‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 75 sur 95 · A M. LE MARQUIS DE XI MENÉS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE XI MENÉS

1er septembre.

Vraiment, monsieur le marquis, vous auriez rendu

1 Allusion au poëme de Thomas, intitulé JumonvUle; car c'est là le vrai nom de cet officier. — Voltaire voulait éclaircir un fait qu'il avait sans doute l'intention de rapporter dans le Précis du siècle de Louis XV. a. f.

m LETTRES INÉDITES

un grand service à trois ou quatre cent mille hommes qui soupirent après la, tolérance, si vous aviez engagé M, le maréchal de Richelieu à faire jouer les Guèbres à Fontainebleau. Mais n'y a-t-il point quelque méprise? N'a-t-on point pris les Scythes pour les Guèbres? lie jeune auteur n'est pas à portée de se mêler de cette affaire. On m'a dit qu'il vivait dans la plus profonde retraite, loin du tripot de la comédie, et loin de . tous les autres tripots. Personne ne s'est chargé de solliciter les représentations des Guèbres , personne n'en a été prié; vous êtes le seul qui en ayez parlé à M. le maréchal de Richelieu, et c'est à vous seul qu'on en aurait l'obligation, si la cho^ réussissait.

On m'a mandé que l'auteur y a fait quelques additions. Je suis persuadé qu'il vous enverrait sa pièce avec ces changements , et qu'il serait infiniment sensible à vos bons offices.

Je ne vois pas pourquoi le premier gentilhomme de la chambre aurait besoin, à Fontainebleau, du lieutenant de police de Paris pour faire jouer une tragédie imprimée. Le roi n'est-il pas le.mattre chez lui, et l'empereur Gai lien ne peut-il pas débiter devant lui les maximes les plus sages et les plus favorables aux hommes, sans l'approbation par écrit d'un censeur royal?

Au reste, je doute fort que le magistrat de la police prenne sur lui d'approuver ouvertement cette pièce; il est trop circonspect, et les ennemis de la raison sont trop acharnés. Si vous pouvez l'encourager et le déterminer, vous ferez une bien belle action; et en qualité de tolérant, je vous aurai la même obligation que

DE VOUAI HE v !7l>0;. 413

les premiers chrétiens avaient à ceux qui faisaient cesser les persécutions.

Les derniers chapitres de l'histoire1 dont vous me parlez ne peuvent pas sans doute être de la même main que les autres. Ils sont remplis de fautes grossières et de faussetés évidentes. Les noms sont estropiés, les méprises sont absurdes....

La fia de celte lettre manque. (Note de M. de Cavrol.) 105. — A M. D'AHGENTAL *.

6 mars 1760.

Mon divin ange , le vent du nord me tue. Je n'ai pas pensé au tripot depuis que ce maudit vent souffle dans ma vallée. J'apprends que Spartacvs n'est pas de maleficiaiis , mais qu'il est de frigidis. Je m'en suis douté. Un gladiateur ne saurait (Hre tendre, et j'ai peur que l'esprit de Saurin ne tienne un peu de la trempe du gladiateur.

Envoyez-moi donc , m'allez-vous dire , la tendre Aménaïde 3 et la passionnée Fanime. — Oui, sans doute, elles partiront dans huit jours. Vous n'ayez qu'à dire l'adresse, et vous serez obéi sur-le-champ 5 j'opine pour Aménaïde et la chevalerie. Cela est tout neuf, cela ne ressemble à rien, et la Fanime ressemblée tout. Elle a les yeux d'Ariane , le nez de Didon , le

1 V Histoire du Parlement.

* Un spirituel recueil, V Artiste, attribue à Voltaire les deux lettres suivantes.

8 Voir p. 60.

Mé LETTRES IKÉWTES

menton de Roxane, Elle n'a malheureusement pas d* Acomat ; et le beau garçon qui fait l'amouréu* est lirt au-dessous de Bajazet. Donnons toute la préférence aux chevaliers qui paraissent pour la première fois avec leur bouclier et leur haubert , et au* rimes croisées, et à la poulpe du speetaele ; mais surtout ne nous pressons pas, je voiis en feonjure; Jane peui pas in imaginer que le public aille au spectacle avec un esprit bénévole, quand on est sans vaisseaux" et sans vaisselle , et qu'on ne peut faire ni la guerre ni la paix. Je suis bieri las d'dllleufs des frêronades , et il est triste » à mon âge , d'être toujours dans le public comme le faquin de l'académie de Dugast, auquel on tire; Les amusements innocents de ma retraite et de la tieillesse n'ont pu me mettre à l'abri dés coups dé ce malheureux Fréron ; il faut avouer que Ce rôle est insupportable , et qu'il est bien avilissant.

Mon autre persécuteur, M. l'abbé d'Espagnac , est plus poli; aussi lui ai- je envoyé respectueusement un nouveau mémoire, qui sera le dernier; après quoi, je tendrai le cou. J'ai peur d'être dégoûté de mes terres en France comme de tragédies. On m'a saisi mon pain, sous prétexte d'un manque de formalité . au bureau de la frontière. Je m'en suis plaint à M. le duc de Choiseul, et je lui ai dit combien il était dur de ne pouvoir manger son pain , que les Grecs appellent tfev aCTSV.

Pour lui ', je n'entends pas, mon cher ange, ce que vous imaginez quand vous dites que je serai trop

1 Le roi de Prikâe. ♦

t)Ê) V0LTA1&E (1?61). US

vengé. Il a près de cent mille hommes; le prince Ferdinand aura une armée formidable, et, qui pis est, il y aura une quinzaine de mille d'Anglais dans cette armée. Je fais beaucoup de vœux, et j'ai peu d'espérance.

À Tégard des lettres de lui à moi qu'on a imprimées, je ne les ai point vues; mais j'ai les minutes de toutes ces lettres, que je lui renvoyais corrigées, et qu'un Bonneville lui a, dit-on, volées. J'ai mis la main à tout ce qu on a imprimé de lui. 11 a été un peu ingrat. M. de Choiseul ne vous a-t-il rien confié touchant cette comique majesté? Ne savez-vous rien? Dites-moi donc quelque chose.

Comment se porte madame Scaliger *? Mille tendres respects. V.

6 avril i767.

Je comptais , Monsieur, vous remercier de jour en jour en connaissance de cause, et vous parler du plaisir que m'aurait fait le livre que vous avez bien voulu m'envoyer, mais je ne l'ai point encore teçu. Il est, depuis près de trois semaines, à la douane de Lyon. Il n'y a plus de communication entre Lyoïl et Genève. Votre livre est arrêté avec du vin de Bourgogne. Passe encore pour du vin , mais je ne puis supporter qu'on me prive d'un ouvrage doilt ôû iîi'â dit tant dé bien, et dans lequel j'espérais m'itiôtrtiirfe,

1 Madame d'Argenlal.

Je fais beaucoup plus de cas de mon âme que de mon gosier, et je consens que les soldats qui m'entourent boivent mon vin /pourvu qiie je vous lise.

Au reste , que puis-je vous répondre sur l'article de J.-J. Rousseau , sinon que je le plains beaucoup d'avoir insulté ses amie et ses bienfaiteurs , d'avoir manqué h sa patrie et d'avoir mérité l'indignation des ministres à qui nous devons la paix ? "

J'ai l'honneur d'être , monsieur, avec tous les sen~ ttmens que je vous dois, Y.

13 «çptembre 1769.

Je ne vous appellerai plus mon cher ami, puisque vous m'appelez monsieur. Hais je prie instamment votre raison , votre zèle pour la bonne cause et vos bontés pour moi , de confondre le fanatisme des sots et d'enhardir la timidité des sages.

On me mande que les Guèbres doivent être joués à Fontainebleau, mais j'en doute beaucoup. Tout ce que je sais certainement, c'est qu'un de mes amis doit en parler avec vigueur à M. de Sartines. Il doit le prévenir sur le dessein de représenter la pièce à Lyon, afin que les fanatiques de Paris aient moins de prétextes pour crier. Je pense qu'il suffira que M. de Sartines vous mande qu'il ne s'oppose point aux spectacles que vous donnez dans votre ville, et qu'il s'en remet au goût et à la volonté de vos magistrats.

Je demandais le nom d'un médecin de Lyon pour

avoir un prétexte de faire un petit voyage, en cas qu'on joue les Guèbres. Comme je suis toujours malade, le prétexte est valable. La véritable raison était de venir vous embrasser.

Je pourrais comme un autre vous dire, monsieur, que je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur; mais j'aime bien mieux être votre ami.

Voici un exemplaire où il se trouve des changements qui n'étaient pas dans l'autre *.

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