‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 93 sur 95 · X. « Comment peut-on entendre que ce soit la loi naturelle · texte numérisé non relu

X. « Comment peut-on entendre que ce soit la loi naturelle

« qui exclut les filles de la couronne? Elle n'est donc la loina-

« turelle qu'en France; car les autres peuples de l'Europe ne

« les excluent pas. »

• La loi salique faisait autant de peine au P. Daniel

qu'à Louis XIY.

XI. « Les admirateurs de Mézerai se désabuseront de l'opt- « nion qu'ils ont qu'il ne fait que des narrations bien intelli- « gibles, et ils demeureront d'accord que les mauvaises eons- « tructions ne sont pas rares dans ses ouvrages. »

Cela est vrai; mais on eotend Mézerai.

1 Madame de Main tenon.

SLR LE P. DANIEL, 459

XII. « Il dit : Les intrigues de cour sont toujours funestes « aux grands capitaines. — Voilà une maxime générale qui se- « rait bien sujette à être contredite ! »

11 s'agit ici d'une universalité morale, et cela suffit.

XIII. « 11 n'a jamais aucune modération quand il parle des « grands; serait-ce là par où il plaît à tant de gens?»

Méchanceté du P. Daniel, qui veut persuader que Mézerai ne peut plaire qu'à la canaille.

XIV. < Il dit qu'un garde-chasse ayant accusé un chambellan « du roi d'avoir tué un buffle; et le chambellan l'ayant nié, le (( roi ordonna le combat, selon la coutume en fait douteux; il « dit ensuite que le champion du chambellan et le garde s'é- « tant tués tous deux, le chambellan , comme convaincu , fut « attaché à un poteau et lapidé. Cette aventure peut être vraie, « mais elle n'est pas fort vraisemblable; et, si elle est vraie, « quel étrange temps était celui-là ! »

Oui; mais est-ce la faute de l'historien?

XV. a 11 fait de Frédégonde une femme habile et coura- « geuse, après l'avoir noircie un peu auparavant de toutes « sortes de crimes. »

Ce n'est point une contradiction. Les Cromwell, etc. ont commis des crimes, et étaient habiles et courageux.

XVI. « Landry fit avancer, dit-il , quelques troupes portant « des branches d'arbres qu'elles plantèrent, et laissèrent dans « ee terrain quelques vaches qui portaient des clairons , de

«sorte que tes ennemis crurent que c'était un bois taillis. «— Quelle impertinence ! »

Le P. Daniel ne se ressouvient plus qu'Annibal a employé le môme stratagème avec un égal succès.

XVII. « Cbildehert et sa femme furent emportés de maladie « l'un près de l'autre. Et aussitôt le bon Mézerai ajoute qu'ils « moururent peut-être de poison, et qu'il venait de fe bou- « tique de Frédégonde, leur ennemie, ou de celle de Bru» « rehaut Cest accuser bien légèrement des crimes les plus « énormes des personnes élevées. »

Pourquoi des personnes élevées? U ne faut accuser légèrement de crimes énormes qui que ce soit.

XVIII. « Il parle de Frédégonde triomphante , mais plus #■ * lustre encore par ses crimes que par ses bons succès. — Est- « on illustre par ses crimes? Je crois qu'on peut être célèbre « et fameux, mais non pas illustre. »

Illustre ne signifiait alors que fameux, et ne se prenait pas toujours en bonne part.

XIX. a Les Australiens menèrent de force Brunehaut sur les a frontières du royaume où ils la laissèrent seule , et n'ayant « qu'un méchant habit qu'ils lui firent prendre. — Quoi! ils (( prirent le soin de lui changer ses habits ! Voilà bien du sanga froid pour des sujets insolents, et une plaisante vengeance! »

Le P. Daniel ne se serait pas contenté de cette punition.

XX. a 11 dit : Brunehaut, chassée de la cour d'Austrasie, y laissa a une de ses servantes, fille fort sage et fort belle, achetée à « prix d'argent.— Qu'entend-il par une servante achetée à prix

a d'argent? Les filles qui sont auprès des reines sont-elles « nommées servantes? »

Elles pouvaient l'être alors ; il y avait des esclaves dans ce temps-là.

XXL a Par une prévention ridicule contre les femmes, il dit - que Dagobert se laissa porter au luxe que la vanité de ce « sexe inspire. »

Le P. Daniel fait ici sa cour aux dames, à madame de Maintenons etc., et par contre-coup à Louis XIV.

XXII. « A la page 284 il dit qu'on soupçonne le roi Dago- « bert d'avoir contribué à la mort d'un enfant pour se saisir « de ses États. II dit dans la page suivante que ce roi fit bâtir « en l'honneur de saint Denis une belle église, et l'accom- « pagna d'une riche abbaye. — Un prince qui a de pareils sen- « timents de piété peut-il être soupçonné d'un crime énorme ? »

On peut bâtir une église, et commettre des crimes.

XXIII. « Vamba, roi des Visigoths, avait donné ordre de a prendre dans ses troupes tous ceux qui avaient commis des « désordres avec des femmes , et leur avait fait couper la partie « avec laquelle ils avaient péché. — Il est facile de connaître « ce qui y est de répréhensible dans le fait et dans l'ex- « pression.»

L'expression peut être répréhensible sans que le fait lé soit.

XXIV. « Deux évêques, dit-il, voulant tromper un prince, a lui donnèrent leurs serments sur les châsses de quelques a saints qu'ils portaient avec eux, mais dont ils avaient ôté a les reliques. — Est-il possible que les hommes de ce siècle-là

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« fussent méctottt et scrupuleux en roêa* teg*ptf ? tfemitiènt

« concilier ces deux contraires? »

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. Mézerai a'est ici qu un impoli. . <i

XXVI. « il met un discoiïrs de fanfaw^ià toLhûfflîlifiiè Wpin, r * tuant an liofl. »

^ $f *4qu jours etyi#i<pei» çte gnrt|ièr«t|li *Un* >ees siècles héroïques, < i •*' .mi

a maxmtè tttën "ttgaè t' ll&WqteHrH&là* ffittt^rase « 4e régner est toujours ennemie «le celle qiti «toit ittetfder. »

Les exceptions sont si rares que la maxime pouvait subsister.

XXVIII. « Il dit que Louis le Débonnaire voulut mettre la « réforme parmi les évoques, et que cela lui attira la haine des a gens d'église, parmi lesquels le nombre des méchants , quoia qu'il ne fût pas le plus grand, se trouva le plus fort, parce a qu'il était le plus remuant. — Où est la preuve qu'il fut le <c plus fort? »

Il est certain que la minorité, quand elle est composée des méchants, est souvent la plus forte.

XXIX. « Il dit : L'envie ayant pris à l'empereur, nonobstant a sa dévotion , de goûter encore les douceurs du lit nuptial , « il choisit une princesse d'autant plus funeste à son repos

« qu'elle était belle et spirituelle. — La dévotion est-elle in- « compatible avec le mariage, qui est uu sacrement? »

Cela pouvait être appliqué à Louis XIV et à madame de Maintenon; il faut donc le détruire.

XXX. « Et comment Mézerai sait-il que l'empereur ne cher- « chait dans son mariage que les douceurs du lit? Et quelle a expression est celle-là? Comment prétend-il prouver qu'une « femme est funeste au repos de son mari , quand elle est a belle et spirituelle? 11 ne faudrait donc épouser que les « laides et les stupides. »

Réflexions très-plaisantes pour un prêtre.

XXXI. « Il dit que l'impératrice, autant pour avoir lieu de a gouverner son mari que par affection, lui persuada de don- « ner sa confiance au comte de Barcelone qu'elle aimait. « — Que veut dire par affection? »

On entend bien Mézerai; mais il s'explique mal.

XXXII. « J'ose dire qu'il n'est pas vraisemblable qu'un évê- « que 1 puisse être surpris et massacré en disant la messe. »

Le P. Daniel aurait sûrement pris la fuite.

XXXIII. « 11 dit que le roi Hugues d'Italie épousa l'impudique « Marozie; laquelle gouvernait alors la ville de Rome et le « siège pontifical. — 11 aime à dire des injures aux personnes « élevées en dignité. »

Si c'est un fait, il n'y a point d'injures. L'histoire juge et ne flatte pas.

XXXIV. « 11 nous laisse deviner, si nous pouvons, pourquoi il

11 s'agit de révéque de Nantes, lors de l'invasion de» Normands, a. f.

464 REMARQUES JtffTWRAPflSS 1>E VOtTAlW

« traite cette princesse d^mpudkjUe, et -coranent elfe-ganter- « irait le siège pontifical ; car il ne Fex pfcqae en Ricane ma-

«nière. »

Cela n'était pas nécessaire.

XXXV. « Un gentilhomme lia avait fait voir des preuves que a la maison de Savoie descendait de mâle en mâle dé Charles* a Constantin, fils de Louis l'Aveugle, roi de Provence; dont il « tira la conséquence qu'elle, a droit de prendre le titre de « royale. — Quand ce qu'il dit serait vrai, je ne pais ai ce serait « un droit de prendre ce titre. Mais bien plus, ce gentilhomme « si savant et lui se sont trompés assurément; car les duc* de « Savoie prétendent tirer If ur origine de 4a maison de Saxe. »

Ce gentilhomme a fait voir dès preuves; mais il se trompe; car les ducs de Savoie prétendent, etc. Ce

raisonnement est peu concluant.

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