‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 43 sur 188 · A LA MfeME · texte numérisé non relu

A LA MfeME

A Lausanne, 28 avril.

Madame ,

Quoique les bords du lac de Geneve soient tresbeaux , on ne laisse pas d’y 4tre malade; et c'esl ce

1 Zulime.

UlO IF.TTRES DE VOLTAIRE

qui sauve souvent a Yolre Altesse Serenissime des lettres importunes de ma part. Dieu a bien fait, madame, de me rendre malade ; sans quoi, elle aurait plus de mes lettres qu’elle n'a eu chez elle de housards. On me flatte qu’clle est delivree aujourd’hui de ccs hfitcs dangereux, et que les dindons de ses sujets sont en siirete.

J’ignore assez ce qui se passe dans le monde , mais il se pourrait faire que les visites des armies auraient beaucoup coute a Vos Altesses Serenissimes. L’fitat de Berne a fort souvent de l’argent & placer; si elle en avail besoin pour quelques arrangements, et qu’elle vouliit, dans l’occasion, m’honorer de ses commandements, je Idcherais de la servir d’une maniere doul elle ne serait pas mecontente. Mais je presume que, malgre les irruptions que son pays a essuyees, la sagesse de son gouvernement la met a l’abri des ressourees que lc gouvernement de France est loujours oblige de chercher. Je nc cesse d’etre elonne, raadame, que le roi de France, qui n'cst qu’auxiliaire dans celte guerre et dout les troupes out dit vivre si longtemps aux depens d'autrui, ait pourtant emprunle trois cents millions depuis deux ans; tandis que le roi de Prusse, qui a soutenu les efforts de la moitie de I’Europe depuis le ineme temps, n’a pas mis un sou d’impftt sur ses sujets. Tout ce qui s'est passe doit litre compte parmi les prodigcs. Guslave- Adolphe lit des clioses moins extraordinaires. Puis sent ces grands evenements 6tre suivis d'une heureuse paix, dont il parait que tout le monde a grand besoin! 11 y a malheureusement plus de soldats que

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de laboureurs. Cbaque puissance a beaucoup perdu, sans qu’aucune ait reellement gague, et il ne resultera de toutes ces vicissitudes que du sang repandu et des villes ruinees.

Lc roi de Prusse m’eerivit, il y a un mois, qu’il etait en Silesie, dans un convent avec l’abbe de Prades. Je ne sais oil il est a present ; mais moi, madame, je voudrais dtre a vos picds et a ceux de voire auguste fainillc. L’Ermite suisse V.

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