‹ Voltaire apologiste de la religion chrétienneChapitre 20 sur 23 · C)4 VOLTAIRE · texte numérisé non relu

C)4 VOLTAIRE

avoir plusieurs femmes, et en épousa jusqu'à dix à la fois. L'une d'elles ayant parlé contre son autorité , il lui trancha la tête en présence des autres, qui, soit par crainte , soit par fanatisme 5 dansèrent avec lui autour du cadavre de leur compagne.

Ce roi prophète eut une vertu qui n'est pas rare chez les bandits et chez les tyrans , la valeur : il défendit Munster une année entière, et dans le3 extrémités où le réduisait la famine , il refusa tout accommodement. Enfin il fut pris , les armes à la main , par une trahison des siens. Sa captivité ne lui ôta rien de son orgueil inébranlable. L'évéque lui ayant demandé comment il avait osé se faire roi ; ,1e prisonnier lui demanda de quel droit l'évéque osait être seigneur temporel. J'ai été élu par mon Chapitre, répondit le prélat. — Et moi par Dieu même, reprit Jean de Leyde. L'enthou- ^asme anabaptiste ne fut point éteint par le supplice que ce roi et ses complices subirent. Leurs frères des Pays-Bas furent sur le point de surprendre Amsterdam. On extermina ce qu'on trouva de conjurés ; et dans ce temps-là , tout ce que l'on rencontrait d'ana-

baptistes dans les Provinces unies , était traité comme les Hollandais l'avaient été par les Espagnols : on les noyait, on les étranglait^ on les brûlait ; conjurés ou non , tumultueux ou paisibles , on courut partout sur eux dans^ toute la basse Allemagne comme sur des monstres dont il fallait purger la terre.

{T. ig^p.ajj.)

[ Nous aimons à avouer que les frères Moraves se sont bien écartés des maximes san-guinaires des anabaptistes dont ils descendent

Nous venons de prouver que Voltaire a rempli le double but dé représenter la Religion comme base nécessaire de la félicité publique, et de rendre Timpiété odieuse. Pourquoi ses disciples sont-ils si Imn de leur maître, en se déclarant en même temps ennemis de leur patrie, ennemis de la société ^ ennemis du genre humain ?

Il nous semble que déjà nous pouvons attendre un grand effet de ces trois premiers livres. Cette jeunesse abusée , qui dédaignant et Pascal et Bossuet , n'a que sou Voltaire entre

àgÔ VOLTAIIIÈ^

les mains, sera sans doute étcMinée de n*y avoir point remarqué tant de passages favorables à la Religion, que nous en avons empruntés.

4; ^'autorité de l'homme célèbre est grande sans doute, son nom est imposant , et lorsque c'est la vérité qu'il embellit des charmes de son style, perdra-t-il noJre confiance? on la lui accordait si gratuitement lorsqu'il se livrait à cette œuvre qu'il appelle lui-même digne de Tenfer , rendre aimables et V erreur et le vice! L'influence de Voltaire sur son siècle peut donc devenir heureuse. C'est armés de toute la puissance de son esprit, que nous donnerons à Topinion publique , cette reine du monde , une direction bien contraire à celle qu'il semble qu'on voudrait lui donner. Ce dernier livre aura encore des effets aussi heureux que les précédens. Il n'étonnera pas moins , puisque Voltaire y paraîtra prédicateur de nos dogmes et apôtre des mœurs.]

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