‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 73 sur 188 · A LA MfiME · texte numérisé non relu

A LA MfiME

Aux Delices, 21 <loccmbrc 1761.

Madame ,

La grande maltresse des coeurs dira peut-6tre a Votre Altesse S4renissime que les yeux ne se trouvent point bien du tout des vents du nord et de la neige. F.lle demandera grace pour moi, si je ne vous £cris pas de ma main.

Votre Altesse Serenissimc passe done continuellement en revue des Prussiens et des Francais. Votre palais ressemble a la maison de Polemon, du roman de Cassandre dans laquelle lesheros des deux partis se trouvent tous sans savoir pourquoi. S'ilsy venaient uniquement pour vous faire leur cour, et pour apprendre ce que e’est que la raison ornde des grSces, je n'aurais pas de reproches a leur faire.

J'ai mille graces ik rendre a Votre Altesse Serenissime du paquel de madame de Bassevitz. Je voudrois que cette dame s’amus&t a faire des m^moires de tout ce qu’elle a vu et de tout ce qu’elle voit; car il me paratt qu'elle voit tout tres-bien, et qu’elle 4crit de mfime. II faut qu’elle aime bien son chateau pour y rester exposee aux visites des Prussiens, des Ilanovriensetdes Busses. Si les choses de ce monde allaient d'une maniere un peu plus honntHe, nous devrions »Hre a vos pieds, madame de Bassevitz et moi. Ce n’est pas que je me plaigne de ma position ; elle est assur6-

1 De La CalpienMe, 10 vol. In-12.

LETTUES DE VOLTAIRE

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ment tres-agreable; mais elle est trop eloignec ile la belle foret de Thuriuge.

Si vous aimez les sermons madame, en voiei un qu’on vient de m’envoyer de Smyrne, et qui pourra vous edifier. Si vous etiez reine de Portugal , je ne prendrais pas cette liberte; mais une duchesse de Saxe philosopbe peut tres-bien lire le Sermon d'un rabbin, sans scandale.

Je me mets aux pieds de Yos Allesses Serenissimes avec le plus profond respect. Le Suisse V.

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