MEMNON
on
INUTILITÉ DK LA. SAGESSE BUMA.INB POUR NOUS CORRIOBR.
Nons tromper dans nos entreprises,, C'est à quoi nous sommes sujets :
Le matin, je fais des projets ; Et le long du jour des sottises,
Memnon conçut un jour le projet d'être parfaitement sage. Il se dit à lui-même : Pour
Il8 VOLTAIRE
être très-sage , et par conséquent très-heureux, il n'y a qu'à être sans passions; et rien n'est plus aisé, comme on sait. Premièrement^ je serai toujours sobre; j'aurai beau être tenté par la bonoe chère , par des vins délicieux , par la séduction de la société ; je n'au* rai qu'à me représenter les suites des excès , une tète pesante, un estomac embarrassé, la perte de la raiison , de la santé et du temps , je ne noanger^ alors que pour le besoin ; ma santé sera toujours égale, mes idées toujours pures et lumineuses. Tout cela est si facile qu'il n'y a aucun mérite à y parvenir.
Ensuite , disait Memnon , il faut penser un peu à ma fortune; mes désirs sont modérés; mon bien est solidement placé sur le receveur général des finances de Ninive;' j'ai de ^quoi vivre dans l'indépendance: c'est-là le plus grand des biens. Je ne serai jamais dans la cruelle nécessité de faire ma cour : je n'envierai personne , et personne ne m'enviera.
Voilà qui est très-aisé. J'ai des amis, continuait-il , je les conserverai , puisqu'ils n'auront rien à me disputer. Je n'aurai jamais d'humeur avec eux, ni eux avec moi; cela est sans difficulté.
APOLOCISTE. 119
Ainsi 9 il ût son plan de sagesse dans sa ehambre.
Il reçut un billet qui l'invitait à <Kner avec quelque»^!» de ses intimes amis. Si je reste seul chea moi, dîl4l, je tomberai dans l'ennui, je ne mangerai point, je tomberai malade; il vaut mieux aller faire avec mes amis intimes un repas frugal. Je goûterai les douceurs de leur société. Il va au rendez-vous.
tJn peu de vin pris modérément est un remède pour Famé et pour le corps. C'est ainsi que pense le sage Memnon ; et il s'enivre.
On lui propose de jouer après le repas. Un jeu réglé avec des amis est un passe-temps honnête. II joue; on lui gagne tout ce qu'il a dans sa bourse, et quatre, fois autant sur sa parole. Une dispute s'élève sur le jeu, on s'échauffe : l'un de ses amis intimes lui jette à la tête un cornet, et lui crève un œil. On remporte chez lui le sage Memnon ivre , sans argent, et ayant un œil de moins.
11 cuve un peu son vin; et dès qu'il a la tête plu3 W3re, il envoie son valet chercher de l'argent chez le receveur général des finances de Ninive , pour payer ses intime^
laa VOLTAIRE
amis : on lui dit que son débiteur a fait le matin une banqueroute frauduleuse qui met en alarme cent familles. Memnon outré va à la cour avec une emplâtre sur l'œil et un placet à la main , pour demander justice au roi contre le banqueroutier. Il rencontre danà uit salon plusieurs dames, qui portaient toutes d'un air aisé des cerceaux de vingt-quatre, pieds de circonférence. L'une d'elles qui le connaissait un peu, dit en le regardant de" côté : Ah l'horreur ! Une autre qui le connaissait davantage lui dit : Bon soir, M. Memnon; mais vraiment, monsieur Memnon , je suis fort aise de vous voir; à propos, M. Memnon, pourquoi avez -vous perdu un œil? Et elle passa sans attendre sa réponse. Memnon se cacha dans un coin, et attendit le moment où il put se jeter aux pieds du monarque. Ce moment arriva. Il baisa trois fois la terre , et présenta son placet. Sa gracieuse majesté le. reçut très-favorablement, et donna le mémoire à un de ses satrapes pour lui en rwdre compte. Le satrape tire Memnon à part, et lui dit d'un air de hauteur, en ricanant amèrement : Je vous trouve un plaisant borgne,
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âe vous adresser au roi plutôt qu'à moi , et encore plus plaisant d'oser demander justice contre un honnête banqueroutier que j'honore de ma protection. Abandonnez cette affaire-là, mon ami, si vous voulez conserver l'œil qui vous reste.
Memnon ayant ainsi le matin renoncé aux excès de table, au jeu, à toute querelle, et surtout à la cour, avait été, avant la nuit, trompé, volé, s'était enivré, avait joué, avait eu une querelle , s'était fait crever un omI , et avait été à la cour, où l'on s'était moqué de lui.
Pétrifié d'étonnement et navré de douleur, il s'en retourne, la mort dans le cœur. Il veut rentrer chez lui; il y trouve des huissiers qui démeublaient sa maison de la part de ses créanciers. Il reste presque évanoui sous un platane; il y rencontre un ancien ami qui éclata de rire en voyant Memnon avec son emplâtre. La nuit vint; Memnon se coucha sur de la paille auprès des murs de sa maison. La fièvre le saisit; il s'endormit dans l'accès , et en se réveillant il fut au moins consolé d'avoir été guéri du sot projet d'être parfaitement sage et par lui-même. ( T. S6,p. i58.)
^afxiu ^gettxteme.
La Religion considérée dans ses bien&its si propre»
à la faire aimer.
JN ous avons vu disparaître Tidolatrie , au moment de la prédication de FÉvangile, cette même lumière a fait cesser par toute la terre les sacrifices sanglans. Elle a corrigé notre jurisprudence , et on a cessé de poursuivre la magie et la sorcellerie. L'esclavage a été aboli. * Qu'on ne dise point que la raison aurait suffi pour détruire de telles extravagances.
On n'a rien obtenu de la raison pour détruire l'idolâtrie, et on attendait si peu d'elle que Y oïl a employé les supplices contre les pré'tendus sorciers.
Il nous reste à considérer les heureux effets de cette lumière de l'Évangile , non plus seulement pour le bonheur d'éclairer les hommes, mais pour faire le bonheur de l'humanité , et être la consolation du çenre humain.
AI^OLOGISTE. ia3
Ceux qui ont combattu la Religion doivent au moins avouer qu'elle annonce des vérités d*où résulterait la félicité du genre humain. Sa pratique est établie sur l'indulgence et sur les bien£siits. Un Di^i adoré de cœur et de bouche, et tous les devcncrs remplis, font de l'univers un temple et des frères de tous les hommes. Le chrétien sait é&ax. grandes choses^ supporter l'adversité et consoler les malheureux. ( T' 34,/>. 87. )
La Religion est instituée pour nous rendre heureux dans Mtte vie et dans l'autre. Que £suit*il pour éti^^eureux daiKS la vie à venir ? être juste. Pour être heureux en celle-ci , autant que le permet la m«s«re de notre nature, que faut-il être ? indulgent ( T, 36 , /?. 69. )
£t qu'est-ce que la Religion chrétî^ine, que justice et charité!
La Religion nous soutient surtout dans Iç malheilr, dans l'oppression et dans l'abandon* nement qui la suit, et c'est la seule consolation que je puisse implorer ,. après trente années de tribulations et de calomnies qui ont été le fruit de trente années de travaux.
I ''j Les dogmes de la nature doiifent tout aux dogmes de la Religion j et le catéchisme a bien servi aux méditations de Descartes,
Avant les publications de FÉvangile , les superstitions les plus insensées avaient donc étouÉfé la voix de la raison. La superstition qui vient des hommes avait paru triompher de la raison qui vient de Dieu ; mais la gloire de la Religion révélée ou de FÉvangile est d'avoir seul détruit toutes les superstitions de la terre.
La religion naturelle est IVommencement du christianisme , et le vrai christianisme [ dans sa partie morale ] , est la loi naturelle perfectionnée. ( T. 5g, p. 2o3.)
Nous voyons donc avec une extrême satisfaction que tous admettent un Dieu juste qui punit, qui récompense et qui pardonne. Les vrais chrétiens doivent révérer cette base dé la religion de J. C. Point de religion sans la sincère adoration rfun Dieu unique. ( Jl 4^ > p. 264. )
Les partisans de ce qu'ils appellent religion naturelle , doivent reconnaître et avouer
qu'elle doit à l'Évangile ses développemens et sa perfection.
. .La loi naturelle est répandue dans toutes les religions. C'est un métal qui s'allie avec tous les autres, et dont les veines s'étendent jusqu'aux quatre coins du monde ; mais cette mine est plus à découvert , elle est plus ou moins travaillée , à mesure que le christianisme s'étend.
Nous ne savons rien par nous -mêmes des secrets du créateur. Nous ne pouvons connaître avec certitude la destination de l'ame que par la révélation. Quoi donc, ennemis de cette révélation que nous réclamons, vous persécutez ceux qui attendent tout d'elle, et qui ne croient qu'en elle ! Ennemis de la raison et de Dieu , vous qui blasphémez l'un et l'autre, vous traitez l'humble soumission du chrétien , comme le loup traita l'agneau dans les fables d'Esope. Vous lui dites : Tu médis de moi l'an passé, il faut que je suce ton sang. Le chrétien ne se venge point; il rit en paix de vos vains efforts , il éclaire doucement ces hommes que vous voulez abrutir*. ( T. 4?? i^« 3i2. )
[On ignore ce que la raison doit 4 la foi. ]
laO VOLTAIRE
Il est étonnant qu'on se révolte contre de nouvelles richesses que la foi nous présente* Car n'est-ce pas enrichir l'homme que de lui découvrir de nouvelles vérités, inconnues à toute l'antiquité*. {T.'iS^p. 198*) -
Quand vous voyez cette raison &ire des^ progrès si prodigieux , mais seulement au moment de la prédication de l'Évangile , regardez la foi comme une alliée qui doit venir à votre secours, et non comme un ennemi qu'il £siut attaquer. Reconnaissez qu'elle est plus puissante à persuader que la raison. Osez la chérir et non la craindre*. ( T. Sg,/;. 81. )
Il y a autant de faiblesses dans les lumières de l'homme , que de misères dans sa vie. La foi est le seul asile auquel Thomme puisse recourir dans les ténèbres de sa raison , et dans les calamités de sa nature faible et mortelle.... Nous sommes des enÊins qui essayons de faire quelques pas sans lisières : nous marchons , nous tombons , et la foi nous relève. (T. 12, p. laS; t. ko^p. 120. )
Le serviteur qui porte le flambeau et qui marche devant son maître, ne doit pas se croire supérieur à lui.
2% Zc même Évangile a arraché l'horhme intelligent à la folie , et l'homme sensible à la cruauté.
Comme il n'y a poiat de peuple qui n'ait été séduit par les illusions de la magie , il n'y en a point qui n'ait immolé des hommes k la divinité. Phéniciens , Syriens , Scythes, Persans, Egyptiens, Africains, Grecs, Romains, Celtes, Germains, tous ont voulu être magiciens, et tous ont été religieusement homicides. La superstition de l'idolâtrie commune à toutes les nations, disposa les hommes à une cruauté religieuse et infernale , avec laquelle ils ne sont certainement pas nés, puisque de mille enfans vous n'en trouvez pas un seul qui aime à verser le sang humain.
{T. 4ii^- ï6)
Une folle et horrible superstition a porté tant de peuples à présenter aux prétendus Dieux de Tair , et aux prétendus Dieux infernaux , les membres sanglans de tant de jeunes gens et de tant de filles, comme des offrandes précieuses à ces monstres imaginaires. Aujourd'hui même encore les habitans des rives du Gange , de llndus , et des côtes de Coroman-
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del , mettent le comble de la sainteté à suivre en pompe de jeunes femmes , qui vont se brûler sur le bûcher de leurs maris dans l'espérance d'être réunies avec eux dans une vie nouvelle. Il y a trois mille ans que dure cette horrible persécution.
Les Brames a^ant substitué la superstition à l'adoration simple de l'être suprême, encouragèrent ces sacrifices.
Il est affreux de voir comment l'opinion d'appaiser le ciel par le massacre une fois introduite , s'est universellement répandue dans toutes les religions [sans doute démontrées fausses par ce seul Êiit ]. Et combien on a muU tiplié les raisons de ce sacrifice , afin que jJersonne ne pût échapper au couteau. Tantôt ce sont des ennemis qu'il faut immoler à Mars^ exterminateur ; les Scythes égorgent à ses autels le centième de leurs prisonniers. Tantôt ce sont des hommes justes , qu'un Dieu barbare demande pour victime. Les Gètes se disputent l'honneur d'aller porter à Zamoxis les vœux de la patrie. Celui qu'un heureux sort destine au sacrifice , est lancé à force de bras sur des javelots dressés. S'il reçoit un coup
APOLOGISTE. lag
mortel en tombant sur les piques, c'est de bon augure pour le succès de la négociation et pour le mérite du député; mais s'il survit à sa blessure , c'est un méchant dont le dieu n'a point affaire.
Tantôt ce sont des enfans à qui les dieux redemandent une vie qu'ils viennent de leu^ donner ; justice affamée du sang de l'inno-cence, dit Montaigne. Tantôt c'est le sang le» plus cher : les Carthaginois immolent leurs propres fils à Saturne. Tantôt c'est le sang le plus beau : cette même Amestris qui avait fait enfouir douze hommes vivans dans la terre pour obtenir de Pluton, par cette of-* frande^ une plus longue vie; cette Amestris sacrifie encore à cette insatiable divinité, quatorze jeunes enfans des premières maisons de. la Perse, parce que les hommes devaient offrir à l'autel ce qu'ils avaient de plus précieux. Tantôt c'est le sang le plus pur : n'y at-il pas des Indiens qui exercent l'hospitalité envejfs tous les hommes,, et qui se font un mérite de tuer tout étranger vertueux et savant, qui passera chez eux, afin que ses vertus et ses talen^ leur demeurent? Tantôt c'est le
l^O VOLTAIRE
«ang le plus sacré : chez les Sibériens , on tue les prêtres pour les envoyer prier dans l'autre monde à l'intention du peuple. ( 71 5i ,/;. 268.) [ Le vrai Dieu avait demandé qu'on lui immolât les premiers nés, mais avec ordre de les racheter par des offrandes. Le sailg coule aussi sur les autels "du chrétien ; tnais c'est le sang de ^ag^eau de Dieu , celui de l'homme est épargné. ]
Abolition de l'esclavage.
Si les hommes sont rentrés dans leurs
droits , c'est principalement au pape Alexandre m qu'ils en sont redevables. C'est à lui que tant de villes doivent leur splendeur. C'est l'homme peut-être qui, dans les temps grossiers qu'on nomme du moyen âge, mérita le plus du genre humain. Ce fut lui seul qui dans un concile tenu en 1167, abolit autant qu'il le put la servitude. Cette loi seule doit rendre sa mémoif e chère à tous les peuples.
Le même pape qui ressuscita les droits du peuple en abolissant la servitude, réprima le crime dans les rois. Il força Henri II, roi d'Angleterre , de demander pardon à Dieu et
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Vous avez peut-être entendu parler, dît le consolateur de Jeanne de Naples, qui fut prise et étranglée ? Je m'en souviens confusémeqt^ dit l'affligée.
Il faut que je vous conte, ajouta l'autre, l'aventure d'une souveraine cpii fut détrônée de mon temps après souper, et qui est morte dans une île déserte. Je sais toute cette histoire , répondit la dame. — Cette princesse , à qui j'ai montré la philosophie , ne pariait jamais que de ses malheurs. — Pourquoi ne voulez-vous donc pas que je $onge aux miens , lui dit la dame ? C est , dit le philo-* sophe , parce qu'il n'y faut pas songer , et que tant de grandes dames ayant été si infortunées, il vous sied mal de vous désepérer.
Songez à Hécube , songez à Niobé. Ah ! dit la dame , si j'avais vécu de leur temps , ou de celui de tant de belles princesses , et si pour les consoler vous leur aviez conté mes mal* heurs , pensez -vous qu'elles vous eussent écouté ?
Le lendemain le philosophe perdit son fils unique, et fut sur le point d'en mourir de douleur. La dame fit dresser une liste de tous
i36 voltairt:
les rois qui avaient perdu leurs enfans , et la porta au philosophe; il la lut, la trouva fort exacte , et n'en pleura pas moins. ( T, 56, p. 1 66.)
Etabîisscmens en faveur de l'humanité dûs à la
Religion.
On ne voit point que la vertu et la bienfaisance des Romains aient établi de ces maisons de charité, où les pauvres et les malades fussent soulagés aux dépens du public.
Les hôpitaux pour les pauvres semblent avoir été inconnus dans l'ancienne Rome.
Le mot d'hôpital qui rappelle celui d'hos^ pitalitéy fait souvenir d'une vertu célèbre chez les Grecs , qui n'existe plus ; mais aussi il exprime une vertu bien supérieure. La différence est g:rande entre loger, nourrir, guérir tous les malheureux qui se présentent , et recevoir chez vous deux ou trois voyageurs, chez qui vous aviez aussi le droit d'être reçu.
L'hospitalité après tout n'était qu'un échange. Les hôpitaux sont des moniunens de bienfaisance ; il n'est guère aujourd'hui de villes en Europe sans hôpitaux.
APOLOGISTE. l35
et de faire esclave tout ce qu'ils rencontraient sur terre et sur mer. C'étaient autant d'oiseaux de proie qui fondaient par troupes sur nos malheureuses provinces. Ils pillaient et égorgeaient, et enchaînaient ceux à qui ils laissaient la vie.
On alfait acheter sur les côtes septentrionales de l'Afrique , des nègres à bon marché , pour les revendre cher en Amérique.
[C'est la charité chrétienne qui a brisé les chaînes de la servitude. On peut en juger par la lettre si touchante de saint Paul à Philémon : delà vous arrivez à Alexandre III, dont nous venons de parler, et à saint Vincent de Paul , ce héros de la charité. ]
Les princes n'affranchirent jamais les serfs que par avarice. C'est en effet pour avoir l'argent amassé par ces malheureux , qu'ils leur signèrent des patentes de manumission.
Ils ne leur donnèrent pas la liberté, ils la vendirent. L'empereur Louis V commença; il affranchit les serfs de Spire et de Worms au douzième siècle. Les rois de France- l'imi-^ tèrent. ( T. 5i ,/?. i34.)
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Jjssdeux infortunes que ne consolent ni la philosophie
ni l'histoire.
Le dbri^tianiame apprend deux gmndes choses : à supporter l'adversité et à coBsoler les malheureux : il nous fait trouver des.
hommes qui versent dans nos cœurs des consolations dont on les croys^it incapables.
( T. 57,/2/i)3 et 56.)
Un grand philosophe disait un jour à une feipme désolée , et qui avait sujet de Fétre : Madame, la reine d'Angleterre, fille du grandi Henri IV , a été aussi malheureuse que vousi on la chassa de ses royaumes; elle fut près de périr sur l'Océan par les tempêtes; elle vit mourir son royal époux sur l'échafaud. J'en suis fâchée pour elle , dit la dame , et elle se mit à pleurer ses propres infortunes.
Mais, dit le philosophe, souvenez-vous de Marie Stîiart; sa bonne amie et sa bonne parente , Elisabeth, lui fit couper le col sur un échafaud tendu de rioir , après l'avoir tenue en prison pendant dix-huit années. Cela est fort cruel, répondit la dame, et elle se replongea dans sa mélancolie.
APOLOGISTE. l5t
aul hommes , du irieurtrè de s^tit.Thoktiâs d« Càntorberie. Il est bien graiid de forcer un roi puissant et coupable à demander pai*don de son crime. (T. %i^ p. 240; t t8,/>. a8ï ; t 17,/^. 253. )
C'est rÉvanglle qui a rappelé le genre humain à là liberté primitive , pour laquelle il est né.
C'est à l'Évangile seul qu'on doit l'affranchisBement de. l'esclavage où étaient tombés aussi les peuples destinés à Ik liberté.
L'Évangile seid a rétabli l'homikie dans ses droits naturels.
Grotius paraît approuver fort Fesdavage ; mais Montesquieu regarde la servitude comme une espèce de péché contre nature. Voilà donc un Hollandais, citoyen libre, qui veut des esclaves , et un Français qui . n'en veut point.
L'èsclavagfe est aussi ancien que la guerre, et la guerre aussi ancienne que la nature humaine. A quel état d'opprobre et de peines les vaiticus étaient-ils condamnées?
Le livre où il est le plus parlé d'esclaves ,
t3a VOLTAIRE
Bst riliade. D'abord Briséis est esclave che^ Achille. Toutes les Troyennes, et stirtout les princesses, craignent d'être esclaves des Grecs, et d'aller filer pour leurs fenunes.
On était si accoutumé à cette dégradation de l'espèce , qu'Epictète , qui assurément valait mieux que son maître, n'est jamais étoiïné d'être esclave.
Aucun législateur de l'antiquité n'a tenté d'abroger la servitude ; au contraire , les peuples les plus enthousiastes de la liberté, les Athéniens, les Lacédémoniens , les Ro-mains, les Carthaginois, furent ceux qui portèrent les plus dures lois contre les serfsw ( T. Bifp. 129. )
Les Israélites parlaient sans cesse de leur servitude, dans cette Egypte qu'ils abhorraient.
L'Italie, les Gaules, l'Espagne, une partie de l'Allemagne, furent habitées par des étrangers devenus maîtres, et par des natifs devenus serfs. Ceux qui étaient pris à la guerre étaient réduits en esclavage. •
C'était la coutume des Africains de Tunis et d'Alger, celle des hommes dix Nord , de piller
APOLOGISTE. l4<
absurdité, c'est un outrage au genre humain, c'est un attentat contre la sagesse suprême, de dire : Il y a une vérité essentielle à l'homme , et Dieu l'a cachée. Il faut dire :
L'homme s'est mis un voile sur les jeux , des nuages se sont élevés du sein de ses passions. La Religion chrétienne fondée sur la vérité même n'a pas besoin de preuves douteuses, ce serait vouloir soutenir un chêne en l'entourant de roseaux; on peut écarter ses roseaux inutiles, sans craindre de faire tort à l'arbre. ( Remarques sur les Pensées de Pascal.)
Quel objet se présente à ma vue!
Le voilà, c'est le Christ puissant et glorieux.
Auprès de lui dans une nue* Vétendard de sa mort, la croix brille à mes jeux. Sous ses|>ieds triompbans la mort est abattue -, Des portes de l'enfer il sort victorieux :
Son règne est annoncé parla voix des oracles ; Son trône est cimenté pnr le sang des martyrs; Tous les pas de ses saints sont autant de miracles ; Il leur promet des biens plus grands que leurs désirs \ Ses exemples sont saints, sa morale est divine; Il console en secret les cœurs qu'il illumine ; Dans les plus grands malheurs il leur offre un a ppui.
T. la, p j';.
, Lorqu'une preuve eât décisive, lorsqu'elle est nécessaire , devons-nous évitel* de la re-» produire? ce serait une vanité criminelle, une affectation puérile. Ce n est pa& de variété qu'il s'agit , c'est de vérité et de raisonnemens justes et concluans. Passez le r^te, et ne songez qu'à cela.
Toute Religion dont les dogmes ofifenscnt la morale est nécessairetnent fausse. ( T. 4 1 > jy. 45. ) On n'eriteiid la voix de Dieu que dans la bouche de la vertu. Les exemples de J. C. sont saints, sa morale est divine. Nous sommes persuadés que, dans le siècle où nous sommes, la plus forte preuve qu'on puisse donner de la vérité de notre Religion, est l'exemple de la vertu. La charité vaut mieux que la dispute : nous en appelons de vos livres à vos mœurs. ( 7". 4^^ ? P- 3^7. )
Anticjuité de la Religion.
Je produis mes titres , qui remontent jusqu'à l'origine du monde. ( T. 60 , /?. 1 60. )
Nos cruels éftnemis , juifs , païens , hérétiques, incrédules, ne cessent d'élever contre nous leurs voix discordantes-; divisés entr'eux
APOLOGISTE. l39
la circulation d'argent que le jeu seul opère dans Paris , nous serions effrayés. (T. 34 , p. Î107. )
Trop souvent un prince ne manque point d'argent pour faire une guerre injuste, qui dévaste et qui ensanglante une moitié de l'Europe ; mais il en manque pour les établissemensles plus népessaires, qui consoleraient le genre humain. ( T. 34,/>. 352.)
Vous avez de l'argent pour envoya tuer cent ipille hommes, vous n'en avez pas pour en faire vivre dix mille. ( T. l\S^p, 8. )
Une instifutipn vertueuse fait de la vertu Mn devoir plus étroit, en devenant un acte religieux. Lorsque l'esprit du monde s'introduit dans une société que U Refigion avait fort mée , elle la rend inutile et même dangereuse ; pais lorsque l'esprit de l'Évangile anime une institution commencée par des vues hu-?
maines , elle la rend d'une utilité plus grande et plus réelle. ( T. 18,/?. 4i i- )
l4o VOlTAIRE
^a^iitt <^^t0xsxmc
Ensenible des preuves de la divinité du Cbristianisime,
Je suis persuadé qu'il est d'un malhonnête homme de traiter avec un mépris apparent les raisons de ses adversaires, quand on en sent toute la puissance au fond de son cœur.
C'est manquer aux autres et à soi-même.
La vérité contre laquelle on se débat en vain , me force de convenir d'une partie de ce que vous dites. ( T. 45,/^- 208. )
La raison dit à tous les hommes, la vraie Religion doit être claire , simple , universelle , à la portée de tous les esprits, parce qu'elle est faite pour tous les cœurs.
Toute vérité nécessaire, comme le soleil l'est à la terre, est elle-même brillante, comme lui. C'est cette lumière dont parle l'Écriture, qui luit dans les ténèbres; mais les ténèbres ne l'ont pas comprise. C'est une
APaLOGISTE. 137
"Rome moderne a presqu'autant de maisons de <iiarité, que Rome antique avait d'arcs dé triomphes et d'autres monumens de conquête Il y a dans Rome cinquante monu-
numens de charité de toute espèce Il est
beau de donner du pain , des vétemens , des remèdes, des secours en tout genre à ses frères...,.
De tous les hôpitaux, celui où l'on reçoit journellement le plus de pauvres malades , est l'Hôtel-Dieu de Paris. Il y en a souvent entre 4 à 5,000 à la fois. C'est en même temps le réceptacle de toutes les horribles misères humaines, et le temple de la vraie vertu qui consiste à les secourir.
. Dans le grand et célèbre hôpital de Lyon , qui a été long- temps un des mieux administrés de l'Europe, il ne mourait qu'un quiazième des malades, année commune.
On ne peut s'empêcher de remarquer que Germain Brice, dans sa description de Pari3, .en parlant de quelques legs faits par le premier président de Bellièvre à la salle de l'Hôtel- Dieu nommée Saint-Charles, dit qu'il faut lire cette belle inscription gravée en lettres
j38 VOLTAIRE
d'or dans une grande table de mai^bre , de la composition d'Olivier Patru , de l'académie française, un des plus beaux esprits de son temps , dont oja a des plaidoyers fort estimés. « Qui que tu sois qui entres dans ce saint » lieu, tu n'y verras presque partout que les » fruits de la charité du grand Pomponne. Les » brocards d'or et d'argent, et les beaux » meubles qui paraient autrefois sa chambre, » par une heureuse métamorphose, servent » maintenant aux nécessités des malades. Cet » homme qui fut l'ornement et les délices de » son siècle, dans le combat même de la » mort, a pensé au soulagement des affligés.
» Le sang de Bellièvre s'est montré dans » toutes les actions de sa vie, la gloire de ses y> ambassades n'est que trop connue. » ( T. 49 9
Et on demande où trouver des fonds pour les œuvres de charité ! En manquons-nous quand il faut dorer tant de cabinets et tant d'équipages , et donner tous les jours des festins qui ruinent la santé et la fortune, et qui engourdissent à la longue toutes les facultés de l'ame ? Si nous calculions quelle est
dans leurs fables , ils semblent réunis contre notre vérité simple et auguste. Ces aveugles qui se battent à tâtons^ sont tous armés contre nous qui marchons paisiblement à la lumière.
Ils ne savent pas quelles sont nos forces.
Nous remplissons toute la terre ; nous étions avant qu'aucune secte eût pris naissance. Nous sommes encore tels que furent nos premiers pères : nous offrons à Dieu des vœux simples dans l'innocence et dans la paix. Notre Religion a vu naître et mpurir mille cultes fantastiques, ceux de Zoroastre, d'Osiris, de Salmoxis , d'Orphée , de Numa , d'Odin et de tant d'autres. Nous subsistons toujours les mêmes au milieu des sectaires de Brama , de Mahomet. Ils nous appellent impies^ et nous leur répondons en adorant Dieu avec piété.
L'exorde des lois des Zaleucus, l'un des plus grands législateurs de la Grèce , est un précieux monument de l'antiquité. Il sert à prouver que nos premiers maîtres ont toujours reconnu un Dieu suprême qui lit dans les cœurs des hommes, et qui juge nos actions et nos pensées. Il n'y a que la màlheu-
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reuse secte d'Epicure qui ait jamais combattu une doctrine si raisonnable, et si utile du genre humain. La piété et la vertu sont de tous les temps.
Il n'y a qu'une probité commune à tout l'univers. Il rfy a aussi qu'ime Religion. ( T. 45 ,
Il est impossible que le point dans lequel tous les hommes de tous les temps se réunissent , ne soit l'unique centre de la vérité. ( T. 4i iP' 45. ) ]Vïais tant de sectes et tant de aavans ne pourront jamais penser d'une ma*nière uniforme. ( T. 60 y p. 164. )
La doctrine qui réunit tous les esprits , vient donc de Dieu; l'opinion qui les divise •vient des hommes. (T. 34,/?. i47-)
[Quel hommage rendu à la doctrine catholique ! L'enseignement de l'église est donc la voix de Dieu , puisque seule die réunit tous les hommes , et que les autres les divisent. ]
APOLOGl^STE. 145