A LA MfcME
Aux Delices , 9 jmn 1759.
.Madame,
J’ai egalement a nie plaindre de la guerre et de la nature. L’uue et l’autrecoDspirent a me priver du bon-
A LA DUCHESSE DK SAXF.-GOTHA (1759).
heur de faire ma cour a Votre Altesse Serenissime; la vicillesse, les maladies et les housards sont de cruels ennemis. J'ai bien peur, madame.que ces housanls ne demandant un peu de fourrage h vos fctals, el qu’ils payenl fort mal leur diner el celui de leurs chevaux. Du moins, madaine, voire beau duche (reste d’un duche encore plus beau) n’aura rien k reprocher a la cavalerie frantjaisc. Je crois que depuis Rosbach elle a perdu l’idee de venir prendre respectueusement du foin dans vos quartiers.
11 me parall que le roi de Prusse, qui altaquait a droite et a gauche autrefois, comme le belier de la vision de Daniel, est totaleinent sur la defensive. Pour nous, nous sommes sur l’expectative, et Paris est sur I’indifference la plus gaie. Jamais ou ne s’est taut rejoui, jamais on n’a invente tant de plaisanteries, taut de nouveaux amusements. Je ne sais rien de si sage que ce peuple de Paris, accuse d’etre frivole. Quand il a vu les malheurs accumules sur terre et sur mer, il s'est mis a se rejouir et a fort bien fait; voili la vraie philosophie. Je suis uu vieillard tres-indulgent; il faut, en plaignant les malheureux, applaudir k ceux qui... ( narguent ou rient de) leurs malheurs.
Je renouvelle mes remerciments tres-humbles a Votre Altesse Serenissime ; sa protection, au sujet des paperasses touchant le czar fait ma consolation. Je me mets a ses pieds avec le plus profoud respect.
Le Suisse V.
I ETTRF.S nr VOLTAIRE