I.ETTRES DE VOLTAIRE
lie peul empeclier qu’une ame comnie la \6tre lie le condaninc secrelemeut.
11 en sera lout ce qu’il pourraj je suis trop heureux; les bontes de Voire Altesse Serenissinie me cousolem de loul. La forel de Thuriuge ne me fail plus trembler, (jollia devient le climat de Naples. Puissc-je apres la revision de mes Empereurs me venir jetera vos pieds! Mon coeur y esl, il y parle a madame la grande maitresse : il dil qu’il veut ne respirer que pour Voire Altesse Serenissinie; il esi voire sujet jusqu’au tombeau avec le plus profond respect.
. A Strasbourg, 27 seplombre.
Madame ,
Voire lellre du 17 seplembre esl uu nouveau lien qui m'altache a Voire Allesse Serenissinie. Kile ne doule pas que je ne voulusse venir mettre a ses pieds, dans I'inslanl, lous les llenris el lous les Frederics du monde, avec celui qui les a peints ou barbouilles. Je crois lui avoir deja mande que deux graves professeurs d’histoire examiuaienl scrupuleusement l'ouvrage, pour voir si c’esl le 25 ou le 26 d'un tel mois que lellc sottise arriva il y a six siecles. Ces minulies seront pour les sots dont ce monde esl plein, el l’interel, si l’on peul eu mettre dans uu tel ouvrage, les grands tableaux , la eonnaissance des hommes el dcs temps, l'bistoire de l’cspril liumain seront pour Voire Allesse Serenissinie et pour la grande maltresse des cceurs.
Oil
Je u’ai a present qu’une seule copie de cette histoire. II faudrait plus de deux mois pour la transcrire; elle sera imprimee en aussi peu de temps qu’il en faudrait pour la copier a la main. Yotre Altesse Ser^nissime peuse Lien que je ne ferai pas imprimer la dedicate sans la lui avoir envoyee auparavant, et sans recevoir ses ordres.
Quant au Frederic d’aujourd’hui, il me traite 4 peu pres comme Frederic second traita son chancelier Des Vignes, a cela pres qu’il ne m’a pas fait ere ver les yeux 1 . Je voudrais bien que la grande mailresse des cceurs en eilt d’aussi bons que moi, e’est tout ce qui me reste. Mais ces yeux-la sont fort a plaindre de ne pouvoir a present dire aux v6lres, madame, combien mon coeur est penetre de reconnaissance et d’altachement pour votre personne. Pourquoi ne pourrais-je pas-venir, cet hiver, mellre a vos pieds vos Empereurs imprimes ?
Kn attendant, madame, j’espere que du moins les chentins seront libres, et que votre maigre don Quichotte ne trouvera plus d’Yangois sur la route 2; e’est probablement tout ce que l’on peutatlendre desnegociations de M. le comte de Goiter. 11 y a des blessures qu’on ne gueril jamais ; et, pennellez-moi de le dire, le tort du roi de Prusse est trop grand pour qu’il le repare. Si Yotre Altesse Serenissime a envoye ma lettre ostensible, elle produira une explication ; cette explication ne produira rien, parce que le roi se bornera a vouloir avoir raison. Vous senlez bien, madame, qu’un
1 Ou : « Ne m’a pas creve lea yeux. ■
* Muleliers tris-impolu que reucontre dou Quiehotte. fart. 1 , ch. xv.
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roi a toujours plus il’amour-propre que d’amili^. Que puis-je d’aillcurs exiger de lui? On me lapiderait en France si je retournaisasacour. Jene le pourrais avec bienseance, qu’en cas qu’il fit unc satisfaction eclalante & ma niece, qu’il punit Freytag et Smith, et qu’il me rappelat avec distinction , seulement pour venir passer quinze jours avec lui. Or tout cela est incompatible avec son rang, et encore plus, avec son caractere. II faut done queje me borne al’adoucir; et il ne me faut assurement, madame, d’aulre courque la v6tre. La negotiation reussira surement si elle se borne a persuader le roi de Prusse de mon respect et a lui inspirer de la moderation. Ce sera beaucoup; ce sera une nouvelle obligation que je vous aurai, madame. Je sens un plaisir infini h vous devoir tout.
Voici l’imprim6 que Yotre Altesse S6r£nissime a demands, avec unmanuscrit qui a paru assezplaisant.
Je me mets a vos pieds et k ceux de voire augusle famille.
Madame,
On imprime acluellement ces Annales de r Empire, que Votre Altesse Serenissime m’a commande d’ecrire. Elies ont ete failes dans un temps ou le plaisir d'obiiir a vos ordres pouvait seul me donner la force de travailler. J’espere avoir l’honneur d’envoyer l’ouvrage aux pieds de Votre Altesse Serenissime pour vos etrennes. II est dcrit avec la Uberle, et je crois, avec la verite que l’hisloire demande et que vous aimez.
Voici, roadame, une csquisse de l’epltre dedicatoire 1 que je compte mettre i la t<He de ces Annales, en cas quo Votre Allesse Ser6nissime l’approuve. Je demanderai encore ses ordres pour savoir si elle veut qu’on rnette les lettres initiales de son nom, ou si elle permet qu’on ecrive eet auguste nom tout entier.
Si elle le desire, j’enverrai les dix ou douze premieres feuilles imprimees, alin qu’elle juge par la de l’ouvrage. Kile trouvera peu d’empereurs qui traitent les femmes aussi indignement qu’on les a traitees a Francfort, il y a quelques mois. Je suis plus que jamais aux pieds de la descendante d’Hercule, et je la prefere assurement k Denys de Syracuse. Comment ne prefererais-je pas la verlu la plus aimable a l’amour-propre artificieux et cruel? Je sais qu’il faut adoucir un homme puissant et dangereux. On en viendrait ;i bout, si toutle tort 4lait de mon cdte; mais il sent qu’il amalagi; et,pour sejustifier, il comble la mesure. 11 feint de m'imputer cette lettrede 1752, qui contient sa vie priv^e, et qui 6tait publique a Paris quand j’dtais A Berlin. Il sait bien dans le fond de son cceur que cette lettre, oil je suis moi-meme mal traits, ne peut §tre de moi ; mais il me l’imputc pour se faire uu pretexle de me persecuter dans des circonstances aussi cruelles. II n’y a d’autre ressource quo de s’envelopper dans son innocence et dans sa philosophic. Vos bontes, madame, et un peu de travail me souticnnent dans les horreurs de la persecution et de la maladie. J’ecrirai a M. de Goiter pour le remercier. Je counais
1 V. CEuvret computes , tome XXIV.
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des lettres qui sonl bien supericures aux siennes et aux miennes; et je prie celle qui m’honore de ces lettressi naturelles el si consolnntes, de me conserver des bontes qui me rendent tres-heureux dans mon malheur.
Son Altesse Serenissime permettra que madame ia grande maitresse trouve iei les assurances de mou respect. — Je suis a vos pieds, madame, et a ccux de toule la poslerite d’Ernesl.
P. S. Je ne sais si j’ai appris a votre Altesse Serenissime que j’ai (He prevenu dans cette histoirc d’Allemagne. Un jeune bomme de Dresde en fait une qu’on imprime; elle est pr6le a parailre eu trois volumes; la mieune nc sera qu’en deux; c’esl un avanlage : mais le plus grand est de paraltre sous vos auspices.