P VOLTAIRE
Mais rarchi^ecte existe , et quiconque le nie , Sous le manteau du sage, est atteint de manie. Consultez Zoroastre, et Minos, et Solon, Et le martyr Socrate , et le grand Cicërou, Ils ont adoré tous un maître , un juge , un père. Ce système suUime.à riiomine e^t nécessaire.
C'est le sacré lien de la société, Le premier (oudement de la sainte équité.
Que le sage l'annonce, et que les rois le craignent. |{ois, si vous m'opprimez , si vos grandeurs dédaignent Les pleurs de Tinnocent , que vous faites couler , Mon vengeur est au ciel , apprenez à trembler. Tel est au moins le fruit 'd'une utile croyance. Mw ^iy nai|QI^l?ur|^^x, dont Vi triste imprudenca ,Pana le çbsniin du crime ose Iqs rassurer, De tes beaux argumens quel fruit peux-tu tirer? Tes enfans à ta voix seront-ils plus dociles? Tes amis, au besoin, plus sûrs et plus utiles? Ta femme plus honnête? et ton nouveau fermier Pour ne pas croire en Dieu va^t-il mieux te payer?. .. ' Ah I laissons. au}( kumains la crainte et Tespérance. Ju m'objectes en vaio l'hypocrite insolence De ces^fit^rs 4^arl^t,aQS aux hoijinefirs élevé# , Mouifris de ,n^s travaux , de nos gleurs abreuvés , Et de Paris sanglant les horribles niatines.
Je connais mieux que toi ces affreux monuméns, Je les ai sous ma plume eiçposcs cinquante àn$.
APOUOGISTE. 39
M a (s de ce fanatisme ennemi formidable , J'aiifait adorer Dieu , c[uaod j'ai vaincu le diable.
Faut-il fouler aux pieds une vérité constante parce qu'elle est entourée de mensonges? (T. k^tP' iio.)
Nous ne disons pas qu'en adorant un être suprême juste et bon , nous devions admettre la barque à Caron ou Cerbère; mais la croyance d'un Dieu juste n'en est pas moins certaine. ( T. 62, p. 375.)
L'impiété rend inefficace k remède le phis puissant co0tf*e nos crime» et fU)à sottises.
Il y à sur la terre du vice et de la vertu , comme il y a de la ^ànté et de la maladie; mais en général les hommes sont sots, ingrats, jaloux, avides du bien d^autrui, abusent de leur supériorité quand ils sont forts, et sont fripons quand ils sont faibles.
De tout cela , les 'moralistes de tous les temps ont conclu que l'espèce humaine ne vaut pas gpand'chiDse , et en cela, ils ne se sont guère écartés de la vérité.
Quels remèdes employer contre nos crimes
et nos sottises ? Les nations qu'on nomme civilisées ne trouvèrent point de plus puissant antidote, contre les poisons dont les cœurs étaient pour la plupart dévorés , que le recours à un Dieu rémunérateur et vengeur.
Les magistrats d'une ville avaient beau faire des lois contre le' vol , on les volait eiixmémes dans leurs logis , tandis qu'ils promulgaient leurs lois dans la place publique.
Quel autre frein pouvait-on donc mettre à la cupidité, aux transgressions secrètes et ifnpunies , que l'idée d'un maître étemel qui nous voit et qui jugera jusqu'à nos plus secrètes pensées? Nous ne savons pas qui le premier enseigna aux hommes cette doctrine, tant elle est ancienne.
Si les athées dominaient chez nous, comme on dit que cela est aj^rivé dans la ville de Londres du temps de Charles II, je saurais trèsbon gré à yn honnête hofnme de venir simplement nous dire comme Platon ," Marc-Aurèle , Epictète : Mortels , il y a. un Dieu juste , soyez justes.
Quoique je me pique d'être très-tolérant, .
j'inclinerais plutôt à punir celui qui nous
dirait aiqourd'hiii: Messieurs et dames, Dieii n'est pas; calomniez, parjurez -vous , friponij nez , volez , assassinez , empoisonnez. Tout
^t ég^l, pourvu que vous soyez les plus forts ou les plus habiles : il est clair que cet homme serait très-pernicieux à la société , quoi qu'on en ait pu dire. ( T. f\iy p* 17.)
U se peut , et il n'arrive que trop souvent , que la persuasion de la justice divine ne soit pas un frein à l'emportement d'une pasision : oin e$t alors dans Fivresse. ï^ remords ne reviennent que quand la raispn at repris ses droits , mais. enfin ils. tourmentent le coupable. L'ar thée pçut sentir, au lieu de remords, cettç horrei^r secrète et sombre qui accompagne les grands crimes : la sitiiation de son an^e est importune et ci*uelle. Un homme souillé de sang u'est plus sensible aux douceurs de la société ; son ame devenue s^troce est incaps^ble de toutes les consolations de 1^ yie; il rugit en furieux , mais il ne se repent pas. Il ne craint point qu'on lui demande compte des proies qu'il à déchirées. Il sera toujours méchant , il s'endormira dans ses férocités.
L'homme au • contraire qui croit en Dieu ^
4^1 YOLTÀIRE
rentrera en lui-même. Le premier est un monstre pour toute sa vie , le second n'aura été barbare qu'un moment Pourcjuoi? c'est que l'un a un frein , L'autre n'a rien qi^i l'ar* réte.
La croyance cTun Dieu nécessaire à la société.
Quel est l'homme qui ayant seulement une peuplade de six cents personnes à gouverner , voudrait qu'elle lut composée <Fathées ?
Quel est l'homme qui n'aimerait pas mieut avoir aflsiire à un Marc-Aurèle, ou à un Epictète qu'à nos Spinosa ? Nous savons et nous l'avons souvent avoué, qu'il est des athées par principe , dont l'esprit n'a point corro^lpu le IXBur.
On a vu souvent des athées Vertueux malgré leurs erreurs :
Leurs opinions infectées N'avaient point infecté leurs moeurs.
Mais nous disons à tous ces athées argu^ mentans^ qui n'admettent aucun frein et qu^ cependant se sont feit celui de l'honneur , qui rsiisonnent mal et qui se gouvernent bien ;
Messieurs f gardez-i^ous de f athée qui se conduit comme il raisonne, (jT. 6a, /7. 375.)
Je suppose 9 ce qu'à Dieu ne plaise, que tout un peuple soit athée par principes : je conviens qu'il pourra se trouver plusieurs citoyens qui , nés tranquilles et doux ^ asse2^ fiches pour n'avoir pas besoin d'être injustes^ gouvernés par l'honneur, et par conséquent attentifs à leur conduite, pourront vivre ensemble en société ; ils cultiveront les beaux arts par qui les mœurs s'adoucissent; ilâ poijir-» ront vivre dans la paix, d^ans l'innocente gaieté des honnêtes gens; mais l'athée pauvre^ et violent, sûr de l'impunité, sera un sot s'il ne vous assassine pas pour vcder votre argent. Dès lors tous les liens de la société sont rompus, tous les crimes secrets inondent 1^ terre , comme les sauterelles à peine aperçues viennent ravager les campagnes: le bas peuple ne sera qu'une horde de brigands. Ils, passent leur misérable vie dans des tayemes avec des femmes perdues ; ils les I;>Attent , ils $e battent entr'ei^x , ils tombent ivres au milieu de leurs pintes de plomb , dont ils se sont cassé la tête. Ils se réveillent pour voler et ppur as*
sassiner; ils recommencent chaque jour ce cercle abominable de brutalités.
Qui retiendra les gnmds et les rois dans leurs vengeances , dans leur ambition à laquelle ils veulent tout immoler?
Les athées fourmillaient en Italie, au quinzième siècle. Qu'en arriva-t-il ? Il fut aussi commun d'empoisonner que de donner à souper, et d'enfoncer un stylet dans le cœur de son ami , que de l'embrasser. Il y eut des professeurs du crime, comme il y a aujourd'hui des maîtres de musique et de mathématiques. On choisissait exprès les temples pour y assassiner les princes aux pieds des autels. Si de telles mœurs avaient subsisté, l'Italie aurait été plus déserte que ne l'a été le Pérou après son invasion. ( T. 58',/>. i85.)
Les principes religieux sont nécessaires à la conservation de l'espèce humaine. ( T. 4if p. io3. ) ,
On veut qu'il y ait eu des athées vertueux; Ton fait d'Epicure un homme de bien; je l'avoue, l'instinct de la vertu peut très-bien subsister avec une philosophie erronée. Les épicuriens et les plus Êuneun; athées de nos
jours ^ occupés des agrémens de la société, de l'étude et du soin de posséder leur ame en paix , ont fortifié cet instinct qui les porte à ne jamais nuire , en renonçant au tumulte des affaires qui bouleversent Famé et à l'ambir tion qui la pervertît. Aii?si donc , un athée de mœurs douces et agréables^ retenu d'ailleurs par le frein que la société des hommes impose, peut très-bien mener une vie honorée:
on en a vu de& exemples.
Mais mettez ces doux et tranquilles athées dans de grandes places ^ jetez-les dans les factions : pensez-vous qu'alors ils ne deviendront pas aussi méchans qu'homme au monde peut l'être? Voyez dans quelle alternative vous les jetez. Ils seront des imbécilles , s'ils ne sont pas des pervers» Leurs ennemis les attaquent par des crimes, il faut bien qu'ils se défendent avec les mêmes armes , ou qu'ils périssent. Certainement leurs principes ne s'oppo-' serpnt point aux assassinats , aux empoisonnement , qui leur paraîtront nécessaires.
Il est donc démontré que l'athéisme peut tout au plus laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie de la vie pri-
46 ■ VOLTAHIE
Vée; mais qu'il doit porter à tous les crimes tlans les orages de la vie publique. {T. ^i y p. ti5.)
L'athéisme est un monstre très-dâhgereui dans ceux qui gouvernent ; il l'est aussi dans les gens de cabinet , quoique leui* vie soit innocente, parce que de leur cabinet^ ils peuvent percer jusqu'à ceux qui son^J en place.
Il est clair que la sainteté des sermens est nécessaire, et qu'on doit se fier davantage à ceux qui pensent qu'un faux serment sera puni, qu'à ceux qui pensent qu'ils peuvent faire un faux serment avec impunité. ( T. 4o, p. 345.)
Il y a une prodigieuse différence entre un serment fait dans une chambre , et un serment fait dans un temple. ( T. 5i,/>. 3i6.)
Avouons que quand nous lisons l'histoire de ces monstres qui exercèrent sur les hommes d'épouvantables barbaries, nous souhaitons qu'ils soient tous châtiés. L'idée d'un vengeur est donc nécessaire. (71 l\i y p* 104. )
Philosophez tant qu'il vous plaira entre vous ; mais si vous avez une bourgade à gou-
tl
verner , il fiaiut qu'elle ait une Religion. Partout où il y a une société établie , une Religion est nécessaire. Les lois veillent sur les crimes connus, et la Religion sur les crimes secrets. {T. 54 , p- 4%- )
C'est certainement l'intérêt de tous les hommes qu'il y ait une divinité qui punisse ce que la justice humaine ne peut réprimer.
Le sénat de Rome était presque tout com-* posé d'athées de théorie et de pratique, c'est- i
à-dire qui ne croyaient ni à la providence, ni f
à la vie future; ce sénat était une assemblée de philosophes, de voluptueux et d'ambitieiix, tous très-dangepeux et qui perdirent la république. L'épicuréisme subsista sous les empereurs. Les athées du sénat avaient été des factieux dans les tem|>s de Sylla et de César; ils forent sous Auguste et Tibère des athées
jesclaves-
Je ne voudrais pas avoir à faire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier, je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souverain , avoir à faire à des courtisans
athées dont l'intérêt serait de ni'eliipbistmner, il me faudrait prendre au hasard du contrepoison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peu*ples, que l'idée d'un être suprême, créateur^ gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dan» les esprits. ( T. 48^ /?. 345.)
V ennemi de Dieu ne sera jamais Vàmi des hommes,
Otez aux hommes l'opinion d'un Dieu vengeur et rémunérateur, Sylla et Marins se baignent dans le sanig de leurs concitoyens; Auguste, Antoine et Lépide surpassent les fureurs de Sylla, Néron ordonne dé Sang froid le meurtre de sa mère* Il est certain que la doctrine d'un Dieu vengeur était éteinte alors chez les Romains. {T. ^j, p. io3.')
L'athée fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment j s'il est sûr de l'impunité de là part des hommes ; car sans la croyance d'un Dieu , ce .monstre est son Dieu à lui-Tnême.
Il s'immole tout ce qu'il désire pu tout ce
qui lui fait obstacle : les prières les plus tendres, les meilleurs ràisonnemens, ne peuvent pas plus sur lui que sur un loup affamé de carnage. {T. /^i^ p. io5,) [
Il est très-vraisemblable que l'athéisme a i
été la philosophie de tous les hommes puis- j|
sans qui ont passé leur vie dans ce cercle dé i
crimes que les imbécilles appellent politique^ 1
coups d'état. ( T. /^i ^ p. loS.) ïj
Je veux que les princes et leurs ministres t
reconnaissent un Dieu , et même un Dieu qui punisse et qui pardonne. Saris ce frein je les
regarderai comme des animaux féroces j qui,
à la vérité j ne mè mangeront pas lorsqu'ils
sortiront d'un long repas , et qu'ils digéreront
doucement sur un canapé, mais qui certainement me tnarigeront , s'ils me rencontrent
sous leurs griffes quand ils auront faim, et
qui après m'avoir mangé, ne croiront pas
seulement avoir fait une mauvaise action. Ils
ne se ressouviendront même point du tout de
m'avoir mis sous leurs dents, quand ils au-s
ront d'autres victimes. [ Tels ont été les impies
réi^lutionnaires. ]
Qui pourrait dire que l'existence d'un Dieii
5o VOLTAIRE
rémunérateur et vengeur soit un mystère incompréhensible? Résistera-t-oh à la voix de tous les astres et de tous les êtres inanimés qui nous crient : C'est Dieu qui nous a formés, (r. 5i,/>. 3i3.)
V impiété funeste aux particuliers*
Les hommes sont assujétis à dé cruelles passions et à d'horribles malheurs , il leur faut donc un frein qui les retienne et une vérité qui les console. ( T, 46 > P* ^ 56. )
Le grand objet, le grand intérêt, ce me pemble , n'est pas d'argumenter en métaphysique ^ mais de peser s'il faut, pour le bien commun de nous autres animaux misérables et pensans , admettre un Dieu rémunérateur ,et vengeur, qui nous serve à la fois de frein et de consolation, ou rejeter cette idée en nous abandonnant à nos calamités sans espérance^ et à nos crimes sans remords.
Des citoyens qui sentent la faiblesse humaine, sa perversité et sa misère, cherchent un appui qui les soutienne dans les langueurs et les calamités de cette vie. Depuis Job jusqu'à nous , un très-grand nombre d'hommes
APOLOGISTE 5l
a gémi de son existiince; nous avons donc un besoin perpétuel de consolation et d'espoir. Votre philosophie nous en prive. La fable de Pandore valait mieux, elle nous laissait l'espérance, et vous nous la ravissez ! La mienne n'a-t-elle pas un prodigieux avantage sur la vôtre? Elle est utile au genre humain, la vôtre est funeste; elle peut, quoique vous en disiez, encourager les Néron , les Cartouches [et les révolutionnaires\ La mienne peut les réprimer. [Et Las Casas, ce digne apôtre de l'Evangile, a arraché quelques Indiens à la férocité de leurs vainqueurs. ] ( 2T So ,/?. aSi. )
Si l'idée d'un Dieu , auquel nos âmes doivent se rejoindre , a fait des hommes ver- • tueux , ces exemples suffisent pour ma cause , et ma cause est celle de tous les hommes.
Vous avouez vous-même que la croyance d'an Dieu a retenu quelques hommes sur le bord du crime : cet aveu me suffit. Quand cette croyance n'aurait prévenu que dix assassinats , dix calomnies , dix jugemens injustes sur la terre, je tiens que la terre entière) doit l'embrasser. ( 71 Ôo,/?. aSi. )
fjafitte ^)tommt.
Perfections de Dieu.
oi quelque chose nous fournit une faible idée, une idée commencée, une notion imparfaite de Dieu ; c'est la lumière : elle est partout comme lui , elle agit partout comme lui. La comparaison du soleil et de la lumière avec Dieu et ses perfections est sans doute imparfaite, mais enfin elle nous en donne une idée quoique très-faible et fautive. Nous disons qu'un trait de luniière lancé du globe du soleil , et absorbé dans le plus infect des cloaques , ne peut laisser aucune souillure dans cet astre. Ce cloaque n'empêche pas que le soleil ne vivifie toute là nature dans notre globe. Un trait de lumière pénétrant dans la fange , ne se mêle point avec elle , et il y conserve sa pureté essentielle.
Au reste , il vaut encore mieuk avouer que
la lumière la plus pure ne peut représenter
Dieu même. ( T. 4o, /?. a^yS et 278.) jj
Unité de Dieu,
Une uniformité constante dans les lois qui dirigent la marche des corps célestes, dans les mouvemens de notre globe, dans chaque espèce , dans chaque genre d'animal , de végétal, de minéral, indique un seul moteur.
S'il y en avait deux , ils seraient ou divers ou contraires ou semblables. Si divers, rien ne se correspondrait ; si contraires , tout se détruirait; si semblables, c'est comme s'il n'y en avait qu'un. ( T.l^o,p.i qS. )
Les principes de Manès , tant ressassés par Bayle , sont une plaisanterie mauvaise. Ce . sont, comme on l'a observé, les deux médetins de Molière , dont l'un dit à l'autre : Passez-moi l'émétique , et je vous passerai la saignée. Le manichéisme est absurde , et il a eu un si grand parti !
Ma raison ne peut admettre deux dieux qui se combattent ; cela n'est bon que dans un poëme où Minerve se querelle avec Mars. Ma faible raison est bien plus contente jd'un seul
grand être qui a tout fait , qu elle n'est satisfaite de deuic grands êtres, dont l'un gâte tous les ouvrages de l'autre. Votre mauvais principe Arimane n'a pu déranger une seule fois des lois astronomiques et physiques du bon principe Oromase ; tout marche avec la plus , grande régularité dans les cieux. Pourquoi le méchant Arinaane n'aurait-il eu de puissance que sur ce petit globe de terre ?
Si j'avais été Arimane, j'aurais attaqué Oromase dans ses belles et grandes provinces de tant de soleils et d'étoiles. Je ne me serais pas borné à lui faire la guerre dans un petit village. ( T. 54,/?. 370.)
Il y a dans toute la nature une unité de dessin manifeste. Les lois du mouvement et de la pesanteur sont invariables. Il est impossible que deux artisans suprêmes , entièrement contraires l'un à l'autre, aient suivi les mêmes lois. Cela seul, à mon avis, renverse le système, manichéen, et l'on n'a pas besoin de gros volumes pour le combattre. Il est donc une puissance unique, éternelle à qui tout est lié , de qui tout dépend , mais dont la nature m'est incompréheasible. ( T. 40, /?. 1 3o.)
Grandeur de Dieu,
Au milieu des clartés d*un feu pur et durable , Dieu mit avant les temps son trône inébranlable. Le ciel est sous ses pieds : de mille astres divers Le cours toujours réglé l'annonce à Tunivers. La puissance, Tamour, avec Fintelligence , Unis et divisés, composent son essence.
Ses saints, dans la douceur d'une éternelle paix, D'un torrent de plaisirs enivrés à jamais, Pénétrés de sa gloire , et remplis de lui-même , Adorent à Tenvi sa majesté suprême.
On voit à ses côtés les brûlans Séraphins, A qui de Funivers il commet les destins.
II parle , et de la terre ils vont changer la face ; Des puissances du siècle ils retranchent la race , Tandis que les hun^aîns, vik jouets de Terreur, Des conseils éternels accusent Ja hauteur.
Toute -puissance de Dieu.
Dieu est véritablement le seul puissant, puisque c'est lui qui à tout formé; mais il n'est pas extravagamment puissant. De ce qu'un architecte a élevé une maison de cin- ^ quante pieds bâtie de marbre , ce n'est pas à dire qu'il ait pu en faire une de cinquante lieues bâtie de confiture. ( T. 46,/?. a35. )
Création.
Je suis convaincu que toute la terre et ce qui l'environne , le genre-humain et le genre animal, et tout ce qui est au-delà de nous^ l'univers en un mot, ne s'est pas formé lui" même, et qu'il y règne un art infini; je reçois avec respect l'idée d'un artisan unique > d'un maître suprême que la secte des épicuriens rejette. Ce souverain de la nature a créé la matière; car le néant n*a point de propriétés, rien ne vient de rien, rien ne retourne à rien. Je conçois que l'universalité de^phosies est émanée de ce Dieu, qui seul est par lui-même , et dont tout est l'ouvrage. Il a tout arrangé suivant les lois universelles qui résultent de sa sagesse autant que de sa puissance. {'T. Ifiy p- 248. )
Il nous est donné d'arranger, d'unir, de djésunir , de nombrer , de peser , de mesurer ; rrpais faire ! quel mot! il n'y a que l'être nécessaire , l'être existant éternellement par luimême, qui fasse. Avouons donc qu'il est un être suprême , nécessaire, încpmpréhensible , qui nous a faits. ( T. i58, /?. ï53. )
Un métal, une pierre sont des choses que toute l'industrie humaine ne saurait faire.
C'est un Dieu qui créa la matière dans l'immepsité de l'espace. Il dit, et tout exista. Quel resserrement d'esprit, quelle absurdité grossière, de dire : le chaos était éternel.
Grâces à jamais à cet être nécessaire , éternel, intelligent et tout-puissant, qui nous a formés par un art si admirable ; mais cet art ne serait rien si nous n'avions le sentiment qui fait la vie, les goûts et les organes qui la conservent, organes auxquels sont attachés des sentimens si vifs. ( 7". 46,/?. 79. )
[ Dans une belle nuit d'été. Voltaire se promenait avec sa société sur le lac Léman ; il admirait la beauté de la nature. Madame Denis lui demanda des vers à ce sujet : il fit ceux-ci en un moment : ]
Tous ces vastes pays d'azur et de lumière , Tirés du sein du vide et formés sans matière, Arrondis sans compas et tournant sans pivot , Ont a peine coûté la dépense d'un mot.
Bonté de Dieu.
Ignorer ton être suprême,
Grand Dieu , c*est un moindre blahpliême ,
Et moins digne de ton courroux
Que de te croire impitoyable,
De nos malheurs insatiable,
Jaloux", injuste comme nous.
Justice de Dieu.
Le culte d'un Dieu juste, qui punit et ^ui récompense, est nécessaire au bonheur de la société. (T. ^6 y p. 1 5o. )
Toute la nature vous a démontré l'existence d'un Dieu suprême; c'est à votre cœur à sentir l'existence du Dieu juste. Comment pourriez-vous donc être juste , si Dieu ne l'était pas^ ? Et comment pourrait-il l'être s'il ne savait ni punir ni récompenser ? ( T. 34 > p. i4o.)
Eternité et immutabilité de Dieu.
Le temps qui donne à tout le mouvement et Fêtre , Produit, accroît , détruit , fait mourir , fait renaître , Change tout dans les eaux , sur la terre et dans Fair :
L'âge d'or à son tour suivra l'âge de fer.
Flure embellit des chainps l'aridité sauvage. La mer change son lit, son flux et son rivage. Le limon qui nous porte est né du sein des eaux. OiV croissent les moissons , voguèrent les vaisseaux. La main lente du temps applanit les montagnes; Il creuse les vallons , il étend les campagnes; Tandis que l'éternel, le souverain des temps,
Demeure inébranlable en ces grands changemens,
T. So, p. iC*
Les œuvres des bumains sont fragiles comme eux y Dieu dissipe à son gré leurs desseins factieux ,
Et tandis que la terre
Voit des sectes sans nombre une implacable guerre ^ La vérité repose aux pieds de Féternel.
Henriade.
Dieu seul est toujours stable : en vahi notre malice , De la sainte cité veut saper l'édifice , Lui-même en affermit les sacrés fondemens, Ces fondemens vainqueurs de l'enfer et du temps».
Henriade, var. ,cli. <^^'.
Providence de Dieu%
L'inépuisable nature Prend soin de la nourriture
iio VOLTAIRE
Des tigres et des lions , Sans, que sa main abandonne Le moucheron qui bourdonne Sur \^^ feuilles des buissons.
Il ne tombe pas un seul cheveu de nos têtes sans l'ordre du maître des choses et des temps. La providence fait tout; providence tantôt terrible et tantôt favorable , devant la-» quelle il faut également se prosterner dans la gloire et dans l'opprobre , dans la jouissance déUcieuse de la vie^ et sur le bord du tombeau. Ainsi pensent tous les sages. Malheur à ceux qui contredisent ces grandes vérités.
Des desseins marqués se manifestent dans tous les êtres ; les yeux sont faits pour voir , les oreilles pour entendre , les pieds pour marcher ; une profonde mathématique gouverne le cours des astres : tout ce qui existe atteste une providence divine. Comment Spinosa^ ne pouvant douter que l'intelligence et que la matière existent , n'a-t-il pas examiné au moins si la providence n'a pas tout arrangé ? Comment n'a-t-il pas jeté un coupd'œil sur ces ressorts, sur ces moyens dont
APOLOGISTE. 6i i
chacun a son but , et recherché s'ils prouvent I
un artisan suprême ? Il fallait qu'il fût ou un physicien bien ignorant, ou un sophiste gonflé d'un orgueil bien stupide, pour ne pas reconnaître une providence toutes les fois qu'il respirait et qu'il sentait son cœur battre ; car cette respiration et ce mouvement du cœur sont de»
effets d'une machine si industrieuserhent compliquée , arrangée avefc un art si puissant , dépendante de tant de ressorts concourant tous au même but , qu'il est impossible de l'imiter, et impossible à un homme de ne pas l'admirer. ( T. [\o yp. 137.)
Le dogme de la providence est si sacré, si nécessaire au bonheur humain, que nul homme ne doit exposer ses lecteurs à douter d'une vérité qui ne peut faire de mal en aucun cas, et qui peut toujours opérer beaucoup de bien. Nous ne regardons point le dogme de la providence comme un système ,* mais comme i;ine chose démontrée à tous les esprits raisonnables.
Je suis à mon aise, quand je me dis : Dieu lest le maître. (T. 58 , p. aoy. )
La providence a donné à l'homme la dis-
position à la piété et le pouvoir de comprendre la vérité. Ces deux présens de Dieu sont le fondement de la société civile. C'est ce qui rend la vie tolérable. ( T^ 49> jP- 439)
Présence de Dieu*
Quel fruit pouvons -nous tirer de cette idée généralement établie , que nous sommes toujours en présence de Dieu? Que nous ne
devons nous livrer à aucune action et à au-
cune pensée qui ne soit conforme à sa justice?(r. 4i,/7. i46.)
Nature de Dieu incompréhensible»
Il y a loin de la bassesse de nos pensées â Pessence divine.
La philosophie nous montre bien qu'il y a un Dieu; mais elle est impuissante à noua apprendre ce qu'il est , ce qu'il fait , comment et pourquoi il le fait; s'il a commandé une fois, ou s'il agit toujours, etc. Il faudrait être lui-même pour le savoir. (71 38 , p. 34- )
La nature de Dieu doit être incompréhensible, car il doit y avoir l'infini entre lui et nous. Nous devons admettre qu'il est, sans
savoir ce qu'il est, ni comment il opère.
Dieu t^a fait pourFaimer , etnoo pour le comprendre. 1
îl!
Loin de rien décider sur son être suprême , Gardons en Fadorant un silence profond ; Le mystère est immense et Fesprit s'y confond : Pour savoir ce <|u'il est il faut être lui-même.
De cela même que l'existence d'un être infini nous est démontrée, il nous est démon- l] tré aussi qu'il doit être impossible à un être fini de le comprendre. (T. ^o^p. 29.)
Nous sommes aussi nécessairement bornés que le grand être est nécessairement immense. La philosophie nous apprend que cet univers doit être arrangé par un être incompréhensible , éternel , existant par sa nature. Nous savons ce qu'il n'est pas , et non cç qu'il est
iT.49>F' 14.) Nous savons démonstrativement que Dieu
est libre, nous savons en même temps qu'il
sait tout; mais cette préscience et cette om-
niscience sont aussi incompréhensibles pour
nous que son immensité , sa durée infinie déjà
passée , sa durée infinie à venir, la création, la
conservation de l'univers, et tant d'autres choses que nous ne pouvons ni nier, ni connaître. La dispuste sur la préscience de Dieu n'a causé tant de querelles que parce qu'on est ignorant et présomptueux. Que coûtait-il de dire : Je ne sais point ce que sont les attributs dé Dieu , et je ne suis point fait pour embrasser son essence ? ( TÏ 4o , />. 75. ) J'abuserais trop dé nia faible raison , si je cherchais à comprendre pleinement l'être qui par sa nature et la mienne doit m'étre incompréhensible; Je ressemblerais à un insensé qui , sachant qu'une maison a été bâtie par un architecte , croirait que cette seule notion suffit pour connaître à fond sa personne.
Bornons donc nôti'e insatiable et inutile curiosité ; attachons-nous à connaître notre véritable intérêt , c'est-à-dire à connaître nos devoirs envers Dieu.
Devoirs envers Dieu.
Mes compagnons, mes frères, hommes qui possédez l'intelligence , adorez avec moi ce Dieu qui vous l'a donnée.
La Religion consiste dans la soumission à Dieu et dans la pratique des vertus. ( 71 46i p, 111,)
Il serait bien singulier que toute la nature y tous les astres obéissent à des lois éternelles, et qu'il y eût un petit animal haut de cinqf pieds, qui, au mépris de ces lois, pût agir tc^ujours comme il lui pkirait , au seul gré de son caprice. { T. [\o^ p. iil^.)
Soyoïis hardiment bons serviteurs de Dieu et du Roî , et foulons axix pieds les hypo*^ crites. (T. 74^/>« aaS-)
L'homme est un vil â'tome , un point dans retendue , Cependant du plus haut des palais éternels, Dieu sur notre n'ëailt daigne abaisser sa vue : C^stliii seul qu il faut craindre , et non pàsle^ mortels.
Celui qui est adoté depuis six mille ans , selon lés annales des Juifs, qu'aucun tribunal des lettrés n'a jamais révoquées en doute, n'est combattu que par des ignorans insensés qui mesurent le reste de la terre et les temps antiques par la petite mesure de leur pix)- ^ince sortie à peine de la barbarie.
Adorons cet être des êtres, père de toutes choses, et qui fut invoqué dans les révolutions innombrables qui ont changé si souvent la face de notre globe. ( T, 46, p. 72. )
L'adorrftion de Fêtre des êtres, est le premier des devoirs. Ce n'est pas le seul, mais' les autres lui sont subordonnés. .
Voyez dans le maître de la nature le père de tous les hommes. (T. 81 , jy. 353.)
Je me souviens que dans plusieurs conférences que j'eus avec le docteur Clarke, jamais ce philosophe ne prononçait le nom de Dieu, qu'avec un air de recueillement et de respect très-remarquable. Je lui avouai l'impression que cela fesait sur moi ; il me dit que c'était de Newton qu'il avait pris insensiblement cette coutume, laquelle doit être en effet celle de tous les hommes. (71 38 , p. 26.)
Quand même nous ne serions pas assurés que nous sommes immortels, nous n'en devrions pas moins adorer le Dieu, qui nous d faits , et suivre la raison qu'il nous a donnée. Dût notre vie et notre existence ne dureJr qu'un seul jour, il est sûr que pour passer
ce jour heureusement, il faudrait être vertueux. (T. 53,/?. 247-)
Si de Dieu qui nous fit , Féternelle puissance Eût à deux, jours au plus borné notre existence , Il niiiis aurait fait grâce , il faudrait consuuicr Ces deux jours de la vie , à lui plaire , à l'aimer.
T. 12 , p. Sj.
L'artisan suprême qui a fait le monde et nous, est-il notre maître, est-il bienfaisant? lui devons-nous de la reconnaissance? Il est notre maître sans doute : nous sentons à tous momens un pouvoir aussi invisible qu'irrés^istible. Il est notre bienfaiteur puisque nous vivons. Notre vie est un bienfait , puisque hous aimons tous la vie, quelque misérable qu'elle puisse devenir. Le soutien de cette » vie nous a été donné par cet être suprême et incompréhensible , pilisque nul de nous ne peut former la moindre des plantes dont nous tirons la riourriture.qu'il nous donne , et puisque nul de nous ne sait comment les végétaux se forment. (71 l\i y p. 94-)
. . . Renoncer au Dieu que l'on croit dans son cœur, C'est le crime d'un lâche, et non pas une erreur ;
68 VOLTAIRB
C'est trahir à la fois , sous un masque hypocrite , Le Diefc que Ton préfère et le Dieu que Ton quitte ; C'est mentû* au ciel même, h l'uuivers, à soi.
AUire , acte V.
Il n'y a point de nation civilisée qui ne rende un culte public d'adoration à Dieu.
Cette affluence dans un même lieu peut servir à réunir les esprits des hommes , et à les rendre plus doux dans la société.
Combien le culte catholique est auguste et simple ! Ailleurs il est simple sans avoir rien de majestueux, comme chez les réformés de notre Europe, et dans l'Amérique anglaise.
(T. [^Typ.iio.)
Quelle différence entre les pompeuses cérémonies romaines et la sécheresse des calvinistes. (7". 47 > 7^- III-)
Il n'y a aucune espèce de Religion qui ait cru que recevoir les grâces de Dieu , c'est les payer. Tout doit établir un culte extérieur pour être l'expression de la reconnaissance envers l'être suprême.
-VSz
^^rtfifre (^!tt4trfme.
De Taoïe. = Sa spiiitualitë.
[jN homme qui n'a regardé la nature humaine que d'un côté ridicule, ne vaut pas celui qui fait sentir sa dignité et son bonheur.
Il n'y a pas d'apparence qu'up rocher puisse composer l'Iliade ; un rayon de soleil en serat-il plus capable? Iniagine^ ce rayon de soleil cent mille fois plus subtile et plus rapide : cette clarté , cette ténuité feront-elles des sentimens et des pensées ? ( 71 45, p- 66. )
Vous ne pouvez nier que la pensée n'est pas eésentielle à la matière, puisque vous n'osez pas dire qu'un caillou pense. Vous ne pouvez opposer que des peut-être à la vérité qui vous presse. ( T. 45, p. 60. )
Si la matière possédait par elle-même la pensée, il faudrait que vous disiez qu'elle la possède nécessairement. Or , si cette propriété lui était nécessaire , elle l'aurait en tout temps
'jà VOLTAIRE
. et en tous lieux. Car ce qui est nécessaire à une chose , ne peut en être séparé. Un monceau (le boue , le plus vil excrément penserait. Or , certainement vous ne diriez pas que du ftimier pense : la pensée n'est donc pas un attribut nécessaire à la matière. ( T, t\^jp, 67. )
Il y a certainement quelque différence entre les idées de Newton et des crottes de mulet.
Si les hommes étaient de pures machines, que deviendrait l'amitié , sentiment dont tous les coeurs bien faits font leurs délices ?
Quoi , un cœur tendre et généreux , un esprit sage, verrait tout ce qu'on ferait pour lui plaire, du même œil dont on voit des roues de moulin tourner par le courant de l'eau, et se briser à force de servir? {^Mélanges litt.)
On vent que la pensée ne soit l'attribut d'un corps que quand ce corps sera organisé po'ir penser. C'est toujours supposer ce qui est en question. Vous ne voyez pas que pour organiser un corps, le faire homme, le rendre pensant, il faut de la pensée. Or, vous ne pouvez admettre de pensées, avant que les êtres qui ont des pensées existent. ( T, 60, p. 58.)
Tous les philosophes qui nous ont précédés ont fait la matière éternelle , mais il ne
l'ont pas démontré, et quand elle serait éternelle, il ne s'en suit point du tout qu'elle [• puisse former des ouvrages dans lesquels éclatent de subtiles desseins. Cette pierre aurait beau être éternelle , vous ne me persuaderez point qu'elle puisse produire l'Iliade d'Homère. {T. 45 , p. 53. )
Si ^éternelle loi qui meut les élëmens ,
Fait tomber les rochers sous les efforts Af% vents , j'
Si les chênes touffus par la foudre s'embrasent ,
Ils ne ressentent point les coups qui les écrasent.
Mais je vis , mais je sens, mais mon cœur opprimé
Deniiande des secours au Dieu qui Fa formé,
Enfans du Tout-puissant , mais nés dans la misère ,
Nous étendons les mains vers notre commun père.
Le vase, on le sait bien, ne dit point au potier :
Pourquoi suis- je si vil , si faible , si grossier?
Il n'a point la parole , il n'a point la pensée ;
Cette urne en se formant qui tombe fracassée ,
De la main du potier ne reçut point un cœur ,
Qui désirât les biens et sentit son malheur.
Puè'me sur 1« désastre de Lisbonne.
ya ^DXTAIRE
De la liberté de l'homme.
Vois de la liberté cet ennemi mutin , Aveugle partisan d'un aveugle destin ; Entends comme il consulte , approuve , délibère ; Entends de auel reproche iijcouvre un adversaire; Vois comment d'un rivai il cherche à se venger, Comme il punit son fils , et le veut corriger. li le croyait donc libre ? Oui , sans doute, et lui-même Dénient à chaque pas son funeste système.
Il mentait à son cœur, en voulant expliquer jCe dogme absurde à croire, absurde à pratiquer. Il i:ecounaît en lui le sentiment qu'il brave , Il agit comme libre , et parle comme esclave.
Ah ! sans la liberté, q^e sériaient donc nos amesf
Nos vœux, nos actions, nos plaisirs, nos dégoûts, De notre être , en un mot, rien ne serait à nous. D'un artisan suprême impuissantes machines.
Automates pepsans, mus par des mains divines, Nous serions à jamais de niensonge occupés , Vils iustrumena d'un dieu qui nous aurait trompés. Comment sans liberté serions-nous ses images? Que lui reviendrait-il de ses brutes ouvrages? On ne peut donc lui plaire , on ne peut Toffenser ;
Il n'a rieu à punir, riea k récompenser.
Dans les cieux , sur la terre , il n'est plus de justice.
Immortalité de l'ame.
Il est bon que vous soyez philosophe ; mails il est nécessaire que vous soyez juste. Vous le serez encore plus, quand vous croirez avoir une ame immortelle. ( T. 45 , /?. 1 46. )
Combien cette croyance est utile , combien
nous sommes intéressés à la graver dans tous
les cœurs! nulle société ne peut subsister sans
récompei^e et sans châtiment. Cette vérité
est si sensible et si reconnue , que les nations
nombreuses et policées admettent des peines
temporelles. Si vous prévariquez, dit la loi
des Juifs, le Seigneur enverra la faim et la
pauvreté, de la poussière au lieu de la pluie ;
des ulcères dans les genoux et dans les
jambes. Toutes ces malédictions pouvaient
contenir un peuple grossier, dans le devoir;
mais il pouvait arriver aussi qu'un homme
coupable des plus grands crimes , n'eût point
d'ulcères dans les jambes, et ne languît point
dans la pauvreté et dans la famine. On sait
assez qiie la terre est couverte de scélérats heurc?ux et d'innocens opprimés. Il fallut donc nécessairement recourir à cette doctrine qui a posé pour fondement de la religion de tous les peuples , des peines et des récompenses , dans le développement de la nature humaine , qui est une vie nouvelle.
Le dogme de l'immortalité de l'ame est l'idée la plus consolante et en même temps la plus réprimante que l'esprit humain ait pu recevoir.
Cette belle philosophie était chez les Egyptiens aussi ancienne que leurs i^ramides.
Elle était avant eux connue chez Tes Perses.
On en peut juger par cette allégorie du premier Zorqastre, citée dans le Sadder^ dans laquelle Dieu fit voir à Zoroastre un lieu de châtiment , tel que le Tartare des Grecs. Dieu montre à Zoroastre dans ce triste séjour tous les mauvais rois.
Les Indiens en étaient persuadés, leur métempsycose en est la preuve. Les Chinois révéraient les âmes de leurs ancêtres. Ainsi on croyait, par toute la terre, que l'ame subsistait après la mort
. On ne peut douter qu'une partie de nousméme ne fut regardée comme immortelle.
Les châtimens et les récompenses dans une autre vie étaient le grand fondement dans l'ancienne théologie.
Ulysse , avant Phérécide, avait vu les âmes des héros dans les enfers. ( 7". 47 ? /^- 27« )
Le devoir d'un souverain est de récompenser les actions vertueuses , et de punir les criminelles. Voudriez-vous que Dieu ne fit pas ce que l'homme est tenu de faire? Vous savez qu'il est , et qu'il sera toujours dans cette vie des vertus malheureuses et des crimes impunis ; il est donc nécessaire que le bien et le mal trouvent leur jugement dans une autre vie. C'est cette idée si simple , si naturelle , si générale , qui a établi chez tant de nations la croyance de l'immortalité de nos âmes , et de la justice divine qui les juge quand elles ont abandonné leur dépouille mortelle. Y a-t-il un système plus raisonnable , plus convenable à la divinité , et plus utile au genre humain ?
QuelqMefôis , dans nos jours consacrés aux douleurs , Par la main du plaisir nous essuyons nos pleurs. Mais le plaisir s'envole , et passe comme une ombre : Nos chagrins , nos regrets, n0s pertes sont sans nombre . Le passé n'est pour nous qu'un triste souvenir ; r Le présent est affreux , s'il n'est point d'avenir, Il la nuit du toi^beau détruit l'être qui pense .
Un jour tout sera bierij voilà notre espérance.
T. 12,^. i36et 1^7.
/ Pauvres humains, effrayés du trépas,
Le corps périt , l'ame ne s'éteint pas :
Elle ne fait que changer de demeiire :
Gardons- nous biejn de penser qu'elle meure.
Sans la pensée d'u^e autre vie , nous nous abandonnerions à toutes nos passions funestes! nous vivrions en brutes! n'ayant pour règle que nos appétits, et pour frein que la crainte des autres hommes , rendus éter- • nellement ennemis les uns des autres, par cette crainte naturelle ; car on veut toujours détruire ce qu'on craint : pensez-y bien , réfléchissez-y sérieusement. ( T. 58,/?. 184.)
A quoi servirait l'idée d'un Dieu qui n'aurait sur vous aucun pouvoir ? C'est comme si l'on disait, il y a un roi de la Chine qui
est très-puissant : je réponds, grand bien lui fasse; qu'il reste dans son manoir, et moi dans le mien : je ne me soucie pas plus 1.
de lui qu'il rie se soucie de moi. Il n'a pas t
plus de juridiction sur ma personne, qu'un f
chanoine de Windsor n'en a sur un membre \
de notre parlement : alors je suis mon Dieu à moi-même ; je sacrifie le monde entier à mes fantaisies, si j'en trouVe l'occasion; je 'suis sans loi, je rie regarde que moi. Si les autres êtres sorit moutons, je me fais loup : s'ils sont poules , je me fais renard, (r. 58,/?. i85.)
Oui, Platon , tu dis vrai , notre ame est immortelle ;
C'est un Dieu qui lui parle , un Dieu qui vit en elle.
£h ! d'où viendrait sans lui ce grand pressentiment,
Ce dégoût des faux Inens , eette horreur du néant?
Yers des siècles sans fin je sens que tu m'entraînes. r
Du monde et de mes sens je vais briser les cliaînes y
Et m'ouvrir, loin d'un corps dans la fange arrêté,
Les portes dé la vie et de l'éternité.
L'éternité ! quel mot consolant et terribt
lumière ! ô nuage ! ô prdIbncUur horrible f
Que suis-je ? où suis-je ? où vaishje? et d'où suis-je tiré ?
Dans quels climats nouveaux, dans quelmonde ignoré.
Le moment du trépas va-t-il plonger mon être? Où sera cet esprit qui ne peut se connaître?
Que me préparez- vous , abîmes ténébreux?
Il est un Dieu , sans doute , et je suis son ouvrage , Lui-même au cœur du juste ilempreintson image. Il doit yenger sa cause et punir les pervers. Maiscomment?dansqueltemps? et dans quelunivers? Ici la vertu pleure , et Taudace l'opprime ; L'innocentée à genoux y tend la gorge au crime ; La fortune j domine et tout j suit soa char.
Ce globe infortuné fut formé pour César..
Hâtons-nous de sortir d'une prison funeste.
Je te verrai sans ombre, ô vérité céleste!
Tu te caches de nous , dans nos jours de sommeil : Cette vie est un son^e, et la mort un réveil.
Ce qui doit nous surprendre, c'est qu'un dogme si réprimant et si salutaire ait laissé en proie à tant d'horribles crimes , des hommes qui ont si peu de temps à vivre, et qui se voient pressés entre deux éternités. ( 7". 47 > p. 270.)
§<tftfre (^m()tttme
De la loi natureUe.
J'appelle lois naturelles celles que la nature indique dans tous les temps à tous les hommes, pour le maintien de cette justice que Dieu a gravée dans nos cœurs. Partout, le vol, la violence , l'homicide , l'ingratitude envers les parens, le parjure, la conspiration contre la patrie, sont des délits évidens, plus ou moins sévèrement réprimés, et toujours justement. ( T. 34,/?. 396. )
Nous trouvons dans l'Œdipe de Sophocle , sur la loi naturelle, une idée grande et sublime. M. Boivin a traduit ce morceau de Ja manière suivante :
Chaste inère de riniiocence ,' Loi pure , tu n'es pas l'ouvrage des mortels ;
Le ciel t'a donné la naissance , Tu dois avec nos dieux partager nos autel§.
Tu rends leuils honneurs immortels ,
8o VOLTAIRE
Tu fais éclater leur puissance.
Loi divine, immuable loi, Ni les temps, ni Toubli ne pourront rien sur toi.
Jamais un parricide , un calomniateur , N'a dit tranquillement dans le fond de son cœur : Qu'il est beau , qu'il est doux d'accabler l'innocence , De déchirer le sein qui nous donna naissance ! Dieu juste , Dieu parfait , que le crime a d'appas ! Voilà ce qu'on dirait, mortels n'en doutez pas, S'il n'était une loi terrible , universelle , Que respecte le crime , en s'élevant contr'elle; Est-ce nous qui créo'ns ces profonds sentimens? Avons-nous fait nos âmes? avoné-nous fait nos sens7 L'or qui naît au Pérou , l'or qui naît à la Chine Ont la niénie nature et la même origine :
L^artisan les façonne , et ne les peut former ; Ainsi l'être éternel , qui nous daigne animer ,* Jeta dans tous les cœurs une même semence.
Le ciel fît la^ vertu , l'homme en fit l'apparence. Il peut la revêtir d'imposture et d'erreur ; Il ne peut la changer , son juge est dans son cœur.
Non , le dieu qui m'a j(eit , ne hi'a point fait en Vain -, Sur le front des mortels il mit son sceau divin. Je ne puis ignorer ce qu'ordonne mon maître : Il m'a donné sa loi, puisqu'il m'a doùné l'être.
APOLOaiSTS. 8i
La morale uniforme, en tout temps, en tout lieu, A des siècle^ sans fin , parle ëii nom de ce Dieu.
L©i naturelle , 2'"" partie.
De nos désirs fougueux la tempête fatale Laisse au fond de nos cœurs la r<*gle et la morale. C'est une source pure : en vain dans ses canaux Les vents contagieux en ont trouble les eaux ; Kn vain sur sa surface une fange étrangère Apporte en bouillonnant un limon qui Valtère : L'iioiniiie le plus injuste et le moins police S'y conlemple aisenient quand Torai^ «st passé*
L'idée du juste et de Vinjuste nécessaire à ta société'
L'intelUgeBce suprême qui nous a formés , a voulu qu'il y eût de la justice sur la terre, pour que nous puissions y vivre un certain temps. Il me saaoble que n'ayant ni instinct pour nous nourrir <;omi|ie les animaux , ni armes naturelles comme eux, et végétant fdusi6iu*s années <lan& l'imbécillité d'une enfance exposée à tous les dangers, le peu qui serait resté d'homme échappés aux d^ats des bêtes féroces , à la faim , à la misère , se seraient occupés à se disputer quelque nourri-
8a VOLT1.IRE
ture et quelques peaux de bétcs ; et qu'ik se seraient bientôt détruits comme les en£sins du dragon de Cadmus , sitôt qu'ils auraient pu se servir de quelque arme. Du moins il n'y aurait eu aucune société , si les hommes n*avaient conçu l'idée de quelque justice, qui est le lien de la société. ( T. l\o^p. i58. )
Je rends grâces à Dieu qui nous a donné le plaisir touchant de la vertu ; les astres ne l'ont point. L'homme à cet égard l'emporte inf^iiment sur cette foule de soleils qui surpassent un million de fois le QÔtre en grosseur. ( T. 46,/?. 7a. )
Nous voyons un amour de l'ordre qui anime en secret le genre humain ; c'est un des ressorts qui reprend toujours sa force. {Hist gén.)
Qu'on appelle la raison et les remords comme on voudra , ils existe^nt et ils sont le le fondement de la loi naturelle. (T. i !» , p; 9a.)
I^ sentiment de la vertu a été mis par la nature dans le coeur de l'homme , comme un ^ttdote contre tous les poisons dont il devait être dévoré. La connaissance de la vertu restera toujours sur la terre, soit pour
nous consoler quand nous l'enibnisserons , soit pour nous accuser quand nous violerons ses lois. ( 71 ^o^p. 357-)
La voix qui dit à tous les hommes : Ne Êiis point ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit, |
sera toujours entendue d'un bout de l'univers à l'autre. ( T. ^o^p. 359- )
Tous 1^ peujdes qui se conduisent si difiëremment, se réunissent tous en ce point qu^ils appellent vertueux ce qui est conforme aux lois, et criminel ce qui leur est contraire, (r. 4o,/7. 83.)
La source de l'intérêt qui nous attache à ce qui est honnête, et nous inspire de l'aversion pour le mal est en nous. Il n'y a point d'art pcmr produire,, cet intérêt , mais seules ment pour s'en prévaloir. ( T. ii ,/?. 198. )
Notion de la justice , invariable, danstçus les hommes, la même chez tous les peuples.
Je crois que les idées du juste et de l'injuste sont aussi claires, aussi universelles que les idées de santé et de maladie, de vérité et feusseté.
La notion de quelque chose de juste me
84 VOLTAÏBE
semble » riaiui^elle , qu^'eUe est iudépendioite de toute Ipî> de tout pacte, de toute religiou. Que je redemande à un turc ^ à un gud3re , à un mdX^ahate , Targent; que je lui ai prêté pour se ncmrrir et pour se vêtir : il conviendra qu^il est juste qu'il me paye ; et s'il n'en fait rien, c'est que sa pauvreté ou son avarice remporteront sur la justice qu'il reconnaît.
Je mets ea fait qu'il n'y a aucufi peuple chez lequel il soit juste , beau , convenable , Jionnête , de reâisen la nourriture à skHi père et à sa mère quand on peut leur en donner; que nulle peuplade n'a jaxxlais pu regarder la calomnie conuone une bonne action:
L'idée de justice me parait tdQement une vérité de premier ordpe , à laquelle tout l'u^ niver3 donne scm ya^aitiment , que* les plus grands crimes qui affligent la société humaine sont tous commis sous un faux prétexte de justice. Le plus grand des crimes , du moins le plus destructif, et par conséquent le plus opposé au but de la nature, est la guerre; mais il n'y a aucun aggresseur qui ne colore ce forfait du prétexte de la justice. Les petits voleurs, quand ils sont associés,
$e gardent bien de dire : Allons takr , aHons arradier à la veuve et à l'orphelin leur iiour^ riture. Ils disent : Soyons justes , alkms re^ prendre notre bien des mains des riches qui s'en sont emparé& i
Le mot d^injustice ne se prononce januds dans un conseil d'état ^ où Ton propose le m^irtre le plus injuste. Les conspirateurs^ méme^ les plus sanguinaires , n'ont jamais dit : Commettons un crime. Ils ont tous dit : y^igeons la patrie des crimes du tyran ; pu-^ nissons ce qui nous parait une injustice. £rï un mot , conspirateurs odieux , voleurs pion-* gés dans l'iniquité ; tous rendent hommage , malgré eux , à la vertu même qu'ils foulent aux pieds.
J'ai toujours été étonné que, chez les Français, qui sont éclairés et polis , on ait souffert sur le théâtre ces maximes aussi affreuses que fiiusses qui se trouvent dans la première scène de Pompée, et qui sont beaucoup plus outrées que celles de Lucain, dont elles sont imitées.
La justice et le droit sont de vaines idées.
Le droit des rois consiste à ne rien épargner.
Et on met ces abominables paroles dans là boudie de Photin , ministre du jeune Ptolo^ mée! mais, c'est précisément parce qu'il est ministre qu'il devait dire tout le contraire ; il devait représenter la mort de Pompée, comme un malheur nécessaire et juste.
Les limites du juste et de l'injuste sont trèsdifficiles à poser : comme l'élat mitoyen entre la santé et la maladie, entre ce qui est la convenance et la disconvenance des choses, entre le faux et le vrai, est difficile ^ marquer. Ce sont des nuances qui se mêlent ; mais les couleurs tranchantes frappent Cous les yeux.
Par exemple , tous les hommes avouent qu'on doit rendre ce qu'on nous a prêté; mais si je sais certainement que celui à qui je dois deux millions s'en servira pour asservir ma patrie , dois-je lui rendre cette arme funeste? Voilà où les sentimens se partagent : mais , en général , je dois observer mon serment quand il n'en résulte aucun mal ; c'est de quoi' personne n'a jamais douté. ( T. ^o,p. i6o.)
La loi naiurelk a son appui dans la conscience j et ses défenseurs dans les remords* •
Il est bon d'avoir un ami qui vous rappelle à vos devoirs, mais votre conscience doit être le chef de votre conseil. (T. 5o , p, 267. )
Tou» ont reçu du ciel , avec rintelligence ^ Ce frein de la justice et de la convcience.
De la raison naissante elle est le premier fimit ; Dès qu on la peut entendre, aussitôt elle instruit: Contre-poids toujours prompt à rendre Tëquilibre, Au cœur plein de désirs, asservi, mais ne libre ; Anne que la nature a mise en notre main , Qui combat Pintérét par Pamour du prochain.
Dieu vous parle par la voix de votre conscience. N'est-il pas vrai que si vous aviez tué votre père et votre mère , cette conscience vous déchirerait par des remords aussi affreux qu'involontaires? Cette vérité n'est-elle pas sentie et avouée par l'univers ontier? Des^ cendons maintenant à de moindres crimes.
Y en a-t-il un seul qui ne vous effraie au premier coup d'oeil , qui ne vous fasse pâlir
la première fois que vous le commettez, et qui ne laisse dans votre cœur Taiguillon du repentir? Vous êtes contraint de l'avouer.
Dieu vous a donc expressément ordonné, en parlant à votre cœur , de ne vous souiller jamais d'un crime. Et quant à ces actions équivoques, que les uns condamnent et que les autres justifient, qu'avons-nous de mieux à faire que de suivre cette loi si sage : Quand tu ne sais si l'action que tu médites est bonne ou mauvaise, abstiens-toi? ( T. 58,/?. i8o.)
Une religion pure , une morale pure , inspirées de bonne heure, façonnent tellement la nature humaine , que depuis environ sept ans jusqu'à seize ou dix-sept , on ne fait pas une mauvaise action sans que la conscience en fosse un reproche. Ensuite, viennent les violentes passions qui combattent la conscience , et qui l'étouffent quelquefois. Cicéron dans son livre des offices , c'est-à-dire des devoirs de l'homme, examine les pmnts les plus délicate; mais long^temps avant lui, Zoroastre avait para régler la conscience par la maxime que nous venons de citer. (71 49 > p. 439. )
Les remords vengeurs , Nés de la couscience , en sont les défenseurs ; Leur redoutable voix p irtout se fait entendre»
• • • . Les remords
Sont la seule vertu ^ui reste à des coupables.
SêmirAiiiis.
Le plus capital de tous les crimes, est de les commettre lorsqu'ils révoltent la nature, sans éprouver des remords aussi grands que Fattentat , sans que Famé soit agitée de combats touchans et terribles. ( T. 65,/?. 120.)
Au comble de la gloire, Auguste sentait des remords de toutes les violences commises pour arriver à cette gloire. ( T. 65, p. 294.)
Les remords sont le partage naturel de ceux que l'emportement des passions entraîne au crime , mais non pas des fourbes consommés. ( y. 65 , p. 3o3. )
L'opinion a fait dans tous les temps les lots. Les lois sont partout incertaines , contradio» toires. Ce n'est pas seulement parce qu'elles ont été rédigées par des hommes : ce qui rend les lois variables, fautives, inconséquentes^
c'est qu'elles ont été presque toutes établies sur des besoins passagers , comme des remèdes appliqués au hasard , qui ont guéri un malade et qui en ont tué d'autres. Il n'y a pas un seul pays qui n'ait besoin d'une réforme , et cette réforme faite , il en feiut une autre. Tout se contredit donc , et nous voguons dans un vais- *seau sans cesse agité par des vents contraires. Les hommes ne peuvent foire que des lois de convention, et il n'y a que l'auteur de la nature qui ait pu faire des lois éternelles , des lois fondamentales, immuables comme est cdle-ci : Traite les autres comme tu vour drcUs être traité. C'est que cette loi est de la nature même. Elle ne peut être arrachée du cœur humain. C'est de toutes les lois la plus mal exécutée ; mais elle s'élève toujours contre celui qui la transgresse. Il semble que Dieu l'ait mise dans l'homme pour servir de contrepoids^ la loi du plus fort , et pour empêcher le genre humain de s'exterminer par la guerre, par la chicane. ( 71 ai ,/>. 3i5.)
[ Nous ne pouvions trouver une tran^tion plus heureuse pour passer de la Religion naturelle à la Religion révélée. ]
UYRE SECOND^
DE LA REUGION REVELEE.
^aifxiu
umut.
Nécessite d'une lumière qui nous vienne du CieL
Lja nature est muette , on l'interroge en vain. On a besoin d'un Dieu qui parle au genre kumain. ir n'appartient qu'à lui d'expliquer son ouvrage | De consoler le faible , et d'éclairer le sage. Lliomme , au doute , à l'erreur, abandonné sans lui , Cherche en vain des roseaux qui lui servent d'appui*
Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.
De Fesprit qui nous meut vous recherchez l'essence , Son principe , sa fin , et surtout son devoir* Voyons sur ce grand point ce qu'on a pu savoir , Ce que Terreur fait croire aux docteurs du vulgaire, Et ce que vous inspire un Dieu qui vous éclaire.
ga VOLTJIIRE
ART. I"
Etat de l'univers avant que la lumière de l*é\>angile l'eût éc lait é, preuve sensible d'une Religion révélée»
[ L'idolâtrie n'est pas la seule erreur des peuples avant la venue de J. C, mais c'est la phis sensible. ]
La pluralité des dieux est le plus grand reproche dont on ait accablé les. Romains et les Grecs. Ils eurent mille superstitions. Ils adoptèrent des fables ridicules. Il y a de quOi se moquer des nations de qui nous tenons notre alphabet. Le second objet de nos reproches est la multitude des dieux admis au gouvernement du monde. C'est Nieptune qui préside à la mer, Junon à l'air, Éole aux vents, Vesta à la terre. Mars aux armées. Les généalogies de tous ces dieux sont aussi fausses que celles qu'on imprime tous les jours des hommes. Ce sont des aventures dignes des mille et une nuits , qui firent le fond de la religion grecque et romaine. Y a-t-il une plus mairvaise philosophie ?
La religion romaine était au fond très-
A.POLOGISTE. 9^
sérieuse, très^sévère. Les sermens étaient inviolables ,> on ne pouvait cCHnmencer la guerre , sans que le Collège des Féciales l'eût iléclarée juste. Une vestale convaincue d'avoir vû^é son vœu de virginité , était condamnée à mort. Tout cela nous annonce Un peuple austère.
Comment se peut-il faire qu'on ait vu d'un côté tant de philosophie, tant de science, et de l'autre tant d'ignorance! C'est que la science et la philosophie étaient insuffisantes pour combattre l'ignorance.
O terre, ô nations, ô vérité sainte! £st-â possible que l'esprit humain ait été assez abruti pour imaginer des superstitions si inùmes , et des fables si ridicules que ceHes qui ont eu lieu par toute la terre ! Ne nous appesantissons pas cependant sur les superstitions odieuses de tant de nations. (T. 4i > P- ^^O ^ *.
Les dieux des païens nous sont représentés comme de vieux débauchés, abrutis par le vin , la bonne chère et l'amour* (T. ^6, p. a37.)
On a vu régner sur la terre des opinions si bizarres, qu'un homme sage est en doute
de savoir dans quel pays le bon sens a été lé plus outragé. ( T. 37 , p. 346. )
Les honneurs de toute espèce que l'antiquité a rendus aux boucs seraient bien étonnans , si quelque chose pouvait étonner ceux qui sont un peu Ëunilîarisés avec le monde ancien , [ que l'Evangile n'avait pas éclairé. ] (r. 49,/;. 81O
Les Egyptiens consacrèrent un bouc dans Mendès , et Ton dit même qu'ils l'adorèrent (r. 49./'-82.)
Un Romain tue malheureusement en Egypte un chat consacré ; et le peuple en fureur punit ce sacrilège en déchirant le Romain en pièces. ( T. 5o,/;. 4i«)
Regardez ces malheureux Egyptiens que leurs pyramides, leurs labyrinthes, leurs palais et leurs temples ont rendus si célèbres , c'est au pied de ces monumens presqu'éternels qu'ils adoraient des* chats et des crocodiles. S'il est aujourd'hui une Religion qui ait surpassé cçs excès monstrueux , c'est ce que nous laissons à examiner à tout homme raisonnable.
, Chez les sages Egyptiens , Dieu . devint
,bœuf , serpent, orocodile, singe et chat, broutant, sifflant, dévorant et dévoré. (7. 4i > p. 117.)
Vos Egyptiens qui passeoit pour de si grands mécaniciens , vos Indiens qu'on croit de si grands philosophes, vos Babyloniens qui se vantent d'avoir observé les astres pendant tant d'années, les Grecs qui ont écrit tant de phrases et si peu de dhoses, ne savesit précisaient rien en comparaison de nos moindres habitans de la campagne, même médiocrement instruits de la Religion , et qui n'ont pas étudié les découvertes de nos grands maîtres. Éclairés par la Religion , nous avons arraché plus de secrets , à la nature , dans l'espace de quelques années, que le genre humain n'en avait découvert dans la multitude des siècles. ( T. Sy,/?. 3 12.)
On voit les Perses vénérer dans le soleil l'image imparfaite de la divinité qui anime la nature. Les Sabéens aJiorept les étoiles, les Phéniciens sacrifient aux vents, la Grèce et R<»iie sont inondées de dieux et de fables, les Syriens adorent un poisson.
' Les Grecs sont de tous les peuples ceux
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qui ont le plus multiplié les imaginations orientales ; chaque pays a ses fables. La pai^ tie la plus philosophique de l'histoire est de &ire connaître les sottises des hommes.
Des philosophes pourront s'étonner que des Grecs, inventeurs de tant d'arts^ aient formé un système de religion , qui est si peu raisonnable. Les prêtres chaldéens, persans,, égyptiens, romains, n'eurent jançiais de système ni mieux lié , ni plus vraisemblable.
O^ voit chez toutes les nations poUéées et savantes , la plus misérable folie marcher à coté de la pluâ respectable sagesse. Les vais*' seaux d'Ëi^ changés en nymphes chez les Romains, la fille d'Inachus devenue vache chez les Grecs , et de vache devenue étoile.
Les Indiens sont le premier peuple qui ait montré un esprit inventif. Qu'on en juge par le jeu des échecs et du trictrac, par les chi£» fres que nous leur devons , enfin par des voyages que de temps immémorial on fit chea eux pour s'instruire comme pour commercer. Us eurent le malheur de mêler à
leurs inventions , des superstitions ou ridicules ou abominables. La métempsycose est de leur invention. ( T. 4^ ,p. Sy.)
De pareilles niai^ries eurent cours partout On a vu ailleurs des opinions si bizarres, qu'un homme sage est en doute de savoir dans quel pays la raison a été le plus outragée. Optimus ille est qui minimis urgetur. {T. 3'jjp. 346.)
Voulez-vous d'autres traits ? Les âmes passent sans cesse d'un corps à un autre. Si votre ame a été méchante dans le corps d'un tyran , die sera condamnée à entrer dans celui d'un loup qui sera sans cesse poursuivi par des chiens , et dont la peau servira de vêtement à un berger.
A cet antique système, se joignent de vaines cérémonies auxquelles les brames s'assujétissent encore pendant toute leur vie.
Pourquoi tenir en mourant une vache par la queue? et surtout pourquoi , depuis plus de trois mille ans, les veuves indiennes se font elles un point d'honneur et de religion de ae brûler sur le corps de leurs maris ? De çqs
deux coutumes, Tune est extravagante , l'autre est horrible. (T. 4^ , />. 38. )
Je ne vous ai caché ni le bien ni le mal , nos erreurs sont dues à ceux que la raison éclairait , [ et notre gloire à ceux qui ont eu la foi pour guide. On se sent donc pénétré du désir de s'instruire dans cette science sublime de l'Évangile, et on y réussit lors même qu'on n'a pas l'esprit assez étendu pour étudier les hautes sciences,] (T. Sy,/?. 3ia. j
De telles extravagance, communes à toutes les anciennes reUgions, prouvent invinciblement que quiconque n'a pas connu l'Evangile , s'est éloigné en même temps de la vraie philosophie , qui est l'adoration d'un seul Dieu. Il s'est livré aux superstitions, et n'a pu dire que des choses insensées. (^T.[\i^p. 345. )
Ce ne furent pas seulement les peuples qui donnèrent dans de tels égaremens, l'erreur enivrait les têtes les plus sages. En contemplant la nature , ils admirent un pouvoir intelligent et suprême ! Il est peut-être impossible à la raison humaine, destituée d'un secours divin, de faire un pas plus avant.
(21 5o, jt?. 229.)
APOLOGISTE. gg
Je voudrais que, pour notre plaisir et notre instruction , tous les grands philosophes de l'antiquité , les Zoroastre , les Mercure Tristnégiste, les Numa même, revinssent aujourd'hui sur la terre , et qu'ils conversassent avec Pascal , que dis-je , avec les hommes les moins savans de nos jours, qui ne sont pas les moins sensés. J'en demande pardon à l'anti-* quité; mais je crois quHls feraient une triste figure. Les pauvres charlatans! ils ne vendraient pas leurs drogues sur le Pont -neuf. ( T. 55^ p. 464.)
Tous les sage^ de ranti(|uilé, sans aucune exception , ont cm la naatière étemelle et subsistante par ell€;-méme. Voilà donc tout ce que je puis faire sans le secours d^une lu-* mière supérieure....* Des nations entières, des écoles , ont admis deux dieux dans ce mondeci , l'un la source du bien , l'autre la source du mal. Ils ont admis utie guerre interminable entre deux ' puissance» égales. Si Pieu et la matière existent de toute éternité, comme l'a cru l'antiquité, voilà deux êtres nécessaires. Or, s'il y a deux: êtres nécessaires, 11 peut y en avoir trente. Voilà l'idolâtrie f
lOO VOLTAinE
voilà Fabsurdité , et ce qui est propre à nous convaincre de la faiblesse de notre esprit.
J'ai consume environ quarante années de mon pèlerinage à chercher cette pierre philosophai qu'on nomme la vérité. J'ai consulté tous les adeptes de l'antiquité, Épicure et Platon, et je suis demeuré dans ma pauvreté. Peut-être dans tous ces creusets des philosophes , il y a une ou deux onces d'or , mais tout le reste est tête-morte, fange insipide , dont rien ne peut naître.
Il me semble que les Grecs nos maîtres écrivaient bien plus pour montrer leur esprit, qu'ils ne se servaient de leur esprit pour instruire. Je ne vois pas un seul auteur de l'antiquité qui ait un système suivi , méthodique , clair , marchant de conséquence en conséquence. (71 5^, p. 189.)
Après les assertions des anciens philosophes, que j'ai rapprochées autant qu'il m'a été possible, que me reste-t-il (sans la Religion)?
un chaos de doutes et de chimères. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu un philosophe à système qui n'ait avoué à la fin de sa vie , qu'il
-ôvait perdu son temps. Il faut convenir que les inventeurs des arts mécaniques ont été bien plus utiles aux hommes que les inventei^rs des systèmes. Celui qui imagina la navette, l'emporte furieusement sur celui qui imagina tant de visions. ( T. 54,/>. 194-)
Il faut que nous confessions avec Gcéron notre ignorance sur la nature de la divinité. [ Sans l'Évangile ] nous n'en saurons jamais plus que lui. ( T. So^p. 200.)
Je ne suis sûr de rien , je crois qu'il y a un être intelligent, une puissance formatrice. Je tâtonne dans l'obscurité sur tout le reste.
J'affirme une idée aujourd'hui, j'en doute demain , après-demain je la nie , et je puis me tromper tous les jours. Tous les philosophes de bonne foi que j'ai vus, m'ont avoué n'avoir point une portion d'évidence plus forte que la mienne. Pensez-vous qu'Epicure vît toujours bien clairement la déclinaison des atomes ? Telliamed riait de ses montagnes formées par la mer. Deux augures, comme vous savez, rient comme des fous quand ils se rencontrent. ( T. 46 , p. 68. )
Je me confirme de plus en plus dans l'opi-^
lOa VOLTAIRE ,
nion que les plus grands hommes sont aussi sujets à se tromper que les plus bornés. Je pense qu'il en est de la force de l'esprit comme de celle du corps ; les plus robustes la perdent qudquefois, et les bonmies les plus faibles donnent la main aux plus forts, quand ceuxci sont malades. ( T. 68, />. 184. )
La raison huïnaine , en se délivrant d'une erreur , en conserve plusieurs autres , et s'en forme encore de nouvelles , et le nombre des sages e&t bien petit dans les temps même les plus édairés. ( 7". 33,/>. i35. )
[ On avait prétendu qu'il y avait moinç d'à* thées aujourd'hui que jamais , depuis que Newton avait démontré un Dieu aux sages , et que la nature était plus connue , et dès lors plus admirée, et il s'est trouvé au contraire qu'aucun siècle n'a fait profession publique d'impiété , comme celui qui a été éclairé de tant de lumières philosophiques. On a vu un astronmne habile dans ses calculs, annoncer avec certitude le retour des éclipses , et ne reconnaître que le hasard , dans ce qui se soumettait si exactement à ses observations astronomiques. Oji pe çpi^naît rien d'absurde ,
sans doute, comme de tenter, même d'annoncer avec certitude ce qui ne doit avoir lieu que par l'effet du hasard. C'est par ce raisonnement que l'abbé Galliani confondit le baron d'Holback : Je suppose , lui dit-il , celui qui annonce avec phis de confiance , ou plutôt d'audace , que le monde est l'ouvrage du hasard , jouant aux trois dés dans la meilleure maison de Paris , et son adversaire amenant constamment rafle de six : pour peu que le jeu dure , M. le baron , qui perdrait ainsi son argent , dirait, sans hésiter, sans en douter un seul moment, que le hasard est maîtrisé par un art qu'il ignore, mais qui a eu lieu nécessafrement. Ah! philosophe, comment, parce que dix ou douze coups de dés ont eu lieu de manière à vous Élire perdre votre argent, vous ne doutez pas que ce ne soit la conséquence d'une manœuvre adroite , d'une combinaison artificieuse , et en voyant dans cet univers un nombre prodigieux de combinaisons, mille et mille fois plus compliquées et plus soutenues et plus utiles , vous ne reconnaissez ni art, ni régulateur intelligent, ni modérateur aussi puissant que sage. ] ( Mém» de Morelet,