‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 55 sur 95 · REQUETE · texte numérisé non relu

REQUETE

15 février 1759.

Le sieur de Voltaire, gentilhomme ordinaire du roi, étant mieux informé, représente que non-seulement il ne doit pas le centième denier pour la promesse par lui laite au sieur président de Brosses d'employer douze mille livres à sa propre volonté et convenance, dans trois ans, en réparations au château de Tournay, mais qu'il ne doit pas non plus le centième denier pour le bail à vie fait avec ledit sieur président, attendu qu'un bail à vie n'est point une mutation et une translation de propriété; qu'ainsi le sieur Girard, receveur ou directeur de la ferme du domaine à Dijon, n'est pas recevable dans l'évaluation qu'il fait; ledit Girard abusant d'autant plus de son em-

3M urnes mtam*

■loi» qu'U demande ee payement injuste avait atone {ue le wpgWgotpt foît 39 possession de la terre dont il ne 4oit jouir que le 22 février.

An Dflices, près è* Genève, 14 mm 175t.

Je reçois, monsieur, la lettre dont tous m'honorez, en date du 9 mars 1759, avec le mémoire de mes ennemis les fermiers généraux, et l'extrait de la déclaration du rôi, du 20 mars 1708. Je ne puis trop tous remercier de la bonté avec laquelle voue daignes entrer dans mes petites peines , et me rendre raison des refus du conseil : Iniras in juiicium cum $$rco lue, Domine1, Permette? donc à votre serviteur, le Job des Alpes, de rebecquer encore contre son seigneur, et de lui envoyer cette fois-ci un. mémoire très-sérieux. Ce n'e*t qn'en qualité de bon Français que j'ai en la M* Use de faire griffonner mon contrat par un notaire de Gex. Je pouvais également employer un tabellion suisse, et alors les fermiers généraux n'auraient jamais entendu parler de moi. Je pouvais encore vous lâcher les treize cantons et les Ligues grises. Nous sommes jaloux de notre liberté, nous autres Helvétiens, et nous sommes de bonnes gens qui croyons que les traités doivent être exécutés à la lettre. Ainsi, monsieur, en qualité de Suisse, de Français et de votre ancien courtisan , j'ose encore vous supplier de revoir mon affaire pour la dernière fois.

Madame Denis est très-sensiblé à l'honneur dé votre souvenir. Nous sommes tous également attachés à

1 Pttume 442, v. 2.

votre personne, et à tout ce qui porte votre nom; mais, malgré toute ma sensibilité pour vous, je pense que l'eau du Rhône est aussi bonne que l'eau de la Seine, et qu'il importera très-peu à ma figure légère d'être mangée des vers du mont Jura ou de ceux de la paroisse de Saint-Roch. Tout ce qu'on a fait dans Paris, depuis quelques années, me parait le comble de la folie humaine , et je me croirais plus fou que tout Paris si , à mon âge , je ne savais pas vivre dans la retraite. Il est vrai que je regretterai toujours votre société et vos bontés ; mais il faut savoir se retirer quand on n'est plus propre pour le monde. Au reste, que les fermiers généraux m'assomment ou non, mea virtute me involvo*. Pardonnez à ma main droite, un peu pote, si je vous ennuie par une main étrangère. Pour le reste de ma vie, et avec tous les sentiments d'un homme qui vous respecte et vous aime, le Suisse

On lit en marge de la main de M. de Chauvelin : — « M'en a parler, car cette nouvelle raison peut changer la décision. « — Le 22 mars 1759, remis à M. de Faventines le nouveau mé- <* moire de M. de Voltaire. »

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