A LA MliME
A Tourney, par Geueve, SO augustc 1760.
Madame ,
J’ignore si, dans la crise violente ou nous sommes, les lettres que j’ai eu I’honneur d'ecrire & Votre Altesse Ser^nissime lui sont parvenues. Que puis-je . dire sur l'incendie des faubourgs de Dresde, sur tant de maisons detruites et tant de families perissantes ! Je dis : cela ne serait pas arrive si la branche alnee de Gotha avait conserve ses droits. Tout est revolution, tout est malheur. Votre sagesse vous procure, madame, des jours tranquilles, au milieu de tant de desolations.
On m’assure que Votre Altesse Serenissimc a recu le paquet qu'elle a la bonte de faire passer a madame de Bassevitz. Je me jette a vos pieds, madame, pour
obtenir, par votre protection, leg memoires qu’on m’a promis J'aime a ecrire l’histoire d’un homme qui a fonde des villes , dans un temps oil nous sommes entoures de la destruction. Je suis bien vieux et bien malade; les moments me sout chers; il ne faut pas laisser en mourant son ouvrage imparfait. C’est a Votre Altesse Serenissime que j’aurai l’obligation d'avoir achev6 ce que j’ai commence. Ce serait pour moi un beau jour que celui oil je pourrais venir moimfime mettre a vos pieds l'liistoire d’un legislateur qui a cree un empire de deux mille lieues; mais j’aimerais mieux vivre dans votre cour que dans cet empire. Toutes les fois que je lis la gazette, je dis : On brule, on egorge a droite et a gauche, et on cultive en paix la vertu dans le palais de Gotha.
Grande maitresse des coeurs, vous etes un des premiers objets de mes reflexions- Mettez-moi aux pieds de leurs Altesses Serenissimes, et plaignez-moi de leur presenter de si loin mes profonds respects.
▲ Fernej, 2b au^uste 1760.
Madame ,
Permettez que la famille se jette ici a vos pieds, et reraercie la belle time de Votre Altesse Serenissime avec des larmes de joie et tout l’atlendrissement de la reconnaissance. 11 est juste que la Providence fassc
1 Sur Pierre 1c Grand.