‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 36 sur 188 · SI. — A LA MEME · texte numérisé non relu

SI. — A LA MEME

Aux Helices, pres de Geneve, 1 novemhre 1.75ft.

Madame,

Votre Altesse Serenissime daigne m’cnvoyer lc detail desmalheurs quienvironnent vos frontieres. IJs ne penetrent point jusqu’ft vos Elats, et c’est une grande consolation. Qni sait m6me si la fortune, qui change si souvent la face de la terre, nc pourrait pas amener les choses ou point que la branche atnee reprlt les droits dont Charles-Quint l’a depouillee autrefois? Jc ne souhaite de mal a personne; inais il m'est permis de souhaiter du bien a l'herolne k laquelle je suis si attache. Mais, probablement, tout se bornera ii du sang repandu dans les gorges de la BoMme, et a de l’argent pris dans la Saxe. On dit que les Saxons payent au soldat prussien sept grosches par jour et un richdallcr i chaque officier. II faut fournir encore loutes les provisions, qui sont immenses; et, quelque ordrc que le roi de Prusse mette dans les finances de l’filectorat, cet Elat sera ruine pour longtemps.

II paralt bien difficile que l’imp6ratrice-reine soit longtemps en etat de soutenir la guerre contre la Prusse, l’Angleterre, la Hesse, etc. Sur quel pr&exte, d'ailleurs, la ferait-elle aprcs le traite du roi de Prusse avec la Saxe? elle n’aura plus l’electeur de Saxe a secourir; elle ne pourra manifester le dessein secret de reprendre la Sildsie; elle n’est pas assez riche pour

soudoyer une armee tie Russes. II sc peut done faire qu'on ait la paix cct hiver. et e’est assurement ce qu'on doit desirer. Mais il se peut aussi que l’opiniatrete fasse durer les malheurs du genre humain. Tres-souvent une guerre continue, par cela seul qu’elle a ete commencee. II faut s’attendrc a tout; mais je ne serai point surpris si le roi de Prusse fait et donne un opera au nnois de janvier dans BerliD, apres avoir donne une bataille en Boli^me au mois de septembre.

Que je voudrais&re dans votre cour, madame! que je voudrais 6tre aux pieds de voire Altesse Serdnissime! Mais il y a une niece qui gouverne ma vieillesse, etqui ne veut plus passer par Francfort.

Je suis bien inquiet sur la sante de la grande maltresse des cceurs : le ciel conserve la v6tre, madame, el celle de votre auguste famille ! Agreez mon profond respect et ma reconnaissance.

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