A LA ME.UE
Janvier 1762.
Madame ,
Je perds beaucoup ii la mort de l'imperatricc de Russie a. Mais je suis console si Votre Altesse Serenissime est heureuse, si elle est en parfaite sanl6, si ses filats ne se resseutent point des suites de cette funeste guerre, qui desole presque toute l'Europe. Je dis au premier coup de canon : en voila pour sept ans au moins; et j'ai eu le malheur d'etre prophete. Cela est mi peu loin de la paix perpetuelle que Jean-Jaeques Rousseau a si genereusement proposee , d’apres le vcrlueux visionnaire, l'abbe de Saint-Pierre. Les
' V. ( Km cm completes, t. XL.
* ElUabcth, fille de Pierre le Grand ; elle avail rdgne vingt et nn ans. Elisabeth |irolegca les leltres, fouda I'Academie des beaux-arls A Saint-Petersbourg et 1’Lniversite de Moscou, el cuntinua dignemeut l ieuvre de civilisation de sun illuslre pere. a. r.
homines seront toujours fous; et ceux qui croient les guerir sont les plus fous de la bande. Ce qu'il y a de bon, c’est que toutes les csperances des poliliques sont toujours trompees, et que cette experience ne les detrompe jamais. Ceux qui se coutenteut de prevoir que les nations deviendront tres-malheurcuses par les fautes de cette politique sont les seuls qui aienl raison.
Aux bcliccs , par Gcitere, 4 fevricr 17 61.
Madame ,
Je crains, madame. d’envoyer par la posle a Votre Allesse Serenissime une tragedieou elle ne verra, du moins, que les malheurs du temps passe. Si elle l’ordonne, je tenterai cette voie. Heureux si elle pent se plaire quelques moments a voir dans les infortunes de l'antiquite uu faible crayon des catamites qui affligent aujourd’bui la terre ! Puisse le nouveau gouvernement de la Russie contribuer a faire cesser les douleurs et les alarmes publiques ".
Je m’occupe actuellement a l’edition de Pierre Corneille. J'espere mellre cel ouvrage a vos pieds a la fin de cette annee. Si elle daigne faire parvenir a mademoiselle Corneille les temoignages de sa bonle, elle peut me les faire adresser par son banquier de Francfort. Elle fait ses respectueux remerclments a Volte
1 Pierre 111, qui succeda a l^li^abelh, fit la paix avec Frederic.