARQL'ES AUTOGRAPHES DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

REMARQL'ES AUTOGRAPHES DE VOLTAIRE

o fussent mediants et scrupuleux en mome temps ? Comment a concilier ces deux contraires? »

On en a ties exemples de tout temps.

XXV. « II dit , en parlant d’un prince querelleux et f'aiblc, el « par consequent soupi;onneux et cruel , qu’il avait un courage o de femme. »

Mezerai n’est ici qu’uu iinpoli.

XXVI. « II met un discours de fanfaron a la bouclie de Pepin, « tuant un lion. »

11 y a toujours eu un peu de grossiercl6 dans ces siecles herolques.

XXVII. « Mezerai commence son second volume par line « maxiinc bien vague : II dit que la race du prince qui cesse « de regner est toujours ennemie de celle qui doit succdler. »

Les exceptions sont si rares quo la maxirne pouvait subsister.

XXYlll. « II dit que Louis le Ddionnaire voulut mettle la « reforme parmi les evfques, et que cela lui attira la liaine des « gens d’dglisc, parmi lesqucls le nombre des mechants , quoi- « qu’il ne fut pas le plus grand, se trouva le plus fort, parce « qu’il etait le plus remuant. — Oil est la p re live qu’il fut le « plus fort? a

11 est certain que la minorite, quand elle est compose des mechants, est souvent la plus forte.

XXIX. « II dit : L'envie ayant pris a I’empercur, nonobstant b sa devotion , de gofiler encore les douceurs du lit nuptial , « il clioisit line princcsse d'aularit plus funcste a son repos

Silt I.E P. DANIEL. lf.3

« quelle clait belle et spirituelle. — La devotion est-elle in- « compatible avec le manage, qui est uii sacremenl? #

Cela pouvait etre applique a Louis XIV et a madame de Maintenon ; il faut done le iletruire.

XXX. « Et comment Mezerai sait-il que I’einpereur ne clier- « ebait dans son mariage que les douceurs du lit? Et quelle « expression est celle-la? Comment pretend-il prouver qu'une « lemme est funeste au repos de son mari , quaml flic est « belle et spirituelle? il ne laudrail done epouser que les « hides et les stupides. »

Reflexions tres-plaisantes pour un prelre.

XXXI. « II dit que l impdratriee, autant pour avoir lieu de « gouverner son mari que par affection, lui persuada de dono ner sa contiance au cointe de Barcelone quelle oituait. « — Que veut dire par affection? »

On enlend Lien Mezerai ; mais il s’explique mal.

XXXII. « J'ose dire qu’il n’est pas vraisemblablc (|u’un eve- « que 1 puisse etre surpris et massacrS en disant la messe. »

Le P. Daniel aurait silreineut pris la fuite.

XXXIII. « 11 dit que le roi llugucs d’ltalie epousa 1‘impudiquc « Marozie; laquclle gouvemait alors la villc de Home et le « siege pontifical. — 11 aime a dire dcs injures aux personnes « flevies en dignite. »

Si e’est un fait, il n’y a point d’injures. L’liistoire juge et ne flatte pas.

XXXIV. « II nous laisse deviner, si nous pouvons, pourquoi il

I ls'agitde revenue deNanlt*8,lorsdc 1'ihvafcion dcsNOnnands.A. r.

40 i ltEMARqOES ALTOOUArUKS DE VOLTAIRE

« Iraile cellc princesse d’impudique, et comment ellc gouver- « nail le siege pontilical ; car il ne I’explique en aucunc mail niere. »

Cela n'dtait pas necessaire.

XXXV. « Un gentilhomme lui avait fait voir des preuves que n la maison dc Savoie descendait de male en mule de Charlcsn Constantin, fils dc Louis l'Aveugle, roi de Provence; dont il o tire la consequence qu’elle a droit de prendre le titre de « royale. — Quand ce qu’il dit serait vrai, jc ne sais si ce serait n un droit de prendre ce titre. Mais bien plus, ce gentilhomme o si savant et lui se sont Irompes assurimenl; car les dues de ii Savoie prcUendent tirer leur originc de la maison de Saxe. »

Ce gentilhomme a fait voir des prevves; mais il se trompe; car les dues de Savoie pretendent , etc. Ce raisonnemenl est peu concluant.

XXXVI. ii La page 282 et la suivante sont pleines d'evenc- « meats qui peuvent elre vrais ; mais ils ne sont pas vraisem- « blables. »

L’liistoire rapporte ce qui est, cl non ce qui peut elre.

XXXVII. ii II dit que Ic roi sc moquant du comte d'Anjou qui « aliait chanter au chcrur, le prince lui repondit : Sachez. sire, ii qu’un prince non lettre est un line couronne. — Lst-ce qu'on « pretend que chanter au cha*ur cl elre lettre, ce suit la meme * chose ? »

Cela suppose qu’on savail lire, et la litleralure ne s’etendait pas bien loin alors.

XXXVIII. ii A propos de la reine Ogine, qui sc maria a 8!j ans.

Ml! 11. I«. HAMEL.

« il (III i|uc cc lid par vengeance ou par incontinence. — i.sl- « ce (|ue les luis ne permelleul pas le manage en quel quo age o que cc soil? »

Ceci est clairerncnt cn favour de Louis MV.

XXXIX. « Ollion, dit-il, epousa la reinc Adelaide, parce qu’il « n’en put jouir autremenl. — Ne pouvait-il se senir d'un >< tenne raieux scant? »

Le P. Daniel connaissait mieux tous les synonymes do jouir.

XL. u II ilit qu’Ollion elait, a juste litre, surnomme le « Grand, parce qu’il ne rapportait pas les lions sucres ;i sa “ propre gloire et vanite, inais a relever I'enipire d’Occident. « — Entend-on ce qu’il veut dire? »

II serait d’ailleurs a craindre que cetle reflexion ne ful appliquee a Louis XIV.

XLI. « II accuse une reine de galanterie; il ne garde aucunc « mesure dans ses accusations. »

11 s'agil de savoir si le fail est vrai , et voila tout.

XLU. « II dit que les rois de France portaient le litre d’em- « pereur, et se sont contentes, [inrquelque consideration qu’on • lie sail pas, de cclui de roi qui est en elfel plus dous el plus « augusle. — Sur quoi fonde-t-il cello decision que le hire dc « roi soil plus doux ou plus augusle que celui d’empereur? #

Le P. Daniel aurail Lien voulu que Louis XIV ciil pris le litre d’empereur.

XLIII. « II dil (pic Louis VIII ful le premier qui, sur les re- (i montrances de Pierre Lombard, eveque de Paris, rasa sa u barbe. — Porler la barbe ne depend que de la coulume. »

REMARQUKS AL’VOORAPIIES DE VOLTAIRE

Or lii coutume etail qu’on cn faisait alors uue affaire ecclesiaslique.

XLIV. « II parle d’un prince qui avait epousu une femme « jeune, Welle el coquette, ile qui les appetils ne s’accommo- 11 daierit pas avec la vieillesse de son mari, et encore goultcux. « — Ne pouvait-il pas narrer le divorce qui se lit, sans se servir « de termessi licencieux? »

Mezerai etail un franc Gaulois, qui appelait un chat un chat.

XLV. « II n'observe aucune bienseance a l’egard d’une prin- « cesse qui se remaria avec Henri , due de Normandie. — Son « manage n’elait-il pas un sacrement, et par consequent uu- « torise par toutes les lois? »

Le P. Daniel est toujours empresse de justilier les rois qui se marient et se remarient.

XLVI. « 11 dit que Louis VII entreprenait quelquefois centre « Injustice; et un moment apres, il le dit bon el equitable; ce « qui se coutredit. »

Il pouvait l’etre ordinaireinent ; mais on n’estpas toujours juslum et tenacem

XLVII. « II dit que le litre de roi de Jerusalem , apres avoir « passe ambitieusement dans plusieurs maisons, fait aujour- « d’liui partie des litres du roi calholique. — L)uc veut-il dire « par avoir passe ambilieusement dans diverses maisons 1 »

Cela n’avait pas besoin duplication.

XLVIII. « 11 dit d’une princcssc qu’elle est peu honnete, fort

1 Horace , 1. HI, ode 3.

SUR i.i; I*. DAM EL.

m voluptucuse, ct encore plus inaligne ct vindicative.— El cello « princesse, qu’il trade si iujurieuseinent, esl rechercliee par « plusieurs princes! •

Voila une preuve sans replique! J’ai peiue a croire que le I'. Daniel parlat serieusetnenl.

XI. IX. a Le ina) (la continence) liout il entend parler 1 esl-il « quelquefois assez violent (tour fa ire mourir? »

11 y a apparctice (iue le I’. Daniel n'est jamais morl de continence.

L. « II (lit que les grands font facilement cider a leur inle- « lit, honneur, parenti, alliance ct conscience. — Les grands it ne sont pas tuus si absolunient gouvemes par leur interct. »

Le mot facilement etait une restriction suflisante.

LI. « II dit que I'empereur Frediric II mourut peut-itre n eloulTe ou enqioisonne par Maiufroy, I’un de ses Ills Dotards.

« — II ne compte pour rien d’accuser un lils d’avoir empoi- « sounc son perc. »

lit surlout uu batard ! 11 faut rejeter bien loin celte idee.

Lll. n 11 dit qu’il faut que les rois de Sicile avouent qu’ils « tieunent lours droits d un bilard et d un exconununic. — « Toujours des injures ! »

Le P. Daniel aurail couru plus vite sur un semblable fait, et ne Petit pas presen te eu mauvaise part .

LIU. « Eu parlant de la disgrace de Pierre de la Brosse, fa-

1 A I'occasion de Louis VIII.

S<’>8 11 KM Altol’I.S AL'TOCltirilKS UK VOLTA I UK

« vori du roi , il dil quc c'est un vul public a un parliculicr « tie leiiir el posseder seul celui qui apportion! a lous ses u peuplcs. — Ouel raisonucment ! »

En general, cos sorles de fuvoris font tort aux peoples.

I .IV. il II Hit que le sdjour de la cour de Home en t rance y a b inlroduil la simonie, la chicane, exereieo de grate-papier, et « la debuuclie. — II cut eld bon de relranclier cet article tout « entier. »

Le I’. Daniel a pour principc que toule verite n'est p :s bonne a dire.

LV. b II rapporte que, sur la I'ui du people, l'empereur fut u empoisoned, en comrnunianl, par un moine dotninicain. »

On lie peul blatner un bisloricu qui rapporte les fails certains coinme certains, cl les bruits publics coniine dcs oul-dire.

LVI o 11 dit : On conte que le grand maitre des Templiers b ajourna le pnpe a eomparoir devant Dieu dans les quaranle b join's, et le roi dans l’aunee. — On coute! quelle legerele b pour des fails si graves! »

Tous les historiens rapportent la mcinc chose.

l.Vli. b 11 csl toujours disposd a parler mal des grands , des a femmes et dcs nioincs. »

Ne dire jamais de mal de M. le prieur, voila la devise du I1. Daniel, en bon jesuite.

LVI11. « II csl surprenaul comment Mezerai a pu prevenir a lant de gens en sa I'aveur. »

Mezerai n'ollusquerail pas taut le 1*. Daniel s’il

SIT. I.K I’. D.VNIKI.. it «)

n’avait pas un si grand noinbrc do partisans cl d.: lecteu is.

MX. « Cost un liistorion violent, do qui ton pout dire quit « no conserve de moderation on aucuno occasion. »

Kt le P. Daniel commence cct ouvrage par dire quo e'est un fori bon hislorien !

I.X. o It dit qu'un favori du roi d'Anplelerre avail etc nourri « aupres dc lui dans unc familiarite pen lionnete. — De quoi « veul-il accuser par la ce roi? «

TnntiM le P. Daniel vent qu'on parlo clairemcnt , tan lot que ce que Ton dit soil gaze.

LXI. « Mezerai dit que la force do la rrulumo saliquo, Iros- « conforme aux lois de la nature, or.lmina le suffrage dcs « Frarcais. — En quo! est-elle conforme aux loisde la nature?"

La reflexion de Mezerai rtait juste; mais tine Ini qui exclut en mdme temps les batards faisait de la peine au P. Daniel et a Louis XIV.

I.XII. « Au sujet de la rojaute, il tombe dans dos raisonne- « ments uses, qui n’ont presque jamais old fails que par coux » qui no conuuisscnl ni les agriments ni les maux qui I'accom- « pagnont. »

Ces agrements sont nebetes bien oher.

LX III . « II dit: Quand los services d’un sujet sont si grands, « ils tiennent lieu d’olTensc envors le souvernin.— Cette maxime « est Irop etendue. »

Cola n'est malhoureusomont que Irop vrai en general.

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