‹ Voltaire apologiste de la religion chrétienneChapitre 19 sur 23 · SUA LA. PAIX PERPSTUELLB · texte numérisé non relu

SUA LA. PAIX PERPSTUELLB

Nous, empereur de la Chine , nous sommes fait représenter, dans Bott^e conseil d'étîat, le» mille et une brochures qu'on débite journellement dans le renommé village de Paris, pour l'instruction de l'univers. Nous avons remarque avec une satisfaction impériale , qu'oti imprime plus de petisées , ou £açons de penser*, ou expressions stihs petisées, dans ledit vil^ lage situé sur ledit ruissteau de la Seine, contenant environ 5oo,ooo plaisans, ou gens voulant l'être , qu'on ne fabrique de porcektiiies dans notre bouV^g de Kingtzin sur le fleuve Jaune, lequel bourg possède le double d'habitans , lesquels ne sont pas la moitié si plaisans que ceux de Paris.

Nous avons lu attentivement la brochure de notre ami Jean Jacques, citoyen de Genève,

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lequel Jean-Jacques a extrait un projet cfe paix perpétuelle du bonze Saint-Pierre, lequel bonze Saint-Pierre l'avait extrait d'un clerc du mandarin marquis deRosny, duc de Sully, excellent économe, lequel l'avait extrait du creux de son cerveau.

Nous avons été sensiblement affligé de voir que dans ledit extrait rédigé par notre amé Jean-Jacques, où l'on expose les moyens faciles de donner à l'Europe une paix universelle, on avait oublié le reste de l'univers, qu'il faut toujours avoir en vue dans toutes ses brochures. Nous avons connu que la mo.

narchie de France, qui est la première des monarchies, l'anarchie d'Allemagne, qui est la première des anarchies , l'Espagne , FAngleterre, la Pologne, la Suède, qui, suivant leurs historiens, sont chacune en son genre, la première puissance de l'univers , sont toutes requises d'accéder au traité de Jean-Jacques.

Nous avons été éd?fié de voir que notre chère cousine l'impératrice de toute Russie, était pareillement requise de fournir son contingent. Mais grande a été notre surprise impériale, quand nous avons en vain cherché

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notre nom dans la liste. Nous avons jugé qu'étant si proches voisins de notre chère cousine, nous devions être nommés comme elle; que le grand-turc , voisin de la Hongrie et de Naples, le roi de Perse, voisin du grand- turc, le grand Mogol, voisin du roi de Perse, ont pareillement les mêmes droits , et que ce serait faire au Japon une injustice criante de Toublier dans la confédération générale.

Nous avons pensé de nous-mêmes , d'après l'avis de notre conseil, que si le grand-turc attaquait la Hongrie, si la Diète europaine, ou européenne, ou européane, ne se trouvait pas alors en argent comptant; si tandis que la reine de Hongrie s'opposerait au Turc vers Belgrade , le roi de Prusse marchait à Vienne , si les Russes pendant ce temps-là attaquaient la Silésie, si les Français se jetaient alors sur les Pays-bas , l'Angleterre sur la France , le roi de Sardaigne sur l'Italie, l'Espagne sur les Maures, ou les Maures sur l'Espagne ; ces petites combinaisons pourraient déranger la paix perpétuelle.

Notre accession étant donc d'une nécessité absolue , nous avons résolu de coopérer de

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toutes nos forces au bien général, ce qui est évidemment le but de tout empereur , cp^ime de tout faiseur de brochures.

A cet effet, ayant remarqué qu'pi^ avait oublié de nommer |a ville dans laquelle les plénipotentiaires de l'univers dpivent s'assembler , nous avons résolu d'en bâfir une sfins délai. Nous nous sommes fait représenter \e plan d'un ingénieur de sa majesté le roi dç Narsingue , lequel proposa , il y a quelques années, de creuser un trou jusqu'au centre de la terre , pour y faire des expériences de physique : notre intention étant de perfectionner cette idée, nous ferons percer le globe de part en part. £t comme les pl^ilospphes les plus éminens du viUage de f^^ris, sur le ruisseau dit la Seine , croiept que le npyau du globe est de verre; qu'ils l'ont écrit, et qu'ils ne l'auraient jam^s écrit s'ils n'en avaient été sûrs , notre ville de 1^ Diète de l'univers sera toute de cristal , et recevra continuellement le jour par un bout ou par uii autre j de sorte que la conduite des plénipptentiaires sera toujours éclairée.

Pour mieux afjfermi^ l'ouvrage de la paix

perpétuelle, nous aboucherons ensemble dans notre ville transparente, le grand Lama, le Mupthi, qui seront tous aisément d'accord; nous terminerons tout d'un temps, les anciens procès de la justice ecclésiastique et séculière, du fisc et du peuple , des nobles et des roturiers , de l'épée et de la robe , des maîtres et des valets, des maris et des femmes, des auteurs et des lecteurs.

Nos plénipotentiaires enjoindront à tous les souverains de n'avoir jamais aucune querdle, sous peine d'une brochure de Jean -Jacques pour la première fois, et d'un bah de l'univers pour la seconde.

Nous prions la république de Genève et celle de Saint-Marin, de nommer conjointement avec nous le sieur Jean- Jacques , comme pour premier président de la diète^ attendu que ledit sieur ayant déjà jugé les rois et les républiques sans en être prié, il les jugera tout aussi bien quand il sera à la tête d'une chambre; et notre avis est qu'il soit payé régulièrement de ses honoraires sur le produit net des actions des fermes , des billets de loteries et de ceux de la compagnie des

Indes de Paris, qui sont les meilleurs effets de l'univers. Priant le Tien qu'il ait en sa sainte garde , ledit Jean- Jacques , comme aussi le sieur Volmar et la demoiselle Julie.

Donné à Pékin, le premier du mois de Hi han, Tan 1,898,436,500 de la fondation de notre monarchie. ( T. Sg,/?. 80 et 90.)

L'homme est né pour la société.

Tous les hommes qu'on a découverts dans les pays les plus incultes et les plus afïreux , vivent en société , comme les castors, les fourmis, les abeilles et plusieurs autres espèces d'animaux.

On n'a jamais vu de pays où la mère méconnût ses enfans après les avoir élevés, où l'on vécût sans famille et sans aucune aociété. Quelques mauvais plaisans ont abusé de leur esprit jusqu'au point de hasarder le paradoxe étonnant, que l'homme est originairement fait pour vivre seul comme un loup cervier, et que c'est la société qui a dépravé la nature. Autant vaudrait-il dire que dans la mer les harengs sont originairement £siits pour nager

isolés , fet que c'est par un excès de corruption qu'ils passent en troupe de la mer glaciale sur nos cotes; qu'anciennement les grues volaient en l'air chacune à part, et que par une violation du droit naturel elles ont pris le parti de voler en compagnie. L'instinct de l'homme , fortifié par la raison , le porte à la société comme au manger et au boire. Loin que le besoin de la société ait dégradé l'homme, c'est l'éloignement àe la société qui le dégrade. Quiconque vivrait absolument seul, perdrait bientôt la faculté de penser et de s'exprimer ; il serait à charge à lui-même , il ne parviendi*ait qu'à se métamorphoser en béte. L'excès d'un orgueil impuissant , qui s'élève contre l'orgueil des autres, peut porter une ame mélancolique à fiiir les hommes. C'est alors qu'elle s'est dépravée. Elle s'en punit ellemême. Son orgueil feit son supplice; elle se ronge dans la solitude du dépit secret d'être méprisée et oubliée y elle s'est mise dans le plus horrible esclavage pour être libre.

( 71 5^ , p. 3oa. )

On a franchi les bornes de la folie ordinaire jusqu'à dire, que l'indifférence cruelle

qui détache l'homme de son épouse , et le père de ses enfans, était le véritable instinct de la nature. Je dis à l'auteur de ces paradoxes :

Tout cela est exécrable, mais heureusement rien n'est plus faux. Si cette indifférence barbare était le véritable instinct de la nature , l'espèce humaine en aurait presque toujours usé ainsi. L'instinct est immuable; ses inconstances sont très-rares. Le père aurait toujours abandonné la mère , la mène aurait abandonné ses enfans, et il y aurait bien moins d'hommes sur la terre qu'il n'y a d'animaux carnassiers : car les bêtes farouches, mieux pourvues, mieux armées , ont un instinct plus prompt, des moyens plus sûrs , et une nourriture plus assurée que Uespèce humaine.

Notre nature est bien différente de l'affreux roman que cet énergumène a fait d'elle.

Excepté quelques âmes barbares entièrement abruties , ou peut-être un philosophe plus abruti encore, les hommes les plus durs aiment par un instinct dominant et la mère et l'enfant qui n'est pas encore né.

L'instinct des charbonniers de la foret noire leur parle aussi haut , les anime aussi forte-

ment en faveur de leurs enfans, que Tinstinct des pigeons et des rossignols les force à nourrir leurs petits. On a donc bien perdu son t^ps à écrire ces fadaises abominables.

Le grand défaut de tous les livres à paradoxes n'est-il pas de supposer toujours la nature autrement qu'elle n'est ?

Le même auteur ennemi de la société, semblable au renard sans queue qui voulait que tous ses confrère» se coupassent la queue, s'exprime ainsi d'un style magistral :

« Le premier qui, ayant enclos un terrain y » s'avisa de dire, ceci est à moi^ et trouva » des gens assez simples pour le croire , fut le » vrai fondateur de la société civile. Que de » crimes , de guerres , de meurtres , de mi- » sères et d'horreurs n'eut point épargnés au » genre-humain celui qui, arrachant les pieux » ou comblant le fossé , eut crié à ses sem- » blables : (îardez-vous d'écouter cet impos- » teur ; vous êtes perdus si vous oubliez que » les fruits sont à tous, et que la terre n'e$t » à personne. »

Ainsi, selon ce beau philosophe, un voleur , un destructeur aurait été le bienfaiteur

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du genre-humain ; et il aurait fallu punir un honnête homme qui aurait dit à ses enfans :

(( Imitons notre voisin, il a enclos son champ, » les bêtes ne viendront plus le ravager ; son » terrain deviendra plus fertile ; travaillons le » nôtre comme il a travaillé le sien, il nous » aidera et nous l'aiderons. Chaque famille » cultivant son enclos , nous serons mieux y> nourris, plus sains, plus paisibles, moins » malheureux. Nous tâcherons d'établir une » justice distributive qui consolera notre » pauvre espèce, et nous vaudrons mieux que » les renards et les fouines , à qui cet extra- » vagant veut nous faire ressembler. »

Ce discours ne serait-il pas plus sensé et plus honnête que celui du fou sauvage qui voulait détruire le verger du bon homme ?

Quelle est donc l'espèce de philosophie qui fait dire des choses que le sens commun réprouve du fond de la Chine jusqu'au Canada?

N'est-ce pas celle d'un gueux qui voudrait que tous les riches fussent volés par les pauvres , afin de mieux établir l'union fraternelle entre les hommes?

Il est vrai que si toutes les haies, toutes les

forets, toutes les plaines étaient couvertes de fruits nourrissans et délicieux , il serait impossible, injuste et ridicule de les garder.

S'il y a quelques îles où la nature prodigue les alimens et tout le nécessaire sans peine,, allons y vivre loin du fatras de nos lois. Mais dès que nous les aurons peuplées, il faudra revenir au tien et au mien , et à ces lois qui très-souvent sont fort mauvaises, mais dont on i\e peut se passer. (71 Sa , p, 3o3 , 3o4 , 3o5, 3o6, 307, 3o8. )

[ Nous venons de voir les deux chefs de llncrédulité divisés entr'eux. Les Spinosa, les Hobbes , et jusqu'à l'auteur du Système de la nature , combattus victorieusement par Voltaire. Ce dernier ouvrage a fait gémir l'incrédule lui-même qui s'y est vu démasqué. Son prétendu déisme a été reconnu pour n'être qu*un athéisme déguisé. Le roi de Prusse a écrit contre ce blasphémateur , prévoyant tout le mal qu'il pouvait faire. On raconte que ce prince n'avait été que trop indulgent, lorsqu'il lut les premiers chapitres qui outrageaient la divinité; mais il déchira le livre, lorsqu'il s'aperçut que les rois de la terre n'étaient pas^^.

moins attaqués que celui du ciel, et qu'il s'agissait de renverser les trônes après avoir détruit les autels.

Nous ne nous étions proposé d'abord que de recueillir les aveux de "Voltaire favorables à la Religion. Nous avons cru cependant pouvoir faire remarquer rapidement, d'après luimême, les étranges erreurs du second chef de l'incrédulité. Au reste Rousseau paraîtra bientôt dans un autre ouvrage, apologiste de la Religion. ]

Koltaire se défend d*a\^oir été philosophe.

Voltaire écrivait au duc de !^ichelieu : Vous me reprochez toujours les philosophes et la philosophie. Je mérite vos reproches bien moins que vous ne croyez. J'aime passionnément la philosophie qui tend au bien de la société et à l'instruction de l'esprit humain , et je n'aime point du tout l'autre. Jl n'y a qu'à s'entendre, et jusqu'ici vous ne m'avez pas rendu justice sur cet article. ( T. 81,/;. 18.)

Je n'ai rien de commun avec les philosophes modernes. Ces philosophes veulent se faire écouter, et dédaignent d'écouter les autres.

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[ C'est à madame du Deffant et dans une lettre qui n'était pas destinée à l'impression ^ que Voltaire, parlant avec confiance à une femme d'esprit , indique ses vrais sentimens. C'est à elle à qui il dit :] Combien je suis éloigné de quelques philosophes modernes qui osent nier Une intelligence suprême , pro^ ductrice de tous les mopdes. Je ne puis concevoir comment ils nient une vérité si évidente. Ce n'était pas ainsi que pensaient Newton , Haton , etc. Je me suis toujours rangé du parti de ces grands hommes.

Je ne suis point du tout encyclopédiste ^ je ne suis qu'un laboureur malade qui défriche des champs incultes. ( 71 77 , j9 .188. )

Ce n'est pas assez de penser avec justesse ,, de s'exprimer avec agrément^ de fouler aux pieds les préjugés, de bien connaître le monde^. et parconséquent de le mépriser. Mais se retirer de la foule pour faire du bien , être supérieur à son rang par ses actions comme par son esprit, n'est-ce pas-là la véritable philosophie? ( T. 80,/?. 4o8. )

Il n'y a pas un philosophe qui voulût perdre

l'ongle du petit doigt, pour ce qu'il appelle la bonne cause. ( T. 79,/?. 454)

Ce n'est point avec ces timides précautions que les apôtres ont annoncé la vérité , ils ont fait du bien aux hommes ^ sans craindre de ne recevoir pour eux-mêmes que de mauvais traitemens. Les philosophes sont désunis, le petit troupeau se mange réciproquement ; votre Jean-Jacques , cet archi-fou qui aurait pu être quelque chose, s'avise de faire bande à part. Je ne me console point de voir que ceux qui devraient combattre les uns pour les autres, sous le même drapeau, soient ou des poltrons ou des déserteurs. ( •J'. 76,/?. 373.)

Par quelle fatalité déplorable faut- il que les frères qui pourraient faire le bien soient séparés, divisés, et peut-être, hélas ! ne connaissent pas l'amitié : je reviens toujours à l'ancien objet de mon chagrin. Les frères ne sont pas assez unis; ils ne sont ni assez zélés , ni assez amis. ( T. 70.)

Tous les philosophes sont ennemis les uns des autres : quels chiens de philosophes !

Toutes les folies de la philosophie sont ré-

prouvées des sages , et ces édifices fantastiques, détruits par la raison, laissent dans leurs ruines des matériaux dont la raison même fait usage. (T. aS , /?. 5oo. )

[ La philosophie moderne n'a pas guéri les hommes des plus ridicules chimères : il y faut la religion et qu'elle soit écoutée. Nous en trouverons la preuve dans le fait suivant. ]

Vampires,

C'est dans notre 1 8® siècle qu'il y a eu des vampires ! c'est après le règne des Locke , des Shaftesbury, des Trenchard, des CoUins; c'est ;sous le règne des d'Alembert , des Diderot , des Saint-Lambert, qu'on a cru aux vampires, et que Calipet a imprimé et réimprimé l'histoire des vampires avec l'approbation signée Mar-

cilU ! •

Ces vampires étaient des morts qui sortaient la nuit de 1 )urs cimetières pour venir sucer le sang des vivans, soit à la gorge ou au yentre ; après quoi ils allaient se remettre dans leurs fosses. Les vivans sucés maigrissaient , pâlissaient , tombaient en consomp-

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tion , et les morts suceurs engraissaient , prenaient des couleurs vermeilles ^ étaient tout-à-fait appétissans. C'était en Pologne, en Hongrie, en Silésie, en Moravie, en Autriche, en Lorraine, que les morts fesaient cette bonne chère. On n'entendait point parler de vampires à Londres, ni mém€ à Paris.

J'avoue que dans ces deux villes il y eut des agioteurs, des traitans, des gens d'affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple , mais ils n'étaient point morts quoique corrompus* Ces suceuts ne demeuraient point dans des cimetières , mais dans des palais fort agréables.

Calmet devint leur historiographe, et traita les vampires avec une crédulité peu digne d'un savant, en rapportant fidèlement tout ce qui avait été dit avant lui.

C'est une chose à mon gré très-curieuse, que les procès-verbaux faits juridiquement, concernant tous Jes morts qui étaient sortis de leurs tombeaux pour venir sucer les gens de leur voisinage. Calmet rapporte qu'en Hongrie deux officiers délégués par l'empereur Charles VI, assistés du bailli du lieu et du bourreau, allèrent faire enquête d'un vaiû-

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pire, mort depuis six semaines, qui suçait tout le voisinage^ On le trouva dans sa bière, frais, gaillard, les yeux ouverts, et demandant à manger. Le bailli rendit sa sentence. Le bourreau arracha le cœur du vampire, et le brûla : après quoi le vampire ne mangea plus.

Vous trouvez des histoires de vampires > jusque dans les lettres juives de ce d'Argens , accusé de ne rien croire. Il faut voir comme on triomphe de l'histoire du vampire de Hongrie, Voilà donc, disait-on, ce fameux incrédule qui a osé jeter des doutes. Son cœur à'est amolli , son esprit s'est éclairé ; il croit aux vampires. ( 71 55, p. 828.)

Nous avons vu plus haut que la magie , la sorcellerie s'étaient étendues par toute la terre, et nous n'avons pas cité alors le trait suivant qui eut lieu dans le 17® siècle.

Sous le règne de Louis XIII , la femme du maréchal d'Ancre , Éléonore Galigaï , fut accusée et condamnée comme sorcière. Le conseiller Courtin lui demanda de quel charme elle s'était servie pour ensorceler la reine : Galigaï répondit : Mon sortilège a été le pouvoir que les âmes fortes doivent avoir sur les es*-

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prits faibles. Cette réponse ne la sauva pas*. Quelques juges eurent assez de lumières et d'équité pour ne pas opiner à la mort; mais le reste, entraîné par le préjugé public et par l'ignorance , condamna à la fois le mari déjà mort et la femme comme convaincus de sortilège. La maréchale fiit exécutée et son corps brûlé. ( 2". 20, p. 4i5. )

Voltaire auteur et ennemi de la révolution.

[ On s'accorde généralement à regarder les^ écrits de Voltaire comme la principale cause de la révolution^

On a dit de lui : Il n'a pas vu tout ce qu'il a fait, mais il a fait tout ce que nous voyons. On peut aussi le défendre d'une accusation grave en citant de lui les passages suivans : ]

On distingue la tyrannie d'un seul et la tyrannie de plusieurs. Cette tyrannie de plusieurs serait celle d'un corps qui exercerait le despotisme à la faveur des lois corrompues par lui, comme on l'a fait au temps de la révolution.

Sous quelle tyrannie aimeriez-vous mieux, vivre ? sous aucune ; mais s'il fallait choisir ,

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je détesterais moins la tyrannie d'un seul que celle de plusieurs. Un de;spote a toujours quelques bons momens, les assemblées de révolutionnaires n'en eurent jamais. Si un tyran me fait une injustice ^ je peux le désarmer; mais une compagnie de tyrans est inaccessible à toutes les séductions. Quand elle n'est pas injuste , elle est au moins dure , et jamais elle ne répand de grâces.

Si je n'ai qu'un despote, j'en suis quitte pour me ranger contre un mur, lorsque je le vois passer , ou pour me prosterner , ou pour frapper la terre de mon front, selon la coutume du pays; mais s'il y a une compagnie de despotes , je suis exposé à répéter cette cérémonie cent fois par jour , ce qui est trèsenouyeux à la longue , quand on n'a pas les jarrets souples. - Si j'ai une métairie dans le voisinage de l'un de nos seigneurs, je suis écrasé ; si je plaide contre un parent des parens de nos seigneurs, je suis ruiné. Comment faire ? J'ai peur querdans ce monde on ne soit réduit à être enclume ou marteau. Heureux qui échappe à cette alternative ! (T. 55 ,

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J'ai toujours mieux aimé dépendre du descendant de Robert le Fort , lequel descendait par les femmes de Charlemagne^ que d'avoir pour rois des bourgeois me ; confrères.

J'aimerais mieux, malgré mon goût extrême pour la liberté, vivr<î sous la patte d'un lion , que d'être continuellement exposé aux dents d'im millier de rats mes confrère^.

J'aime mieux obéir à un beau lion qui est né beaucoup plus fort que moi , qu'à deux cents rats de mop espèce.

J'oserais bien dire quç le$ compagnies font de plus grandes feutes que lç$ particuliers ^ parce que personne n'en répondant en sop propre nom , chacun en devien): plus téméraire. ( 71 Si y p. io5. )

Le pire des états est l'état populaire.

Dans toutes les tragédies grecques, faites pour un peuple si amoureux de sa liberté, on ne trouve pas un trait qui regarde cette liberté , et Corneille né Français en est rempli. (/rf./7. 348.)

On devait redouter une secte nouvelle qui

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se parant en public de son obéissance aux souverains, cabalait en secret pour se sous-> traire à cette obéissance; qui prêchait que tous les hommes sont égaux, pour les soumettre également à ses nouveaux systèmes ; qui enfin , sous prétexte que la religion était chargée de superstitions , voulait détruire ce qui est consacré par l'état. Voltaire voulait qu'on statuât la peine de mort contre ceux qui , en dogmatisant publiquement en faveur de cette secte, peuvent porter le peuple à(la révolte. ( T. 34,/>. 207.)

Il ne s'est rien fait de grand dans le monde que par le génie et la fermeté d'un seul homme , qui lutte contre les préjugés de la multitude. ( Corr. gén. , ^. 85. )

Quel homme est sans erreur , et quel roi sans faiblesse ? Est-ce à vous de prétendre au droit de les punir? Yous , nés tous ses sujets , vous faits pour obéir ! Un fils ne s'arme point contre un coupable père y Il détourne les yeux , le plaint et le révère* Les droits des souverains sont^-ils moins précieux? Nous sommes leurs enfans ; leurs juges sont les'dieux.r Si le ciel quelquefois les donne en sa colère , N'allez pas mériter un présent plus sévère ^

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Trahir toutes les lois en Toulant les venger, £t renverser Tétat au lieu de le changer.

Bimus, act. i®^.

.... Souviens-toi Que mon devoir unique est de sauver mon roi; Nous lui devons nos jours, nos services, notre être; Tout, jusqu'ausang d'un filsqui naquit pour son maître.

Orphclia de la Chine, act. 4^.

Est-il donc , entre nous , rien de plus deï^potique Que Vesprit d'un ëtat qui passe en république ? Yos lois sont vos tyrans : leur barbare rigueur Devient sourde au mérite , au sang , à la faveur ; Le sénat vous oppiiine , et le peuple vous brave ; Il faut s'en faire craindre ou ramper leur esclave. Le citoyen de Rome, insolent ou jaloux, Ou hait votre grandeur, ou marche égal à vous. Trop d'éclat l'effarouche; il voit d'un œil sévère^ Dans le bien qu'on lui fait , le mal qu'on lui peut faire, £t d'un bannissement le décret odieux Devient le prix du sang qu'on a versé pour eux.

Brutus, act 2.

Toutes les factions à la fin sont cruelles ;

Pour peu qu'on les soutienne , on les voit tout oser.

Pûëme hu r la loi oat*

Le corps le plus auguste , quand la faction

l'entraîne, fait toujours plus de fautes qu'un seul homme. {Corresp, gén,^ ^- 7^' )

Dans les commencemens des factions en Angleterre, il fout être protégé par un parlement en attendant que ce parlement devienne esclave du vainqueur. {Id,, p. 94. )

Les grandes compagnies n'ont presque jamaii^ris de bons conseils dans les troubles civils, parce que les factieux y sont hardis, et que les gens de bien y sont timides pour l'ordinaire. ( Hist, de Charles XIL )

Le système de l'égalité m'a toujours paru l'orgueil d'un fou. ( T, So,p, 4i7-)

Le genre humain , tel qu'il est , ne peut subsister à moins qu'il n'y ait une infinité d'hommes utiles qui ne possèdent rien du tout. Car certainement un homme à son aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer la vôtre; et si vous avez besoin d'une paire de souliers, ce ne sera pas un maître des requêtes qui vous la fera. L'égalité est donc à la fois la chose la plus naturelle, et en même temps la plus chimérique. ( T. 60 , p. 4 1 8. )

Personne n'est plus persuadé que moi que tous les hommes sont égaux , mais avec cette

maxime on court risque de mourir de faim si on ne travaille pas... Il me semble que le pauvre qui est un peu fier et très-gueux , si avec cela il est paresseux et ignorant, ne doit espérer qu'un avenir bien misérable.

L'égalité des hommes entr'eux, soutenue par

les anabaptistes.

L'Allemagne fut un théâtre de scènes tragiques. Deux fanatiques, nommés Storck et Muncer, nés en Saxe, voulaient qu'on rebaptisât les enfans , parce que le Christ avait été baptisé étant adulte : c'est ce qui leur procura le nom d'anabaptistes. Ils se dirent inspirés et envoyés pour réformer la communion romaine et la luthérienne , et pour faire périr quiconque s'opposerait à leur Evangile, se fondant sur ces paroles : Je ne suis pas venu apporter la paix y mais le glaive.

Luther avait réussi à faire soulever les princes, les seigneurs, les magistrats, contre le pape et les évêques. Muncer souleva les paysans contre tous ceux-ci. Lui et ses disciples s'adressèrent aux habitans des campagnes dans la Souabe, en Misnie, dans la

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Thuringe , dans la Frànconie. Ils développèrent cette vérité dangereuse qui est dans tous les cœurs , c'est que tous sont nés égaux , [et ils se servaient d'une vérité que personne ne conteste, pour se porter à des excès dont le monde frémit;] car il est vrai de dire que le manifeste de ces sauvages au nom des hommes qui cultivent la terre aurait été signé par Lycurgue; ils demandaient qu'on ne levât sur eux que les dîmes des grains; qu'une partie fût employée au soulagement des pauvres; qu'on leur permît la chasse et la pêche pour se nourrir; que l'air et l'eau fussent libres ; qu'on modérât leurs corvées; qu'on leur laissât du bois pour se chauffer. Us réclamaient les droits du genre humain , mais les soutinrent en bétes féroces. Les cruautés que nous avons vues exercées par les communes de France et en Angleterre du temps des rois Charles VI et Henri V, se renouvelèrent en Allemagne, et furent plus violentes. Muncer s'empare de Mulhausen en Thuringe en préchant l'égalité , et fait porter à ses pieds l'argent des habitans en préchant le désintéressement. Les paysans se soulevèrent de la Saxe jusqu'en Alsace; ils massa-

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crent les gentils-hommes qu'ils rencontrent ; ils égorgent une fille bâtarde de l'empereur Mâximilien P^. Ce qui est très-remarquabk , c'est qu'à l'exemple des anciens esclaves révoltés, qui se sentant incapables de gouverner, choisirent pour leur roi le seul de leurs maîtres échappés au carnage, ces paysans mirent à leur tête un gentil-homme.

Ils ravagèrent tous les endroits où ils pénétrèrent depuis la Saxe jusqu'en Allemagne; mais bientôt ils eurent le sort des attroupemens qui n'ont pas un chef habile :

après avoir fait des maux affreux , ces troupes furent exterminées par des troupes régulières. Muncer , qui avait voulu s'ériger en Mahomet, périt à ; M ulhau$en sur Féchafaud. Luther qui n'avait point eu de part à ces emportemens, mais qui en était pourtant malgré lui le premier principe , puisque le premier il avait franchi la barrière de la soumission , ne perdit rien de son crédit, et n'en fut pas moins le prophète de sa patrie.

Le sang ne coulait point encore dans l'empire pour la cause de Luther; il n'y eut que les anabaptistes qui, toujours transportés de leur

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raj^e aveugle, et peu intimidés par Fexemple de Muncer leur chef, désolèrent l'Allemagne au nom de Dieu. Le fanatisme n'avait point encore^ produjt dans le monde une fureur pa*« reille. Tous ces paysans, qui se croyaient prophètes , et qui ne savaient rien de l'Écriture , sinon qu'il faut massacrer sans pitié les ennemis du Seigneur , se rendirent les plus forts en Westphalie , qui était alors la patrie de la stupidité. Ils s'emparèrent de Munster, dont ils chassèrent l'évêque; ils voulaient d'abord établir la théocratie des Juifs, et être gouvernés par Dieu seul : mais un nommé Mathieu, leur principal prophète^ ayant été tué, un garçon tailleur nommé Jean de Leyde , né à Leyde en Hollande, assura que Dieu lui était apparu et l'avait nommé roi : il le dit et le fit croire.

La pompe de son couronnement fut magnifique. On voit encore de la monnaie qu'il fit frapper. Ses armoiries étaient deux épées dan» la même position que les clefs du pape. Monarque et prophète à la fois, il fit partir douze: apôtres qui allèrent annoncer son règne dans toute la basse Allemagne. Poiu* lui , il voulut»

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