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la douceur et la patience , qui n'enseigne qu'à souffrir et non à persécuter. (T. ôo^p. 1 84. ) — Telle ' est la déplorable condition des hommes que les remèdes les plus divins ont été tournés en poisons. C'est ainsi que les pratiques les plus saintement établies, deviennent quelquefois l'occasion des plus funestes abus. ( T. ij , P' io5. ) — Non ^ sans doute, ce ne fiit pas la Religion qui médita et qui exécuta les massacres de la saint Barthelemi. La Religion est humaine, parce qu'elle est divine. Elle prie pour les pécheurs , et ne les extermine pas ; elle n'égorge point ceux qu'elle veut instruire. ( T. Sa ,/;. 3i4. ) — Faut-il que les abus vous aigrissent, et que les bonnes lois ne vous touchent pas ?
La littérature est un terrein qui produit des poisons comme des plantes salutaires ; elle a été infectée de vils auteurs qui vendent des scandales à des libraires; ils entassent petits libelles sur petits libelles . qui restent comme eux dans la poussière et dans l'oubli. Ces vers de terre qui se mettent dans la littérature et qui la rongent, mais qu'on secoue et qu'on écrase , ne peuvent ni ternir le lustre , ni di-
minuer la solidité des sciences. ( T, 33,/^. 2o3.) Ainsi la science de Dieu a été profanée, on a donné de la divinité des idées absurdes , et de là on conclut contre la Religion. C'est précisément dire qu'il ne faut prendre ni quinquina pour la fièvre, ni être saigné dans l'apoplexie , parce qu'il y a de mauvais médecins. Nierez-vous la connaissance du cours des astres, parce qu'il y a eu des astrologues ; ou les effets évidens de la chimie , parce que des chimistes charlatans ont prétendu faire de l'or ? ( T. 46, /^. 12. ) Notre Religion n'en est pas moins vraie, moins sacrée, moins divine, quand il serait constant [ ce qui n'est assurément pas ] , qu'elle eût été souillée si longtemps dans le crime et rougie dans le carnage. {T. 5o,/>. 457.)
Un médecin ayant donné une dose d'émétique trop forte à des malades , ils en eurent des convulsions : mais , parce qu'on a trop pris d'un bon remède , doit-on y renoncer à jamais? ( T. t\^^p. 36.)
l86 VOLTAIRE
2", On peut s'élever contre les abusj mais il fccut toujours respecter les personnes.
Un ministère est-il moins saint quand les ministres le déshonorent? {T. ^i ^p. i5.)
Corrige le valet, mais respecte le maître.
Celui qui a fait le livre du bon sens croit avoir attaqué Dieu en attaquant les ministres de ses autels , et en cela il manque absolument de sens. Croit-il avoir anéanti le maître pour avoir redit qu'il était souvent bien mal servi? (r.58,/7.74.)
Un ministère saint les attache aux autels;
Ils approchent des cieux , mais ils sont des m ortel».
Œdipe.
5®, Cest sentir utilement la Religion que de combattre r ignorance qui la défigure.
S'il se trouvait quelqu'un assez dépourvu de bonne foi ou assez fanatique pour me dire : Pourquoi venez-vous développer nos erreurs et nos fautes ? pourquoi détruire nos
faux miracles et nos fausses légendes ? Elles sont l'aliment de la piété de plusieurs personnes; il y a des erreurs nécessaires; n'arrachez pas du corps un ulcère invétéré, qui entraînerait avec lui la dissolution du corps. Voilà ce que je lui répondrais : Tous ces faux miracles par lesquels vous ébranlez la foi qu'on doit aux véritables, toutes ces légendes absurdes que vous ajoutez aux vérités de l'Evangile, éteignent la Religion dans les cœurs.
Trop de personnes qui veulent s'instruire et qui n'en ont pas le temps , nous disent :
Les maîtres de ma Religion m'ont trompé, il n'y a donc point de Religion. D'autres ont le malheur d'aller encore plus loin : ils voyent que l'imposture leur a mis un frein , et ils ne veulent pas même du frein de la vérité. Ils penchent vers l'athéisme. On devient dépravé, parce que d'autres ont été fourbes et cruels. Voilà certainement les effets de toutes les fraudes pieuses et de toutes les superstitions.
Si les fanatiques ou les ignorans, ou des gens qui possèdent ces deux défauts à-la-fois, viennent à corrompre la religion ; si on ajoute
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des pratiques ridicules à des lois sacrées , des opinions inïpertinentes à une morale divine , le genre humain ne doit-il pas des actions de grâces à ceux qui nettoyent le temple des ordures que des malheureux y avaient amassées ? ( T. Ifi^p. 5. ) Si on a ajouté au culte de Dieu des chimères fantastiques, de fausses visions, de faux prodiges, des pratiques superstitieuses, quiconque a écrit en faveur de la Religion contre ces détestables abus , a été le bienfaiteur de la patrie. {Idem ,/>. 6. )
On remarquera que tant de bêtises dégoûtantes , dont nous sommes inondés depuis dixsept cents années, n'ont pu faire tort à notre Religion. Elle est donc divine, puisque pendant dix-sept siècles tant d'ames imbécilles et tant d'ennemis puissans et adroits n'ont pu la détruire , et nous révérerons d'autant plus la vérité, que nous mépriserons le mensonge.
4", Superstition et fanatisme.
La superstition et le fanatisme sont les deux serpens qui enveloppaient Laocoon ; tuez les
serpens , mais sans blesser celui que vous voulez défendre.
[ £n attaquant ces deux redoutables ennemis de l'humanité , combien l'incrédule sert utilement le christianisme également éloigné par sa nature des craintes imbécilles de la superstition et des fureurs du fanatisme ! ]
La Religion qui nous éclaire tient le fanatisme enchaîné sous ses pieds. Elle s'appuie sur la charité qui marche auprès d'elle suivie de la paix consolatrice du genre humain.
Je distinguai toujours de la Religion Les malheurs qu'apporta la superstition j L'Europe m'en sut gré
O superstition! tes rigueurs inflexibles , Privent d'humanité les cœurs les plus sensibles.
Tragédie d« Mahomet.
La Religion , dites- vous, a produit bien des cHmes , dites la superstition qui a régné sur notre triste globe , dites le fanatisme , le plus cruel ennemi du culte qu'on rend à IHeu.
Détestons ces monstres qui ont toujours déchiré le sein de leur mère ; ceux qui les com-
battent sont les bienfaiteurs du genre humain.
Je déteste l'infâme superstition, et je serai sincèrement attaché à la vraie Religion jusqu'au dernier soupir de ma vie. ( T, 45 ,/>. 229.)
La superstition est ày^la Religion ce que l'astrologie est à l'astronomie, la fille trèsfolle d'une mère très-sage.
[ On se persuadera aisément que nous prenons le mot superstition dans le sens généralement reçu, comme une erreur déguisée sous un masque religieux, telle que l'idolâtrie , ou ce qui peut avoir lieu au sein même du christianisme , lorsqu'on croit appaiser Dieu par des formalités. Voltaire donnait à cette expression un autre sens dont il est de toute justice de s'écarter. ]
La rouille des superstitions a subsisté encore quelque temps chez les peuples, lors même qu'enfin la Religion fut épurée. On sait que, quand M. de Noailles, évêque de Châlons, fit enlever et jeter au feu de prétendues reliques de J. C. , toute la ville de Châlons lui fit un procès; mais il eut autant de courage <jue de piété , et il parvint bientôt à faire
croire aux Champenois , qu'on pouvait faire adorer J. C. en e^rit et en vérité, sans avoir de fausses reliques dans son Eglise.
S'il y s. quelques convulsionnaires dans un coin d'un Êiubourg, c'est une maladie dont il n'y a que la vile populace qui soit attaquée. Chaque jour la raison éclairée par la vraie Religion pénètre , en France , dans les boutiques des marchands de vins , comme dans les hôtels des seigneurs. Il faut donc cultiver les fruits de cette raison , d'autant plus qu'il est impossible de l'empêcher d'éclore. On ne peut gouverner la France , après qu'elle a été éclairée par les Pascal, les Bossuety les Descartes j comme on la gouvernait du temps des Garasse et des Menot { T. 36,/?. 66. )
D*", Oest la gloire de la Religion révélée â^ avoir seule détruit toutes les superstitions de la terre.
Avant la prédication des apôtres, les superstitions les plus insensées avaient étouffé la voix de la raison. La superstition qui vient des hommes avait paru triompher de la raison qui vient de Dieu. ( T. 79,/?. i3o.)
iga VOLTAIRE
c'est une remarque digne des sages, que Cicéron qui était du collège des augures, ait fait un livre exprès pour se moquer des augures; mais ils n'ont pas moins remarqué que Cicéron, à la fin de son livre, dit qu'il faut détruire la superstition et non pas la Religion. Car , ajoute-t-il , la beauté de l'univers et l'ordre des choses célestes, nous forcent de reconnaître une nature étei^nelle et toute puissante. Il faut maintenir la Religion qui est jointe à la connaissance de cette nature ^ en extirpant toutes les erreurs de la superstition. Cicéron ne croyait parler qu'à quelques romains , il parlait à tous les hommes et à tous les siècles. ( T. 48 , /?. 36 1 . )
N'est-ce pas rendre service à l'humanité de distinguer toujours , comme j'ai fait , la Religion de la superstition; et d'avoir dit, en cent façons différentes , qu'on ne fait jamais de bien à Dieu , en fesant du mal aux hommes? ( T. 85 , p. 1^4- ) Le peuple le moins superstitieux est toujours le plus humain.
Bayle examine si l'idolâtrie est plus dangereuse que l'athéisme , si c'e»t un crime plus
grand de ne point croire à la divinité que \
d'avoir d'elle des opinions indignes. Il est en |
cela du sentiment de Plutarque , il croit qu'il ^
vaut mieux n'avoir nulle opinion qu'une mau-îvaise : mais, n'en déplaise à Plutarque, il est évident qu'il valait infiniment mieux pour les Grecs de craindre Çérès , Neptune et Jupiter , que de ne rien craindre du tout. Il est indubitable que, dans une ville' policée , il est infiniment plus utile d'avoir une*religion , même mauvaise , que de n'en avoir point du tout.
L'homme a toujours eu besoin d'un fi'ein ; et quoiqu'il fut ridicule de sacrifier aux faunes, aux sylvains , aux naïades, il était bien plus raisoQnable et bien plus utile, d'adorer ces images fantastiques de la divinité, que de se livrer à l'athéisme. Un athée qui serait raisonneur , violent et puissant , serait un fléau aussi funeste qu'un superstitieux sanguinaire.
Quand les hommes n'ont pas de notions ^ne$ de la divinité, les idées fausses y suppléent, comme dans les temps malheureux on trafique avec de la mauvaise monnaie , quand
Ï94 VOLTATRK
on n'en a pas de bonne. Le païen craignait de commettre un crime, de peur d'être puni par les faux dieux; le Malabare craint d'être puni par sa pagode. Partout où il y a une société établie, une religion est nécessaire; les lois veillent sur les crimes connus, et la religion sur les crimes secrets. (71 36 , p. 65. )
[Les torts de Voltaire sont, le premier, de s'être contredit lui-même, et de n'avoir point suivi en cette circonstance comme en plusieurs autres ces vues sages qu'il nous donne, et que nous aimons à emprunter de lui. ] Lorsqu'une fois lés hommes sont parvenus à embrasser une religion pure et sainte, la superstition devient non-seulement inutile, mais très - dangereuse. On ne doit pas chercher à nourrir de gland ceux que Dieu daigne nourrir de pain. (T. 36 , /?. 65. )
Un second tort de l'homme célèbre est d'avoir voulu substituer à l'Evangile une religion de philosophes, qui de son aveu n'est pas faite pour les hommes. ( T, Ifi^p. i49-) Il n'a pas suivi les conseils du roi de Prusse, qui lui écrivait : « Croyez que si des philosophes fondaient un gouvernement et établis-
A.POLOGISTE, igS
saient une religion philosophique , qu'au bout d'un demi-siècle le peuple^ se forgerait des superstitions nouvelles , et qu'il attacherait son culte à un objet quelconque qui frapperait les sens , ou il se forgerait de petites idoles , ou il révérerait les tombeaux de ses fondateurs , ou il invoquerait le soleil ; ou quelque absurdité pareille l'emporterait sur le culte pur et simple de l'être suprême. La superstition est une faiblesse de l'esprit humain , elle est inhérente à son être : elle a toujours été , elle sera toujours. Les objets d'adoration pourront changer comme vos modes de France, mais la superstition est la même , et la raison n'y gagne rien. ( T. 86,/?. au.) - [La révolution française, cette oeuvre de la philosophie , a prouvé sensiblement que la raison perd tout , lorsque la voix de VEsnin* gile cesse de se faire entendre.
On le demande aux hommes les moins religieux : quel langage se faisait entendre du haut de nos chaires de vérité devenues des tréteaux philosophiques ? chaque parole était . un désaveu de la raison , un outrage à la rai» son» Quels objets avons-nous substitués k celui
de notre culte ? On offrait à l'arbre de la liberté rhomipage qu'on refusait à la. croix qui a sauvé le genre humain, et Marat, l'infâme Marat, recevait l'encens qui ne brûlait plus pour le Dieu du ciel et de la terre.}
Le tort des disciples de Voltaire est de n'avoir point su distinguer comme lui l'infâme superstition, fille de l'ignorance et mère de l'hypocrisie , de cette religion sage ^ édairée , indulgente , fiUe du ciel et mère de toutes les vertus. ( y. 60 , p. i4o. )
Comment ont été regardées de tous les hommes instruits les superstitions qm ont constamment régné en l'absence de la Religion. Voltaire répond : Le terme de èétes donné à ces msutres d'erreur, serait-il trop fort, et si ces maîtres se servaient [comme ont £ût les révolutionnaires] ^ de la force et de la persécution pour faire régner leur ignorance insolente , le terme de bétes farouches serait-il déplacé? (r. 36, p. 69.)
De toutes les superstitions , la plus dangereuse, n'est-ce pas de haïr et de persécuter son prochain pour ses opinions? ( T, 36 ,/>. 69.) I^ superstitieux devient enfin fanatique ^ et
cVst alors qne son zèle est capable de tous les crimes. ( T. 4^ ?/^- 1^2. )
O mon Dieu ! écartez de nous l'erreur de l'athéisme qui nie votre existence, et délivreznous de la superstition qui l'outrage et qui rend la nôtre affreuse ( 71 4^ ^P* i33. )
6**, J7/1 nouveau bienfait de la Religiorp , est d'avoip détruit ces superstitions qui dégénèrent en Jana-tisme, ^
Que les persécuteurs soient en horreur au genre humaiil , que tout homme juste travaille , chacun selon son pouvoir^ à écraser le fanatisme, et à ramener la paix que ce monstre bannirait des royaumes , des familles et du cœur des malheureux mortels. Que tout père de famille exhorte ses enfans à la loi de la^ charité. ( 71 34, p. 89.)
[Qui ne reconnaît ici le langage de saint Jean , répétatit sans cesse : Mes chers enfans , aimez - vous les uns les autres, c'est le pré-, cep te du seigneur, et il suffit s'il est bien observé. Il est donc vrai que les incrédules, lorsqu'ils annoncent des vérités utiles, ne sont riches que des dépouilles de h deUgion. ]
J'ose me flatter que si les plus grands enne^ mis de la Religion chrétienne nous entendaient dans nos temples où l'amour de la vertu nous rassemble , s'ils étaient témoins de notre douce et innocente simplicité , ils cesseraient de nous reprocher un fanatisme absurde. {T. 4i> p. i6o. )
Le fanatisme est l'effet d'une fausse conscience qui asservit la Religion aux caprices de l'imagination et aux déréglemens des passions. Si notre sainte Religion a été quelquefois . corrompue par cette foreur infernale, c'est à la folie des honmies qu'il: faut s'en prendre.
Ainsi du plumage qu'il eut
Icare pervertit Tusage;
Il le reçut pour son salut ,
Il s'en servît pour son dommage.
Berteaii , évèque de S^&. T. 6t , p. 279.
C'est ce fanatisme toujours teint de sang qui produbit la journée infernale de la SaintBarthelemi, et remarquez que c'est dans ce temps affreux que les hommes étaient le plus abandonnés à la démence de la magie toujours compagne de la foreur, comme une
maladie épidémique en amène d'autres , et comme la guerre produit souvent la peste.
{T. ^î^p. ao.)
C'est la Religion qui a inspiré et Hennuyé, évêque d'Evreiix , et le cardinal de Coislins , évéqiie d'Orléans^ qui dans des temps différens ont montré le même zèle à défendre les protestans contre leurs persécuteurs.
Si l'on accusait la Religion de ces querelles sanguinaires dont elle fut le prétexte , et de ces guerres .intestines qui couvrirent de cadavres la France entière pendant plus de quarante années ; c'est alors qu'il faudrait avouer que ce fut un effroyable abus de la Religion qui arma les mains qui commirent les meurtres de la Saint-Barthelemi.
Convenons que Catherine de Médicis et ceux qui conseillèrent ces massacres , n'avaient pas plus de Religion que celui qui en voudrait diminiuer l'horreur.
Qui oserait défendre une si détestable cause ? oui , ce fanatisme arma la moitié de la France contre l'autre; oui, il changea en assassins ces Français aujourd'hui si doux et si polis; qui s'occupent gaiement d'opéra-
comiques et de brochures. Il faut le redire cent fois ; il faut le crier tous les ans le *xl\ auguste , ou le 24 août, afin que nos neveux ne soient jamais tentés de renouveler les crimes de nos détestables pères- (T. 3a , />. 3 1 3. )
[Ce que Voltaire ne dit pas, mais ce quef nous avons vu , c'est que ces crimes se sont renouvelés le a septembre, et dans tant d'autres circonstances, sous le règne de l'impiété. Dans ce siècle , on s'est rendu coupable de massacres commis de sang froid. On laissa alors au peuple fanatique et barbare, le soin de choisir ses victimes : le frère pouvait assassiner son frère , le fils plonger le couteau dans le sein de son père. De nos jours, ce furent des juges qui devinrent assassins, et les tribunaux révolutionnaires commandèrent les noyades de Nantes , les mitraillades de Lyon. Ils alimentèrent dans les grandes villes, les échafauds chaque jour rougis du sang le plus pur. Foilà ce qu'il faut redire cent fois , il faut le crier tous les ans , €ifin que nos neveux ne soient jamais tentés d'applaudir aux maximes de r impiété.
Il n'est pas possible de savoir le nombre de
APOLOGISTE. aOÏ
ceux qui périrent au jour de la Saint-Barthelemi. Tel auteur exagère, tel autre diminue , personne ne compte. Mais , ce qui est certain , c'est que les massacres révolutionnaires eurent lieu pendant plusieurs années, et il est impossible dé calculer le nombre des victimes.
C'est le fanatisme, toujours teint de sang, qui produisit les journées infernales , ou les massacres de septembre, et remarquez que dans ces temps affreux on avait secoué le joug de la Religion pour embrasser cette déiûence de l'impiété, toujours compagne de la fui^ur. .
Voltaire voulait persuader que les sectes des philosophes étaient exemptes de cette peste du fanatisme , et que la philosophie en était le remède; mais qu'il a été cruellement démenti par celle du dix - hui*tième siècle, lorsqu'elle est devenue triomphante et qu'elle régnait en France avec son sceptre de fer , tenant en main ce glaive toujours levé pour moissonner tout ce qui excellait en vertus ou se distinguait par ses talens et ses richesses. ,
Toutes les horreurs de vingt siècles précé-
aOli VOLTAIRE
dens , renouvelées plusieurs fois dans un seul ^ des hommes sans défense égorgés, un roi jugé, condamné et mis à mort par ses sujets , le fanatisme irréligieux, établissant un gouvernement révolutionnaire, ayant des tribunaux révolutionnaires , une armée révolutionnaire , des hommes violant ouvertement toutes les conventions divines et humaines , sacrilèges , usurpateurs, tyrans, bourreaux et parricides; voilà l'histoire de la philosophie , telle qu'elle $'est montrée dans les jours de sa puissance.
C'est Mahomet qui a dit : Allez et forcez.
Que l'Evangile tient un autre langage ! allez , dit-il , et enseignez. Si Ton a abusé de ces paroles, contraignez-les d'eAtrer^ c'est qu'on en a altéré le sens , c'est qu'on a mis en oubli les exemples de J. C. et la pratique constante de tous les vrais chrétiens. ]
Si des ignorans trouvent dans l'Evangile quelques paraboles dont le sens puisse être détourné en faveur de le^rs passions , par quelque interprétation frauduleuse, ils s'en saisissent comme d'une enclume sur laquelle ils forgent leurs armes meurtrières.
Est -il parlé de deux glaives, ils s'arment
de cient glaives pour frapper. ( T. 4i > p. i63. )
C'est sur de telles équivoques qu^on s'est fondé si souvent pour désoler la terre. Il en est de même de ces paroles m Je ne suis pas venu apporter la paix , mais le glaive. » Combien l'ambition en a abusé. (T. ^i,p. i64* )
[ Il est vrai que J* C. dit : qu'il est venu exei^ ter une guerre sur la terre, mais il entend parler du combat contre nos passions , et il nous met entre Les mains ces armes qui n^ blessent que poi^r guérir. Si J. C. prédit la guerre que les infidèles doivent faire à ses disciples , en cette guerre toute la violencç a été de la part des infidèles , les chrétiens^ ne savent que souffrir sans résister.
Ce ne fut jamais le glaive à la main qu'on fit des prosélytes. C^arlemagne crut à ce moyen de succès. Il s'eil servit contre les Saxons; il ne tarda pas à y renoncer. Il ne s'agit ici que des douces et puissantes insinuations de la charité et de ses aimables instances. J. C. nous a recommandé de conserver la simplicité dé kl colombe et la douceur de l'agneau. Comment donc nous prêter les serres du vautour,
<îomment armer de cornes menaçantes le front d'un agneau ? Tout zèle pour la vérité,^ qui n'est pas charitable ^ à dit saint François de Sales , procède d'une piété qui n'est pas véritable.
C'est un hommage qu'il faut rendre à l'Evangile , elle est la seule religion qui soif de Dieu, et la seule qui se soit établie malgré les bourreaux. }
Il faut une religion 'aux hommes, l'ame demande cette nourriture; mais pourquoi la changer en poison ? ( 21 45,/>. a lo. ) — Ce furent ceux qui ont étouffé la simple vérité sous un amas d'indignes mensonges , qui ont sou tenu ces mensonges par le fer et par les flammes. ( Idem. )
La jurisprudence du fanatisme est quelque chose d'exécrable, c'est une fureur monstrueuse. Tandis que la vraie religion adoucit les mœurs , et que par elle les lumières s'étendent, les ténèbres s'épaississent par la superstition , et le fanatisme endurcit les âmes*- (r. 78,/?. 23a.)
Ce sont presque toujours des fripons quî conduisent les fanatiques et qui mettent le
APOLOGISTE. aoS
poignard entre leurs mains. Les païens ont été meurtriers des chrétiens, au nom de leurs faux dieux. ( T. k^^tp- ao. ) C'est donc une religion ou fausse ou mal entendue , qui devient une fièvre que l'occasion fait tourner en rage. Le propre du fanatisme est d'échauffer les têtes. Quand le feu qui fait bouillir les cervelles superstitieuses a fait tomber quelques flammèches dans une ame insensée, il la rend atroce. On connaît bien mal l'esprit humain , si l'on ignore que le fanatisme rend la populace capable de tout. (71 3 1 , /?. 1 1 3. )
Enfant d^natur^ de la Religion , Arme pour la dëfendre , il cherche à la détruire , £t reçu dans son sein, Pembrasse eX le déchire. C'est lui qui dans Raba , sur les bords de TArnon , Guidait les descendans du malbeureux Ammon, Quand à Moloch leur Dieu , des mères gémissantes , Offraient de leurs enfans les entrailles fumantes.
C'est lui qui de Calchas ouvrant la boucbe impie , Demanda par sa voix la mort d'Ipbigénie.
France , dans tes forêts il habita longp-temps : A Vaffreux Tentâtes il offrit ton encens.
Tu n'as point oublié ces affreux homicides, Qu*à tes indignes Dieux présentaient tes druides.
lo6 VOLTAIRE
Du haut du Capitole il criait aux pa'iens:
Frappez, exterminez^ déchirez les chrétiens.
Dans Londre il a formé la secte turbulente , Qui sur un roi trop faible a mis sa main sanglante.
T. lo, p. I20.
ART. III
i", Cif qu'il faut penser des ennemis de la Religion,
J'ai toujours fait une prière à Dieu qui est tort courte; la voici : Mon Dieu, rendez mes ennemis bien ridicules. ( T. 78 ,/?. 4o4- ) [Voltaire a prié, c'est nous qui avons été exaucés.]
\ « , C'eft un grand bonheur d'avoir des ennemis qui ne savent pas mentir avec esprit. {T,SS, p. 1 96 . )
Les incrédules forment une suite continuelle de faussaires qui n'ont guère écrit que des œuvres de mensonge. Nous l'avouons avec douleur , c'est de ces mensonges que les jeiines gens se nourrissent. Leurs maîtres savent bien qu'ils n'ont rien à répondre à nos preuves , aussi n'y ont-ils jamais répondu; et quand ils sont forcés d'en dire quelques mots , ils pas-
sent rapidement sur toutes ces démonstrations; ils font comme ces déserteurs prussiens qui courent de toutes leurs forces, quand ils passent par les verges ; ils se jettent ensuite au plus vite sur les abus , comme dans un désert couvert d'épines et de bruyères , dans lesquelles ils croyent qu'on ne pourra pas les suivre; ils pensent s'y sauver. ( T. k'^^p» 177)
2", Ennemis dignes de quelque compassion pour
leur faiblesse ,
Un incrédule, c'est Jeannot Lapin qui croit être un foudre de guerre. ( T. 76. )
Tel qui se croit un grand homme est le géant Micromégas dont on peut dire : Je vois plus que jamais qu'il ne faut juger de rien sur la grandeur apparente : il y a un petit nombre de sages connus qui ont un esprit supérieur à celui de ces superbes animaux qu'on appelle philosophes. ( Micromégas. )
On perd la raison comme on a perdu la foi, on tombe d'abime en abîme, ainsi que de ridicule en ridicule. On perd son ame eh
:^o8 VOLTAIRE
s^ faisant moquer de soi. Ah ! mon frère , que ne puis^je t'aider à te convertir, à tè rendre raisonnable et modeste comme on doit l'être , et à te sjauver des sifflets dans ce monde et de la damnation dans l'autre. (71 Sg,/?. 1117.)
5*, Ennemis, maladroits ; ils nous sont Utiles et nous
servent sans nous aimer.
Cet arbre sacré qui porte de si beaux fruits, ils le rendent plus fécond en élaguant ses branches mortes, et en nettoyant sa mousse.
C'est sans doute travailler utilement que de purifier un métal précieux de la rouille qui l'obscurcit et le ronge ; c'est servir la religion et la patrie , c'est même s'occuper avec intérêt de la gloire de l'auteur , puisqu'on rend alors ses ouvrages dignes de la bibliothèque des honnêtes gens.
C'est entrer dans ses vues; car Voltaire a dit : J'ai perdu le temps de mon existence à composer un énorme fatras dont la moitié ja'aur£Ût jeûnais du voir le jour.
Entre nos ennemis, les uns sont des serpens , et les autres des ours; mais tous peuvent devenir utiles. On fait de bon bouillon de vipères, et les ours fournissent des manchons.
C'est une chose aussi amusante qu'utile de rassembler les principales impertinences de tous ces polissons, de recueillir toutes leurs' imbécilles méchancetés ; c'est les pendre avec les cordes qu'ils ont filées*. {T. 80 , p. aSa.)
[ La tolérance de Voltsûre lui permettait ces expressions qui nous sont interdites. ]
De la fange la plus grossière , Oo tiÀl souvent naître de« fleur», Quand le Dieu brillant des nt;uf soeui*» , Les frappe d'un trait de lumière.
Vers la vérité le doute les conduit et sert à raffermir notre foL ( T. 83,/?. 68.)
Les poisons les plus mortels peuvent se tourner quelquefois en nourriture bienfaisante. ( r. 34 , P' 38o. )
tlO VOLTAIRH
Ouvrez les yeux, le diable vous attrape;
Car vous avez pour dous servi la uuppe ,
Sans y penser*.
Ils ont mis des pierres les unes à côté des autres, mais ces pierres leur retombent sur le nez et les écrasent. (T. 83, p. 355. )
ART. IV
Méthode pour dépendre la Religion , proposée par ses
ennemis mémes^ i
I®, Un bon petit catéchisme imprimé à nos frais par un inconnu, dans un pays inconnu, donné à quelques amis qui le donnent à d'autres; voilà ce qui porte des fruits dans son temps*.
Oh ! si quelque galant homme écrivant avec pureté et avec force, donnant à la raison les grâces de l'imagination, daignait consacrer un mois ou deux à éclairer le genre humain! C'est ce vœu de Voltaire, que cet ouvrage, qui est tout de lui, remplit si parÊûte-* ment.
APOLOGISTE. 21 f
!ï% En combattant Terreur, rendons justice
au mérite. (71 4^^ > P* .^64- )
Si vous vouliez être véritablement utiles à.
vos frères, nous vous exhorterions à écrire sagement contre ceux qui se sont écartés, de la religion chrétienne; mais en les réfutant , que ce soit avec sagesse et charité.
Faites quelques pas vers eux , afin qu'ils vien-.
nent à vous. ( 71 4^ > P* ^^64. )
Nous n'approuvons pas un zèle amer, nou»
condamnons les invectives . dans un sujet qui mjérile la plus sérieuse attention. Nous sommes forcés de convenir que des raisons méritent Fexamen le plus réfléchi. Nous ne voulons examiner que la vérité , et nous comptons pour rien les injures atroces que les deux partis vomissent l'un contre l'autre. {Idem.) ,
[ Le célèbre auteur n a pas suivi la règle sage qu'il nous donne. Il injurie les défeiseurs de vérités utiles et nécessaires , et c'est alors qu'il condamne^ et avec raison, ceux qui injurient les propagateurs d'erreurs funestes et désasr treuses. ]
En parlant contre les incrédules*, ne les. irrifonâ pas ; ce sont des malades en délire qui
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veulent battre leur médecin. Adoucissons leurs mâux, ne les aigrissons jamais, et faisons cou-^ 1er goutte à goutte dans leur ame ce baume divin de la vérité qu'ils rejetteraient avec horreur, si on le leur présentait à pleine coupe. {T. 4i,/?. i66.)
Que peuvent penser un prince appHqué, un magistrat chargé d'années , un philosophe qui aura eu le malheur d'embrasser une lausse doctrine par les illusions d'une sagesse trompeuse , quand ils verront tant d'écrits ou on les traite de cerveaux évaporés, de petits maîtres , de gens à bons mots et à mauvaises mœurs? Prenons garde que le mépris et l'indignation que de pareils écrits leur in^irenl, ne les affermissent dans leurs sentimens.
T. 4^^,/?. la.
J'ai souvent recherché ce qui pouvait déterminer tant d'écrivains modiemes à déployer autant de haine contre le christianisme. Queljques-uns m'ont répondu que les écrits des nouveaux apologistes de notre religion les avaient indignés; que si ces apologistes avaient écrit avec la modération qufe leur cause devspt inspirer , on n'aurait pas pensé à s'élever
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contre eux ; mais que leur bile donnait de la bile, que leur colère faisait naître la colère, que le mépris qu'ils affectaient pour les philosophes excitait le mépris ; de sorte qu'enfin il est arrivé entre les défenseurs et les ennemis du Christianisme , qu'on a écrit de part et d'autre avec emportement, et mêlé les outrages aux argumens. ( T. 6a , /?. 67.)
Il est bien difficile de subjuguer un homme vertueux qui s'est Éaiit de fausses idées de la religion; essayons de le dompter par sa^ vertu même. Nous lui dirons : Vous êtes juste , vous êtes bienfaisant; les pauvres avec vous cessent d*être pauvres ; vous conciliez les querelles de vos voisins ; l'innocence opprimée trouve en vous un sûr appui. Que n*exercezvous le bien que vous faites, au nom de J. C. qui l'a ordonné, et qui vous en récompensera? (71 6o,/?.*i85.)
Un moyen de persuasion , et peut-être le plus puissant de tous, c'est de faire connaître la Religion telle qu'elle est , dégagée de toute pratique superstitieuse, ennemie du fanatisme, . et la plus tendre amie de l'humanité.
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ART. V
Défense noble et abrégée de la Religion,
Cicéron fut admiré par le peuple romain le jour qu'à l'expiration de son consulat, étant obligé de Êiire les sermens ordinaires, et.se préparant à haranguer le peuple selon la coutume, il en fut empêché par le tribun Métellus qui voulait l'outrager. Cicéron avait commencé par ces mots : Je jure ; le tribun l'interrompit, et déclara qu'il ne lui permettait pas de haranguer. Il s'éleva un grand murmure. Cicéron s'arrêta un moment; et renforçant sa voix noble et sonore, il dit pour toute harangue : Je jure que j'ai sauvé la patrie. L'assemblée enchantée s'écria : Nous juron* qu'il a dit la vérité. ( T. t\^^p. SaS. )
[ C'est dans ce sens qu'un homme de bien, attaqué par des incrédules , se contenta de dire: Je suis heureux, la religion fait mon bonheur; qui de vous peut en dire autant? ]
On est un grand sot d'affaiblir une bonne cause par des faussetés, et de détruire l'effet dès raisons convaincantes par leur liaison
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avec des raisons pitoyables. ( T. 8i,p. aaa. ) Toute fraude est impie, et c'est un crime de soutenir la vérité par le mensonge. (T. 2^^ p. 290. )
C'est une très-grande sottise dé joindre à la' religion des chimères qui la rendent ridicule. On risque de Fanéantir dan^ des esprits faible^ et pervers , quand on déshonore par des absurdités ce. qu'on leur enseigne. (Jl 34, p. i4o.)
Daignerez - vous accabler un fou par des raisons ? Faites comme celui qui , pour toute réponse à des argumens contre le mouvement, se mit à marcher : répondez par des faits. ( T. 89, /7. 129. )
Il ne s'agit pas de disputer avec les gçns entêtés , la contradiction les. irrite toujours au lieu de les éclairer. Ils se cabrent, ils vous prennent en haine. Jamais la dispute n'a convaincu personne ; on peut ramener les hommes en les faisant penser par eux-mêmes,, en paraissant douter avec eux^ en les conduisant comme par la main , sans qu'ils s'en aperçoivent- Un bon livre qu'on leur prête et qu'ils lisent à loisir, fait bien plus souvent son effet; parce
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qu'alors ils ne rougissent point d'être subjugués par la raison supérieure d'un antagoniste. Cette méthode est ia plus sûre, et on y gagne encore l'avantage de se procurer le re* pos. ( T. 76. )
On ne s'entend jamais en disputant de vive v,oix. Un des contendans s'explique mal; l'autre répond plus mal encore ; un faux argument est réfuté par un argument pluraux. Les disputes dans les écoles ontlong-temps perverti la raison humaine. ( T. 46,/^. 334- )
Espérance de conxfersion que donnent les incrédules.
Nous voyons avec une extrême satisfeiction admettre un Dieu juste qui punit, qui récompense et qui pardonne. Les vrais déistes ré-* vèrent cette base de la Religion de J. C. Point de Religion sans la sincère adoration d'un
Dieu unique. ( 71 4^ ? P* ^^64. )
Où serait la logique de prétendre que tous les théistes sont athées? Adorer un Dieu , est-ce n'en point reconnaître? ( Idem, )
Les philosophes adorateurs d'un Dieu , d'accord avec nous dans ce grand principe.
doivent enseigner les mêmes vertus que nous.
{T. 4^,/?. la et 14.)
Qu'ils reconnaissent devoir à nous seuls la
destructicHi de Tidolatrie , et cette adoration
d'un seul Dieu qui leur est si justement cher;
qu'ils reconnaissent recevoir de nous de puis-
sans secours pour pratiquer ces vertus qu'ils
enseignent comme nous ; qu'ils n'ignorent
pointqueleChristianisme a enseigné à la terre
des vertus absolument inconnues avant lui.
Ceux qui sfe disent déistes, et qui le sont
rédlement , sont bien près de recevoir nos
vérités. Ils avouent tous que notre Religion
est plus sensée que celle des païens*. Ne les
éloignons donc pas, nous qui sommes les seuls
capables de les ramener ; ils veulent qu'on
soit soumis aux puissances , qu'on traite tous
les hommes comme des frères ; nous pen sortis
tle même; agissons donc avec eux comme des
parens qui ont seuls entre les mains les titres
de la famille, et qui les montrent à ceux qui
«avent seulement qu'ils ont le même père^
maia^ qui n'ont pas les papiers de la maison.
Un déiste est un homme qui est de la re-
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ligion d'Adam, s'il entend parler d'Adam avant son péché. Jusque -là* il est d'accord avec nous. Disons-lui : Vous n'avez qu'un pas à faire, reconnaissez cette chute de l'homme dont vous trouvez les preuves en vous-mêmes; croyez à un médiateur , au réparateur de notre nature dégradée; de-là, passez à la religion de Noé, aux préceptes donnés à Abraham; passez à celle de Moïse , à celle du Messie. Vous aurez un fil qui vous conduira dans ce grand labyrinthe depuis la création du monde jusqu'à l'année 1752. S'il nous répond qu'il a lu tous ces grands hommes, et qu'il aime mieux être de la religion de Cicéron qui croyait aux ^augures , nous. le plaindrons, nous prierons Dieu qu'il l'éclâire, et nous ne lui dirons point . d'injures. Prêchons , et surtout pratiquons une morale plus pure que celle des philosophes, de ceux même qui sont adorateurs d un Dieu d'accord avec nous sur ce grand principe.
C'est ainsi qu'en combattant pour la cause du Christianisme , nous cesserons d'employer des armes odieuses*. ( T. l\i 9 p* i4« )
[Ce n'est pas un faible triomphe d'enlever , comme nous venons de le faire , Voltaire
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à Fincrédulité. Cette secte eût dû périr dans le sang et dans les larmes qu'elle a fait verser avec tant d'abondance aux jours de sa puisisance. Mais elle va perdre son chef le plus distingué. Ce n'est pas que Voltaire ne se soit permis, particulièrement dans sa vieillesse, des sarcasmes pleins de blasphèmes et d'impiété; mais d'après tout ce que nous venons de citer de lui avec tant de fidélité, nous poupons dire qu'il mentait à son propre cœur.
Assurément il n'est pqint impie lorsqu'il s'élève contre les abus dont la Religion ne cesse de gémir : L'abus , quand il touche à l'autel , a dit Servan , a-t-il le droit d'asile, refusé même au crime, qui l'embrasse? ( T. 3, j9. i45. )
Nous venons de voir le chef reconnu de l'incrédulité, faire aimer la Religion d'après ses bienfaits , la faire connaître dans les preuves de sa divinité, et être son apologiste; il va devenir son défenseur. ]
aaO VOLTAIRE
^âfïttt ^^<nxum<.
Voltaire défenseur de la Religioo.
Si je ne consumais pas les derniers jours de ma vie à une nouvelle édition du siècle de Louis XIV ; si je n'épuisais pas le peu de forces qui me restent à élever ce monument à la gloire de ma patrie, je réfuterais tous les livres qu'on fait chaque jour contre la religion.
Ce projet de Voltaire , il l'a exécuté en partie, et nous en donnons des preuves dans les philosophes irréligieux condamnés par lui.