A LA MfcME
21 mat 1761 , aux Uclicos.
(Cette lettre sc trouve dans le recueil public par Didier. en 1857, t. I , p. 569.)
itt. — A LA MEME.
2 augustc 1762, nux Drliccs. par Geneve.
Dieu preserve Yotre Altesse Serenissime de faire jamais 6)ever un des princes vos enfants par ce fou de Jean-Jacques Rousseau. 11 faut commencer par avoir re?u une bonne education pour en donner une. Ce livre d 'Emile est meprise generalement. Mais il y a une cinquantaine de pages, au troisieme volume, contre la religion clirtHienne, qui ont fait rechercher 1’ouvrage et bannir l’auteur. On debite sourdement plusieurs ouvrages dans le goQt de ces cinquante pages. On les attribue tantOt a Lamettrie, tant6t au philosophe de Sans-Souci. Mais il est certain qu’il y en a un d’un cure de Champagne aupres de Rocroi qui est plus approfondi que le troisieme tome il’lZmile. C'est un testament que fit ce cure nomm6 Meslier1, et
1 Voy. CEuvret computes, t. XL, p. 389 ; edition Beuchot.
A LA Dl'CHESSE DE SAXE-GOTHA (17fi3).
dont il envoya une copie, avant sa mort, an garde des sceaux Chauvelin. Si Yotre Altesse Serenissime etait curieusc de cet ouvrage, je le chercherais el je le confierais a voire prudence; il est d’une rarele extreme.
J'ai l’honneur, madame, de vous envoyer un des memoires qui commenccnl a courir sur une affaire qui int^resse tous les honnetes gens. Je ne crois pas que, depuis la Saint-Barthelemy, il y ait eu une aventure plus abominable. Le cccur de Yotre Altesse Serenissime saignera en lisaut cettc histoire des fureurs catholiques de Toulouse. Les memoires ci-joints supposent des pieces antericures j je ne les ai pas sous la main, et votre discernement verra aisement ce qui peut avoir precede. Il se pourrait bien faire qu’une si . horrible aventure causAt une seconde emigration, et vous procurat quelques nouveaux sujets qui seraient plus sobres que la legion rovale. On dit que le nouveau Pierre s’estbrouille avec les barbes de scs prtkres, et que les esprits sont fort animes. Je le crois bien; le sujet en vaut la peine.
Agreez, madame, mon profond respect et mon attachement inviolable.
- A Ferney, iO jaimcr 1763.
Madame ,
Les bontds de Yotre Altesse Serenissime meraniment au milieu des neigcs. J'en ai de deux facons, celles de mon Age de pres de soixante-dix ans, et celles des
2C8 I.ETTRES DE VOLTAIRE
Alpes. Ces deux ennemis ne m’ont pas empSche d’avoir l’honneur de vous ecrire; mais d’aulres ennemis du * genre humain a pied et a cheval, qui inondaient voire Allemagne, pourraient bien avoir intercept^ mes hommages. Dieu merci, madame, nous allons elre defaits de la guerre el des jesuites. 11 ne reslcra plus guere de fleaux. Je crois en diet le roi de Prusse un peu hdl6 des fatigues de ses campagnes, el son esprit toujours brillant. 11 a plus de gloire que d’annees. Je n’ai plusl’honneur de lui ecrire depuis longtemps. Je souhaiterais seulemenl n’elre pas au nombre de ceux qui, en admirant son merile, ont un peu a se plaindre de sa person ne.
11 me paralt, madame, que malgr6 cette paix commencee, il y a encore des orages en Allemagne. C’est • la mer qui gronde encore apres une violente tempele. J’allends ce soir, madame, dans mon ermitage ptiisible, un prince qui a ele un peu ballotte dans toules ces secousses; c’est le frere du due regnant de Virlemberg, el ce n’est pas le Prussien : aussi n’a-t-il pas epouse la niece d'un roi, mais une demoiselle de Saxe fort jolie. Je crois qu’il l’amenera. On dit que ce manage n'est approuve que de ceux qui savent aimer, et que le baron de Tander den Trunk 1 * en serait fort mecontent. Les nouveaux maries ont lone une maison dans le pays de Vaud. Ces aventures ne sont pas si funestes que celles de Russie3.
Jouissez, madame, au milieu des borreurs et des
1 l.a uolilrssc alleinande |icraonniflec. — Le enmte de Ttifiire.
’ Allusion ii la morl violente de Pierre 111, auivie de ravenemeu!
de Catherine II. a. r.
A LA DUCHESSE f>K SAXF.-G0THA (IUS). 26!l folies tie ce inonde, de votre destiuee glorieuse et tranquille que vous merilez si bien. Recevez avec votre bonte ordinaire, vous et votre auguste famille, le profoud respect et l’attachcment inviolable que j’ai pour Yotre Altesse Serenissime, sans oublier assurement la grande mattrcsse des cceurs.