MIRACLES
A la naissance de J. C. , les anges viennent du haut des sphères célestes annoncer ce grand événement aux pasteurs de Bethléem.
Une étoile nouvelle brille dans lé ciel du côté de l'Orient; cette étoile conduit trois mages jusqu'à retable dans laquelle le maître du monde est né. Us lui offrent de l'encens , de la myrrhe et de For. Ces miracles éclatent dans le ciel et sur la terre ; cq sont des astres , des anges, des rois, qui «en sont les ministres; J. C. doit être reconnu dès son en&nce à tous ces prodiges. ( T. 60 ^ p. i43. )
Il est impossible de résister à des signes si divins , si publics , et devant lesquels tous les hommes durent se prosterner dans un silence d'adoration. ( T. 60 y p. i44-)
L'ancien livre intitulé : Sepher toldos Jes^ chut, écrit par un Juif contre J. C. dès le premier siècle, ne nie point qu'il ait opéré des miracles. ( T. 60 , /?. 148. )
Du ciel, quand il le faut, la justice suprême Suspend Tordre éternel établi par lui-même , n permet à la mort d'interrompre ses lois.
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Les miracles étaient nécessaires à l'Église naissante , ils ne le sont pas à l'Église établie: Dieu étant parmi les hommes , devait agir en Dieu : les miracles sont pour lui des actions ordinaires; le maître de la nature doit toujours être au-dessus de la nature*
Les miracles de J. C. et des apôtres sont si vrais , qu'on ne doit pas risquer d'affaiblir le profond re^ect qu'on a pour eux en leur associant de faux prodiges.
Admirons, célélirqns, révérohs le Lazare ressuscité , le bienÊiit des noces de Cana ; les démons chassés des corps des possédés; ces esprits immondes, précipités dans les corps d'animaux immondes ; le fils de Di«i enlevé sur le faîte du temple et sur une mont£)gne, par l'ennemi de Dieu et des hommes; Jésus confondant d'un seul mot cet étemel ennemi qui osait lui proposer de l'adorer; Jésus transfiguré sur le Thabor, pour manifester sa gloire à Moïse et à Elie , qui viennent du sein des morts recevoir ses leçons éternelles ; Jésua^ la source de la vie ; Jésus , créateur du genre humain , mourant pour le genre humain ; les morts ressuscitant quand il expire, et rempli»-
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sanl les rues de Jérusalem; le soleil s'éclipsant, de l'aveu et à la «onfusion de tout l'empire romain ^ assez aveugle pour négliger ce grand événement; le Saint Esprit descendant en langues de feu sur les apôtres, etc. : ces vrais miracles sont assez nombreux , assez avérés.
Des hommes inspirés les ont écrits ; tout lecteur judicieux les admet; tout bon chrétien les adore. ( T. Sa ,/i. aSo. )
Les miracles de J. C. marquent sa puissance et sa bonté : comme la vue rendue aux aveugles, et la vie aux morts; des possédés délivrés, de l'eau changée en vin. Ils sont aussi le symbole de quelque vérité morale.
Dès qu'on croit un miracle , on doit croire tous les autres quand c'est le même livre qui les certifie..., livre dont la morale porte Feçipreinte de Dieu même , car elle est uniforme dans tous les temps et dans tous les lieux.
( r, 60, z'. 190 et 187. )
ÏO*
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Nécessité des miracles pour prouver .une mission.
dii^ine, ,
i^, Plus ce qu'on nous annonce est surnaturel et divin, plus il nous faut de preuves. Tout homme peut dire : Dieu m'a parlé , Dieu a fait tels ou tels prodiges, mais les actions d'un Dieu doivent être constatées par le témoignage le plus authentique. Si on n'a pas vu soi-même ces prodiges , il fout des témoignages qui nous tiennent lieu de nos yeux. Il faut le sceau de l'approbatioii dé»
contemporains , il faut que les témoins aient tous été irréprochables , incapables d'être trompeurs et d'être trompés. ( T. l\i^p. 286.)
[ Nous avons bien au-delà de ces conditions véritablement essentielles, qui suffisent, selon Voltaire , pour qu'on croie aux faits surnaturels et divins; nous avons l'aveu de nos adversaires juifs , païens et hérétiques : nos témoins ont signé de leur sang ces faits qu'ils avaient vus de leurs yeux, et on croit volontiers, dit Pascal, des témoins égorgés. Nous avons plus encore^ ûos témoins prophètes ont prédit des faits qui sont sous nos yeux^ dix -huit siècles après qu'ils eurent été an-
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Doncés à la terre avec tant de confiance : la dispersion des Juifs, la perpétuelle durée dte l'Église. Ceux qui ont si bien prévu ce qui ne devait avoir lieu que dans des temps si éloignés , se seraient-ils trompés sur ce qu'ils ont vu de leurs yeux. Si vous n'admettez des miracles , la conversion de l'univers est un effet sans cause. Ce grand événement suppose et nécessite des miracles , ou il en serait un luimême. Un édifice achevé rappelle les écha^ fauds nécessaires à sa construction. ]
Lorsqu'en 1 707 , deux protestans Fatio Duillier, et un nommé Daudé vinrent en Angleterre des montagnes du Dauphiné et des Cévènes , avec deux où trois cents prophètes , au nom du Seigneur , disaient-ils ; on leur demanda par quels prodiges ils voulaient prouver leur mission ; ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à ressusciter un mort. On leur permit de choisir entre les morts celui qui leur conviendrait. Ce fait eut lieu dans la place publique , en présence des commissaires de là reine Anne, du régiment des gardes,, et d'un peuple immense. Le résultat fut de mettre les prétendus rçssusciteurs au pilori.
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On devrait en user ainsi à Tégard de tous^ ceux qui s^élèvent contre l'autorité de l'Église, qui n'a pu être établie. que par miracle, et dont l'existence seule est un miracle ( T. l^i , p. 184.)
[ Rousseau est ici en harmonie avec Voltaire, et il veut qu'on dise à tout prédicant : Ou faites des miracles , ou taisez-vous. ]
Toute fraude est impie, et c'est un crime de soutenir la vérité par le mensonge. ( T, /p, p. 290. )
Quand on combat dans le siècle où nous sommes, en faveur des fraudes pieuses, il n'y a point d'homme de bon sens, qui ne vous fasse perdre votre cause. Confessons que toutes ces fraudes sont très - criminelles ; mais ajoutons qu'elles né font tort à la vérité que par l'embarras extrême et par la difficulté qu'on éprouve tous les jours en voulant distinguer le vrai du faux. ( T. l^^^p- agi.)
C'est une très-grande sottise de joindre à la Religion des faussetés qui la rendent ridicule , au risque d'anéantir toute religion dans les esprits faibles et pervers , quand on déshonore par ses propres opinions les
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vérités qu'elle annonce. Ne dites point qu'il faut tromper les hommes au nom de Dieu ^ ce serait le discours d'un démon..
S'il se trouvait quelqu'un assez dépourvu de bonne foi pour dire : Pourquoi détruire nos faux miracles ? Voilà ce que je lui répondrais : Tous ces faux miracles par lesquels vous ébranlez la foi qu'on doit aux véritables ^ éteignent la Religion dans les cœurs. Les per* sonnes qui veulent raisonner et qui n'ont pas le temps de s'instruire , nous diront : Les maîtres de ma Religion m'ont trompé. D'au-^ 1res CHit le noalheur d'aller encore plus loin ; ils voient que l'imposture a voulu leur mettre un frein,, et ils ne veulent plus même du frein de la vérité. Us deviennent dépravés^ impies , parce que ceux qui devaient être les apôtres de la vérité ont été fourbes ou ignorans. Voilà certainement les conséquences de toutes ces fraudes réputées pieuses, que l'on respecte trop. Je conclus, au contraire: Il y a de faux miracles, il y en a donc eu de véritables ; comme la contre-façon d'une monnaie prouve que cette monnaie a eu un cours^.
ir. 35,/?. 353.)
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Cesf servir utilement la Religion que de combattre
les faux miracles.
C'était, nous osons le dire, une impiété et utie folie de vouloir soutenir les prodiges que Dieu daigna lui-même opérer , par des fables absurdes, que des inconnus ont inventées tant de siècles après. ( T. 3^, p. aSo. )
Lorsque dans nos siècles dç barbarie , il y avait à peine deux seigneurs féodaiix qui eussent chez eux un nouveau testament, il poU'-. vait être pardonnable de présenter des fables au vulgaire , c'est-à-dire, à ces seigneurs féodaux, à leurs femmes et aux brutes leurs vassaux; on les repaissait d'histoires de sorciers et de possédés; les enfans croyaient au loup-garou, le nombre des reliques était innombrable.
La vérité de l'histoire bien plus utile qu'on ne pense , nous força d'examiner les fausses légendes ; nous crûmes que le mensonge pouvait déshonorer la Religion. Les miracles de J. C. et des apôtres sont si vrais qu'on ne doit pas risquer d'affaiblir le profond respect qu'on a pour eux, en leur associant de f^ux prodiges.
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si Résurrection de /. C 1
*, J. C victorieux après sa mort, commence :|
à régner au moment où tout nous échappe.
Tel est souvent le sort des plus justes des rois : Tant qu'ils sont sur la terre, on respecte leurs lois; On porte jusqu'aux cieux , leur justice suprême , Adorés de leur peuple , ils sont des dieux eux-mêmes; Mais après leur trépas , que sont-ils à vos jeux? Yous éteignez l'encens que vous brûliez pour eux.
OËdipe , act. i«^
[ C'est au contraire en mourant que J, C ouvre le cours de ses victoires. Un prophète avait annoncé que son sépulcre serait glorieux ; et quelle plus grande gloire pour un tombeau que d'être devenu le berceau d'une Église immortelle, qui est née de la mort même de J. C. ! ]
Établissement de l'JËvangile.
Il se forma dans la Galilée une Religion toute fondée sur la pauvreté, sur l'égalité, sur le mépris des richesses; où l'ojx dit que le
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mauvais riche est damné; où il est ordonné aux disciples de ne point faire de provisions pour le lendemain ; où J. C. , fils de Dieu , Qieu lui-mênle, plrononce ces terribles oracles contre l'ambition et l'avarice : « Je ne suis pas venu pour être servi , mais pour servir. Il n'y aura jamais parmi vous ni premier , ni dernier. » La vie des premiers disciples est conforme à ces préceptes ; saint Paul travaille de ses mains, saint Pierre gagne sa vie. ( 21 34,
Et c'est dans cet état de faiblesse que J. C. a prédit que toute là terre embr^^»erait ixn jour sa doctrine, que les portes dç r^nfeirnc pourraient jamais prévaloir contre son Église^ et que tout lemond^ lui serait soumis, l'empire romain en particulier; que le trone des Césars deviendrait le trône de la Religion chrétienne ; qu'il régnerait du mont Atlas aux îles du Japon. ( T, [\\ ^ p. 62 ; t 34 , p, 61.)
La nature agit toujours par les voies les plus courtes : la longueur du procédé est une impuissance ; la multiplicité des secours est une faiblesse. ( T* l\o^ p. a65. )
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[ Voltaire représente les Juifs comme des malheureux , comme des polissons , chez qui les noms de géométrie et d'astronomie furent toujours absolument inconnus. ( T. 46,/?. 67.) Il dit que les hommes d'état, les gens d'esprit, les philosophes se sont moqués du christianisme naissant, et il ne voit pas que les marques de mépris qu'il prodigue aux Juifs et aux premiers chrétiens , regardés longtemps comme une secte de Juifs , donnent un caractère ^ auguste de divinité au succès des apôtres, qui étaient eux-mêmes de la deri^ièrç classe de cette même nation , déjà si méprisée. L'œuvre du Tout-Puissant se reconnaît plus sensiblement dans la faiblesse des moyens qu'il emploie. ] ( T. 60,/?. 149- )
Il «st un peuple obscur, imbëcille , volage.
Amateur insensé des superstitions ,
Vaincu par ses voisins, rampant dans Fesclavage ,
Et Féternel mépris des autres nations.
Le fils de Dieu, Dieu même oubliant sa puissance,
Se fait concitoyen de ce peuple odieux.
Long-temps simple ouvrier , le rabot k la main , Il passa ses beaux jours en cet humble exercice ;
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IlprêcliC enfin trois ans le peuple iduméen, £t périt du dernier .supplice.
Voltaire admire qu'il y ait aujourd'hui des recollets dans ce même Capitole où triompha Scipion , et où harangua Cicéron , et en conclut là divinité de l'Évangile , prouvée par cet établissement ou les changemens arrivés à Rome et dans l'empire.
Les successeurs de saint Pierre sont assis sur le trône des Césars qui firent couler pendant trois siècles le sang de nos premiers pontifes. Qu'en est-il arrivé ? les marbres qui décoraient les palais des empereurs , sont devenus les ornemens du tombeau des pêcheurs. Ce fait qui annonce le triomphe sensible de l'Évangile, a été célébré par Voltaire, et il l'a mis en action dans un dialogue entre Marc- Aurèle et un recollet.
Près de ce Càpttole où régnaient tant d'allannes, Sur les pompeux débris de Bellone et de Mar$, Un Pontife est assis au trône des Césars.
Des pi*etres fortunés foulent d'un pied tranquille Les tombeaux des Gâtons et la cendre d'Emile,.
Henr. , cli. I***.
Dialogue entre Marc-Aurèle et un RecoUet,
MaroAurèle. — Je crois me reconnaître enfin. Voici certainement le Capitole, et cette basilique est le temple. Cet hon^me que je vois* est sans doute prêtre de Jupiter^... Ami> un petit mot, je vous prie.
Le Regollet. — Un prêtre de Jupiter! Il &ut que vous soyez bien étranger ^ pour nommer ainsi frère Fulgenee^ le recollet, ha-* bitant du Capitole , confesseur de la duchesse de PopoU, et qui parle quelquefois au pape comme s'il parlait à un homme.
Marc - Aurèle. — Frère Fulgence au Capi* tôle ! Les choses sont un peu changées. Je ne comprends rien à ce que vous dites. Est-ce que ce n'est pas ici le temple de Jupiter ?
Frèrb Fulgence. Allez, bon homme, vous ertraVaguez. Qui étes-vous, s'il vous plaît , avec votre habit à l'antique ^ et votre petite barbe ^ D'où venez vous? et que voulez vous?
Marg-Aurele. — Je porte mon habit ordinaire, je reviens voir Rome, je suis Marc^ Aurèle.
FuLGENCE. — Marc-Aurèle ? J'ai entendu parler d'un nom à-peu-près semblable. Il y avait un empereur païen ^ à ce que je crois , qui se nommait ainsi.
Marc-Aur4le. — C'est moi-même. J'ai voulu voir cette Rome qui m'aimait et que j'ai aimée; ce Capitole, où j'ai triomphé en dédaignant les triomphes; cette terre que j'ai rendue heureuse : mais je ne reconnais plus Rome. J'ai revu la colonne qu'on m'a érigée, et je n'y ai plus retrouvé la statue du sage Antonin mon père; c'est un autre vi^ige.
FuLGENCE. — Je le orois bien ; Sixte-Quint a relevé votre colonne, mais il y a mis la statue de quelqu'un qui valait mieux que votre père et vous.
MARC-AtJHiLB. — fai toujours cru qu'il était fort^aisé de valoir mieux que moi, mais je croyais qu'il ^ait difficile de valoir mieux que mon père. Ma piété a pu m'abuser : tout homme est sujet à l'ferrèùr.
FiTLaEircB. — le le crois bien. îTest-ce pas vous (autant qu'il m'en souvient) qui avez tant persécuté des gens à qui vous aviez obU-
FI
APOLOGISTE. iSq
galion, et qui vous avaient procuré de la ïï
pluie pour battre vos ennemis*
Marc-Aurèle. — Hélas ! j'étais bien loin de 1
persécuter personne. Mais dites-moi, je vous j?
prie, où est le palais de l'empereur mon succesiseur ? Est-ce toujours sur le mon Palatin ? car en vérité je ne reconnais pas mon pays .
FuLGENCE. — Je le crois bien vraiment; nous avons tout perfectionné. Si vous voulez, je vous mènerai à Monte Cavallo : vous baiserez les pieds du saint Père.
Marc-Aûrèle. — Dites- moi franchement, est-ce qu'il n'y aurait plus d'empereur, ni d'empire romain?
FuLGENCE. — Si fait, si fait, il y a un empe- Eeur et un empire; mais tout cela est à quatre oents lieues d'ici , dans une petite ville appelée Vienne, sur le Dainube. Je vous conseille tfy aller voir vos successeurs.
MAAC-AuRiLB. — L'empire romain dans une petite ville sur le Danube ! Je ne m'y attendais pas; mais je concis qu'en seize cents ans les choses de ce monde doivent avoir changé de face. Je serais cùrieui de voir un empereur romain , Marcomâsi , Cimbre ou Teuton.
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FuLGENÇE. — Vous auFcz ce plaisir-là quand vous voudrez, et même de plus grands. Vous seriez donc bien étonné si je vous disais que des Scythes ont la moitié de votre empire , et que nous avons l'autre; que c'est un prêtre comme moi qui est le souverain de Rome :
que frère Fulgence pourra l'être à son tour ; que je donnerai des bénédictions au même endroit où vous traîniez à votre char des rois vaincus; et que votre successeur du Da* nube n'a pas à lui une ville en propre.
Ma&c-Aurèle. — Vous me dites -là d'é^ tranges choses. Rome , cette cs^itale du monde , est donc bien malheureuse ?
Fulgence. — Malheureuse ! Non , au con* traire, la paix y règne, les beaux'^arts y fleurissent. Les anciens mitres du monde, ne savaient pas ce dont sont instruits parmi nous des maîtres d'école. Au Ueu d'envoyer des colonies en Angleterre , nous y envoyons des maîtres de morale. Nous n'avons plus de Scipions qui détruisent des Carthages ; mais aussi nous n'avons plus de proscriptions. Noi^ avons changé la , gloire contre des vertus ^ et les triomphes contre des lumières.
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Marc-Aurèle. — J'ai tâché .dans ma vie d'être philosophe , on l'est devenu véritablement depuis. Par tout ce que vous me dites, je pourrais soupçonner que frère Fulgence est plus philosophe que moi*.
Fulgence. — Vous paraissez fâché de ma gloire, et de la petite révolution arrivée à votre empire.
Marc-Aurèle. — J'adore les décrets éternels , je sais qu'il ne faut pas murmurer contre la destinée, j'admire la vicissitude des choses humaines.
Fulgence. — Admirez celui, qui a fait que je sois ici, et que les empereurs n'y soient plus. ( 71 34, J7. 61. )
[ Qui eût dit à la naissance du christianisme que l'empire romain embrasserait cette Religion nouvelle, mystérieuse et sévère, et que Rome, veuve d'un peuple roi, serait encore par la Religion reine du monde. On ne sera pas peu étonné que ce soit Voltaire qui nous l'ait fait remarquer. ]
Les conquêtes pacifiques de Rome chrétienne, furent plus étendues que celles de la
république romaine.
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puissantes villes. La religion des Miltiade et des, Périclès , celle des Paul-Emile et des Caton ne sont plus ; celle d'Odin est anéantie j les mystères et les monstres d'Egypte ont dis* paru; la langue même d'Osiris, devenue celle des Ptolomées , est ignorée de leurs descendans : le théisme pur n'a jamais existé. Le christianisme seul est resté debout parmi tant de vicissitudes^ et dans le fracas de tant de ruines , immuable comme le Dieu qui en est l'auteur*. (T. 4i ,/?. 34.)
La vérité reste pour l'éternité , et les fantômes d'opinions passent comme des rêves de malades. { T. 62,/?. aSô. )
La religion subsiste dépuis quatre mille ans, de l'avieu de tous, et les sectes sont d'hier. Je suis forcé de croire et d'admirer*.
La religion , brillante dans quelques états , avilie dans d'autres , est plongée dans le luxe ou dans la fange. La mollesse la déshonore^ l'incrédulité lui insulte ; mais elle ne crie pas en vain au ciel : Rétablissez-moi , comme vous m'avez produite. ( T. 60,/?. 164. )
Voltaire a dit du calvinisme :
APOLOGISTE. rôS
JVi v\x naître autrefois le calvinisme en France-, Faibtéy marchant dans l'ombre, Humble dans sa naissance^ Je l'ai vu sans support exilé dans nos murs , S^avancer à pas lents par cent détours obscurs, Enfin mes jeux ont vu , du sein de la poussière^ €e fiantôme effrayant lever sa tête altière, Se placer sur le trône , insulter aux mortels , Et d'un pied dédaigneux renverser nos autels. Loin de la Cour alors , en cette grotte obscure , De ma Religion je vins pleurer l'injure.
Là , quelque espoir au moins flatte mes derniers jours : Un culte si nouveau ne peut durer toujours :
Des caprices de Tbomme il a tiré son être; Ou le verra^ périr ainsi qu'on Ta vu naître.
Hrntiade, cbant i^''.
Les hommes ne peuvent anéantir ce que Dieu a fait. ( T. 79, p. i3o. )
La religion est le colosse que cent coups de béliers n'ont pu ébranler [ pendant l'espace de dix - huit siècles. ] Croirez - vous qu'un caillou le jettera par terre? ( T. 58,/?. 80.)
[G!est cette Religion toujours combattue et toujours victorieuse y que de nouveaux adversaires, sous le nom d'incrédules ou d'esprits forts , attaquent de nos jours. Qu'il sera
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consolant pour les fidèles de remarquer, et toujours d'après Voltaire , que nous n'avons en eux que des ennemis bien faibles et peu redoutables , puisqu'ils n'attaquent que ce que nous ne défendons pas, les abus dont nous gémissons, ou que lorsqu'ils croyent triompher de nous , ils sont véritablement nos apologistes involontaires et nos défenseurs.
C'est ce qui nous conduit au livre suivant. }