‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 3 sur 188 · IV · texte numérisé non relu

IV

Mais il avail a Ferney une autre tftche, une autre physionomic qui, pour etre enfermee dans un cercle assez restreint, n’en empruntait pas moins ses traits principaux et ses ressources a des sentiments patriotiques et genereux, qui font le plus grand honneur a la nature eievee el noble dc Voltaire. Je veux parler de celte haute tutclle qu’il a cxcrcee sur le pays qu'il habitait et qu’il avail adopte, I’arrachant au neant pour lui donner le mouvenient , la vie et la prosperite. Voltaire a cree Ferney, et ce n'est pas son inoindrc litre de gloire. C’elail une bourgade; il en fit une petite ville elegante, active, animee comine une ruche d’abeilles, industrieuse, florissante. On eprouve une veritable joie a suivre Voltaire dans l'accomplissement de cette entreprise au service de laquelle il d^pense avec prodigalite celte ardeur , ce feu, celte Anergic, celte verve, cette perseverance que ne rebutent aucun obstacle, aucune entrave. 11 mar-

1 Recueil de MM. de (’ayrol el Alphonse Francois, t. I, p. 310. — Voir plus loin, p. 50, aux Leltrcs inddiles , 17 Jain 1761, ft Ferney. — Voir aussi d'Alembert, t. XV, p. 1 07 et iiO.

24 VOLTAlRK A FERNEY.

che a son but d’un ]>as assure, et il 1'atteint. « Si tous ii ceux qui habitent leurs terres faisaient ce que je •i fais dans les mienncs, l’Etat serait encore plus flo- « rissant qu’il ne Test. J’ai defriche des terrains con- « siderables ; j’ai bati des maisons pour les culliva- « teurs ; j’ai mis l’abondance oil elait la misere ; j’ai « conslruit des eglises; mes cures, tous les gentiisii homines, mes voisins, ne rendent pas de moi de « mauvais lemoignages , et quand les Frhon et les ii Pomjjignan voudront niu nuire, iis n’y reussiront ii pas » 11 ecrivil a madame Nccker : « Vous ne ii saviez pas ce qui dait reserve au petit pays de (lex. « II va devenir, grace a M. de Choiscul, un des plus ii llorissants de l’Europe , et toutes les terres y dou- « bleront de prix dans tres-pcu d’annees a.... » A M. le marechal due de Richelieu : « Je suis parvenu ■i a faire une assez jolie petite ville d’un barneau mill serable et ignore, et a etablir un commerce qui « s’elend en Amerique, en Afrique et en Asie. L’uii nique avantage que j’ai retire de cet elablissement, u est la satisfaction d’avoir fait une chose qui n’est « pas fort ordinaire aux gens de .lettres ; il me sem- « ble du moins que e’est se ruiner en bon ciloyeu 3.» Une autre fois encore a M. le due de Richelieu : « Je « viens enfin k bout de fonder une assez jolie ville ; il ii est vrai que e’est en me ruinant; maisou ne peut ii se ruiner pour une entreprise plus honnfite. (Juelii ques ministres me donnent des secours de toute es-

1 Recueil tie MM. dc Ouyrol et Alplionse Francois, 1. II, p. 121. 3 Idem, p. 207. — > Idem, p. 37 1.

VOI.TAIRK A FERNEY.

« pijce, cxeepte d’argent ’. » «Une assez jolic salle de « comtklie, construite par Sainl-Geran, dans Ferney « mfinie, donne Pair d’une petite ville assez agreable « a un village affreux qui etait autrefois l’horreur « de la nature 1 2. » I.es maisous billies par Voltaire ltii coutaient, disait-il, 500,000 fr. 3.

« Malgre les grands homines tels que Freron, Cle- « ment et Sabatier, Ferney est devenu un lieu assez «< considerable qui n’est pas indigne de l’attenlion <• ilu minislere. II j a non-seulemenl d assez grandes « maisons de pierres de taille, mais des maisons de « plaisance, tres-jolies, qui orneraient Saint-Cloud ct « Meudon 4. Je ne me m61e que de ma petite colonie. « Je fais batir plusieurs maisons en pierres de taille, >■ que des Grangers, nouveaux sujets de roi, lmbite- « rontce printemps5. J’aibati pour Florian, a Ferney, « une petite maison qui ressemble comme deux gout- « tes d’eau ii un pavilion de Marly, a cela pres qu’il « est plus joli et plus frnis. Nous avons quatre ou « cinq maisons dans ce goilt 6. »

II y a a Ferney, disent les Memoires de Dachaumout, ties jardins, des terrasses magnifiques, dependences d’un tres-beau chateau tres-solidement bati. II n’y a pas de jour on M. de Voltaire ne mette des enfan/s en

1 Recueil de MM. dcGayrol et Alphonse Francois, p. 439.

• Idem, I. It, p. SOI . — * Idem, p. SI 4. — 4 Idem, p. S99.

• Qiuvres complies de Voltaire, t. I .XV I ; Conespondanee,

Page 1