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Railleries et injures.
P«u de raisons et beaucoup d'injures , et on fait 3oo pages. {T.^Qyp, 1 86. )
Point d'injures , s'il vous plaît : il est plus aisé de dire des injures que des raisons, (r. 46,p,63.)
On vous pardonnerait de déguiser des faits peu favorables, d'essayer de faire valoir les objections les plus frivoles , de répondre par <les parallogismes ridicules aux raisons les; plus solides ; de crier que vous avez prouvé ce que vous n'aviez point prouvé, et que vous aviez détruit ce qui n'est point détruit. Vous pouvez donner au mensonge l'air de la vérité , et à la vérité les couleurs du mensonge , vous épuiser en vaines déclamations sur des faits qui n'ont aucun rapport au fond de l'affaire , et courir sur des faits plus graves qui déposent contre vous. Cette méthode n'est pas honorable sans doute , elle est tolérée pour le malheur des hommes; mais j'ose dire que nous retombons dans les siècles de la plus grossière barbarie , s'il est jamais permis de souiilei; une
APOLOGISTE. I-yJ
discussion importante par des injui^s et par des farces. La vérité tranquille et sévère, assise sur le trône de la justice , veut que tous ceux: qui sont chargés du ministère auguste de la défendre, tiennent quelque chose de sa gravité et de sa décence. ( T. ^T^p- 67. )
Vciltaire écrivait à Warburton :
Tu exerces ton insolence et tes fureurs sur les étrangers comme sur tes compatriotes. Tu voulais que ton nom fût partout en horreur , tu as réussi. Tu attaques les sages , tu penses te laver en les couvrant de ton ordure, tu crois écraser d'une main la religion chrétienne , et tous les littérateurs de l'autre : tel est ton caractère. Ce mélange d'orgueil , d'envie et de témérité n'est pas ordinaire. Il t'a effrayé toi-même ; tu t'es enveloppé dans les nuages de l'antiquité et dans la magie de ton style ; tu as couvert d'un masque ton affreux visage. Voyons si on peut faire tomber d'un seul coup ce masque ridicule. Je passe sousi 3ilence les injures aussi grossières que lâches, dignes des porte-faix de Londres et de toi , et je viens à ce que tu oses appeler des raisons. Elles sont moins fortes que les injures. Tu n'as
pas même entendu les livres saints contre lesquels tu as écrit. Vois si le sale égout de l'irréligion n'est pas celui dans lequel tu barbotes. Tu hais, tu calomnies; on te déteste dans ton pays, et tu détestes; mais si tu. avais trempé dans le sang tes mains qui dégouttent de fiel et d'encre, oserais- tu dire que tu aurais assassiné sans colère et sans haine? £st-il possible qu'un cœur tel que le tien se trompe si grossièrement sur la haine ? C'est un usurier qui ne sait pas compter. Ton pédantisme ennuie, et ton insolence révolte. Les philosophes , dis- tu , ne haïssent que la Religion et non les chrétiens. Plaisante distinction! Un jour un tigre rassasié de carnage rencontra des brebis qui prirent la fiiite : il courut après elles , et leur dit : Mes enfans , vous vous imaginez que je ne vous aime point, vous avez tort; c'est votre bêlement que je hais, mais j'ai du goût pour vos personnes.
Plusieurs emportés par leur zèle ont couvert d'opprobre ceux qui soutiennent de vieilles erreurs; nous n'approuvons pas un zèle amer, nous condamnons les invectives
apologiste:. i^5
dans un sujet qui mérite la plus sérieuse attention. Nous sommes forcés de convenir que des raisons méritent l'examen le plus réfléchi. Nous ne voulons examiner que la vérité, et nous comptons pour rien les injures atroces que les deux partis vomissent l'un contre l'autre depuis long- temps. ( T. [\i^p. 109.)
Ce fiit une coutume introduite dans cette science qu'on appelle philosophie , c'est-àdire amour de la sagesse , d'employer pour convaincre , de longs sophismes et de grosses injures; ( T. 62, p. 253.)
Il y a un certain nombre d'hommes que le mérite d'autrui rend si furieux, qu'ils ne connaissent plus ni raison, ni bienséance. C'est une espèce de rage qui attaque les petits auteurs, et surtout ceux qui n'ont point eu d'éducation. ( T. 65,/?. i34. )
Il n'est pas inutile de^ remarquer que les censures faites avec passion sont toutes maladroites. C'est une grande sottise de ne trouver rien d'estimable dans un ennemi estimé du public. ( 7". 65 , p. 2o5. )
N'est-ce pas la méthode de tous ces barbouilleurs de papier , d'attaquer insolenunent
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ce qu'on estime, et ensuite ils se plaignent qu'on se moque d'eux. ( y. 65,/?. î2i4. )
En exposant des opinions et même en les combattant, évitez les paroles injurieuses qui irritent un auteur et souvent toute une nation , sans éclairer personne. Point d'animosité, point d'ironie. Que diriez-vous d'un avocatgénéral, qui, en résumant tout un procès, outragerait par des mots piquans la partie qu'il condamne? ( T. 62,/?. 11 5.)
N'imitez point ces petits esprits qui outragent par d'indignes injures un illustre mort , qu'ils n'auraient osé attaquer pendant sa vie. ( T. 611, p. 116.)
Brûler un livre de raisonnemens ne suffit pas , il faut lui répondre et le réfuter. Ce sont les livres d'injures qu'il faut brûler , et dont il faut punir sévèrement les auteurs , parce qu'une injure est un délit. Un mauvais raisonnement n'est un délit que quand il est évidemment séditieux. ( T. 34,/^- ^49.)
Pourquoi dans vos nombreux volumes toutes ces ironies continuelles , toutes ces accusations, toutes ces calomnies ramassées dans la fange , et dont certainement vous n'auriea
point fait usage , si vous aviez consulté votre cœur et votre raison. ( T. 3a , p. 47. )
[ Celui qui a établi de si sages principes est le même qui a dit] : Je me couche toujours dans l'espérance de me moquer du genre humain en me réveillant. ( 7^. 80 , p, 46- )
2*^, Magie du style.
Leurs sottises rebattues , ils les déguisent sous un beau style , comme les faux monnoyeurs appliquent une feuille d'argent sur un écu de plomb. ( T. 54,/?. 175. )
Les brillantes fleurs de la poésie sont pros^ tituées , lorsqu'on les fait servir de parure et d'ornemens à l'erreur.
Voltaire faisait ces tendres reproches au poète Lucrèce :
Ah ! si par toi le vice eût été coni})attu ,
Si ton cœur pur et droit eût chéri la vertu!...
Protecteur des méchans et précepteur du criiue. Ta main de rinjustice ouvrit le vaste abîme, Y fit tomber la terre et le couvrit de fleurs.
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5% Objections à dédaigner.
Que nous importe un fatras d'objection»
puériles ; on se soucie peu qu'une araignée dans le coin d'un mur soit sur sa toile pour sucer le sang des mouches.
Berkley , par cent sophismes captieux, a prétendu prouver que les corps n'existent pas.
Il ne vaut pas la peine d'être réfuté. C'est ainsi que les Zenon et les Parménide argumentaient autrefois , et ces gens avaient beaucoup d'esprit. Ils vous prouvaient qu'une tortue doit aller aussi vite qu'Achille ; qu'il n'y a point de mouvement. Ils agitèrent cent questions aussi utiles. La plupart des Grecs jouèrent dés gobelets avec la philosophie. Bayle a été quelquefois de la bande ^ il a brodé des toiles d'araignée comme un autre. Au lieu de rompre le tissu , nous l'emporterons dans notre vol rapide , qui ne sera pas retardé par cet obstacle.
Il faut bien se donner de garde de répondre en forme à des impertinences : ce serait prier
Hercule de s'amuser à tuer un scorpion à coups de massue. { T, 77,/^. 457* )
n y a des insectes qui sont trois ans à se former, pour vivre quelques minutes. C'est le sort de la plupart des ouvrages en plus d'un genre... Ces brochures ressemblent à cette foule innombrable de moucherons qui meurent après avoir bourdonné un jour ou deux pour faire place à d'autres qui ont la même destinée... Ce bourdonnement est sagement méprisé , parce qu'il ne peut ni nuire ni choquer. (7l8o,/>. 399; t. 84,/?- t68.)
Faut-il donc ressembler aux grenouilles d'Homère ^ Implorant à grands cris le fier Dieu de la gueire , Et les Dieux des enfers , et Bellone , et Paiias , Et les foudres, des cieux , pour se venger des rats.
4", Objections nées de l'ignorance*
Otez de nombreux volumes ce fatras énorme d'outrages , que restera-t-il ? et de cç qui restera , ôtez encore ce que nous objectent l'ignorance et la mauvaise foi, il ne restera' rien. ( T. 3a,/>. 47-)
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[ Nous nous permettrons ici de citer u»
auteur qui a comljattu Voltaire avec autant de politesse que de succès, et qui se trouve comme nous d'accord avec lui. ] Il compare les philosophes à de grands enfans qui ont formé le projet de renverser un édifice religieux, que depuis quatre mille ans les efforts des hommes et les injures des temps n'avaient pu ébranler, ha. pierre dont il est bâti, la solidité de son assiette, le ciment et les métaux indestructibles qui le lient, lui promettent une éternelle durée; mille volées de coups de canon ne pourraient y faire brèche : et voilà que des enfans imaginent qu'ils vont l'abattre avec des boules de neige : encore comment s'y prennent-ils? Un second degré de folie, c'est que l'édifice est à droite, et se dressant fièrement sur leurs pieds , vomissant un torrent d'injures et de menaces,, ils lancent adroitement leurs boules de neige à gaiiche : la plupart leur retombent sur la tête , et tout le fruit qu'ils retirent de leurs efforts, c'est de s'éclabousser les uns les autres. En vérité il y a là plus à rire qu'à s'indigner.
APOLOGISTE. l8r
ART. II
OBJECTIONS MALADROITES DC LA PART DES INCnÉDOLES COMME ÉTANT TOUTES A L'AVANTAGE DE LA RELIGION.
f, Attaquer les abus dont la Religion elle - même
gémit.
Combattez avec éloquence ces abus dont nous n'avons cessé de gémir. Il n'y a rien de si innocent et de si simple dont la folie des hommes n'abuse. ( T. 44 ? P- 56. )
Dans l'abus qu'on fait de la Religion ; vous ne voyez que la démence humaine , et moi j'y vois la sagesse divine , qui a conservé cette Religion malgré nos abus. {T. 60 , /?. 1 80. )
Chez les humains , par un ahus fatal , Le. bien le plus parfait est la source du mal.
Si Part est innocent, Pahus est crimineU
On ne jette pas d'odieux sur les arts en rappelant les abus ou les effets funestes, dangereux pour les mœurs , nés de la pein-
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ture^ de la sculpture, ou de la poésie. Ce n'est pas l'art qu'il faut accuser, mais l'homme. Il faut aussi aimer la Religion et servir Dieu , malgré les cris des hypocrites , malgré les superstitions qui déshonorent souvent le culte. ( 71 46 , p* 56. ) Parce que les hommes peuvent abuser de l'imprimerie, comme on abuse de l'écriture ou de la parole, faut-il nous priver d'une invention si précieuse? J'aimerais autant qu'on nous rendît muets pour nous empêcher de faire de mauvais argumens; qu'on nous défendît de boire, dans la crainte que quelqu'un s'enivrât; ou qu'on ôtât à l'homme son sang , parce qu'il peut tomber en apoplexie : tout cela n'est autre chose qu'une méprise et une fausse coBclusion du particulier au général. ( T. l\ijP- il\&\t. 6o, p. 260. ) — On ne juge pas tous nos guerriers par la lâcheté d'un seul , et on aurait tort d'attribuer à toute une nation les -vices de plusieurs particuliers. Quelques brins d'ivraie détruisent-ils toute l'espérance de la récolte ? Une chenille qu'on nous montre dans les jardins de Versailles ou de Saint" Cloud diminue-t-elle le prix de ces chefe*
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d'o&uvre de Tart ? {T. 60 , p. 1 4 1 • ) — Pourquoi des conséquences ridicules partout ailleurs , ne seraient-elles admises que contre la Religion ?
Eh quoi ! si dans Te sang quelque main s'est trempée ,
Serait-il défendu de porter une épée?
£u coupables propos si Ton peut s'exhaler ,
Doit- on flaire une loi de ne jamais parler?
Un cuistre en son taudis compose une satire y
En ai- je moins le droit de penser et d'écrire ?
Qu'on punisse Tabus; mais l'usage est permis.
Epitre au roi de Dàneroarck.
Il est des écarts des particuliers ou même des corps, qu'on ne doit imputer qu'aux malheurs des temps. Une compagnie peut s'égarer; elle est composée d'hommes: mais aussi ces hommes réparent leurs £autes. La raison ^ la saine doctrine, la modestie, la défiance de soi-même , reviennent se mettre à la place de l'ignorance , de l'orgueil , de la démence et de la fureur. On n'ose plus condamner personne après avoir été si condamnable. ( T.l\i^p. 225.)
Hélas, nous avons tout fait servir à notre perte, jusqu'à la Religion même ! mais ce n'est pas la faute de sa morale , qui n'inspire que