‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 63 sur 188 · A LA MfiME · texte numérisé non relu

A LA MfiME

A Fernet, 2! jaillet 1761).

Madame,

C’en est trop, votre generosite est trop grande; mais il faut avouer que Votre Altesse Serenissime ne pouvait mieux placer ses bienfails qnc sur cette famille infortun4e. 11 n’en a presque rien coute pour 1’opprimer, pour lui ravir les aliments et pour faire cxpirer la vertueuse mere presque dans mes bras; et i! en coitle de tres-fortes sommes avant qu’on se soit mis seulement en etat de lui faire oblenir une ombre de justice. On fait nieine mille chicanes au g£nt5reux de Beaumont '1 2, pour l’empecher de publier l’excellent memoire qu’il a compose en faveur de l’innocence.

On persecute a la fois par le fer, par la corde et par les flammes, la religion et la philosophic. Cinq * jeunes gens ont ete condaranes au bucher pour n’avoir pas 6te leur chapeau en voyant passer une procession a trente pas. Est-il possible, madame, qu’une nation qui passe pour si gaie et si polie soit en effet si barbare? L’Allemagne n’a jamais vu de pareilles horreurs; elle sait conserver sa liberte et respecter l'liu-

1 Catcchlsme de I'honniUc homme, OHuv. compl., t. XI. I.

1 Elicdc Beaumont, grand-pire du 'avant academicien. a. f,

LETTRES DE VOLTAIRE

manite. Noire religion esl prechee en France par ties bourreaux. Que ne puis-je venir achever a vos pieds le peu de jours qui me restent a vivre, loin d'une si indigne patrie !

C’est moi qui suis le tresorier de ces pauvres Sirven ; on peut tout m’envoyer pour eux. Que votre ame est belle , madame ! qu’elle me console de toutes les abominations dont je suis temoin ! Mon coeur est penetre de la bonte du vdtre. Daignez agreer mon admiration, mon attachement, mon respect pour Vos Altesses Serenissimes. Je n’oublieraijamais la grande maltresse des cosurs.

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