H VOLTAIRE
tion d'écrits irréligieux ne noujs a plus paru qu'un ' arsenal où nous trouvions des armes contre l'incrédulité. Les Œuvres complètes de Voltaire lui-même nous ont semblé alors un vaste édifice, offrant une réunion singulière de beautés admirables et d'objets vils et odieux. Des vérités utiles s'y rencontrent confondues avec des erreurs funestes , des vues sages sont à côté d'idées folles. Il y avait donc un choix à faire, et il ne fallait pas négliger un diamant, parce qu'il était couvert de fange.
Nous avons conçu un plan bien contraire aux vues du célèbre écrivain, celui d'en faire un apologiste éloquent de la Religion et un apôtre des mqeurs. Il nous a paru facile de changer des poisons mortels en une nourriture bienfaisante.
Alors , un spectacle hideux en soi , est devenu pour nous un objet d'un grand intérêt.
Nous avons compris qu'on pouvait nous savoir gré de mériter l'éloge qu'eût donné à son éditeur Voltaire reconnaissant :
Je ne m'attendais pas , je vous jure , De voir de l'or au lieu de plomb ; Mais votre creuset me rassure :
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A votre feu , qui tout ëpure , ^
Lientôt le vil métal se fond,
Et For nous demeuie en nature» \,
Il n'est pas un blasphème, nous le disons hautement, qui, pour un esprit juste et un i
cœur droit, ne puisse devenir un motif propre à fortifier notre foi.
Il semble qu'on nous doit quelque reconnaissance pour être demeurés constamment comme Job sur ce fumier d'erreurs. Dans ces ordures de l'impiélé^ nous avons démêlé des \
richesses que nous savions y être enfouies j ^ et nous avons fait servir la boue même à fer- '
tiliser le champ du père de famille, et y faire éclore les plus beaux fruits.
Nous rie nous sommes condamnés à ce genre de travail j qu'après avoir acquis une conviction intime et profonde de la divinité dii Christianisme, et on conçoit que la lecture de ces écrits serait infiniment dangereuse et dès-lors criminelle pour le commun des hommes. On ne confie pas à toutes sortes de personnes la composition de la thériaque, parce qu'il y entre des poisons. Ce n'est qu'après dé
longues années d'étude et de -réflexion, que nous nous sommes décidés à lire ces sortes d'écrits, dans l'intention d'en détruire l'effet, en les combattant par eux-mêmes. C'était de plus avec une résolution bien décidée de tout jeter au feu , si jamais nous nous troiivions ébranlés dans notre foi. Quand on n'a pas notre but et qu'on n'est pas dans les dispositions dont nous venons de parler, on ne saurait s'exposer au danger sans y périr.
Cependant le zèle des premiers pasteurs, leurs mandemens éloquens, les tendres allarmes des mères de familles, rien ne peut empêcher une jeunesse abusée et aveugle, d'approcher ses lèvres de la coupe de Circé.
On ne peut croire qu'elle soit ennemie d'ellemême, au point de ne chercher dans les écrits de Voltaire, que des fruits» défendus et empoisonnés : elle n'aura point d'excuse, lorsque nous lui présenterons dans l'écrivain qu'elle aime, un auteur digne de sa confiance; mais seulement dans ce que nous avons emprunté de lui.
Déjà, dans un de ses éloquens mandemens , M. de Juigné avait formé ce vœu dign^
de sa rare piété : « Si des maûis vertueuses » avaient pris soin d'écarta:* de ce recueil, » tout ce qui peut offenser la Religion et les » mœurs, l'Eglise, qui fut dans tous les temps » la protectrice des lettres et qui a sauvé de » l'ignorance et de la barbarie les plus belles » productions de l'esprit des hommes, l'Église » eût elle-même encouragé cette entreprise. »
A la séance publique de l'Académie, où M. Ducis fut reçu pour remplacer Voltaire, J'abbé de Radonvilliers forma ce vœu, qui fut applaudi de tous les g^ns d^ bien. Il eût désiré qu'une main anciie retranchât des écrits de l'homme^ célèbre tout ce qui blesse la Religion et les moeurs, c'est-à-dire, effaçât les taches qui ternissent sa gloire^
MM. de Port-Royal et les jésuites Jouvend.
et La Rue , quoique malheureusement divisés sur tant d'autres pointe, ont réuni leurs efforts pour ne donner à leurs jeunes élèves, les auteurs profanes, qu'après les avoir épurés avec soin.
Mais que parlons-nous d'un des plus saints évêques et des hommçs tes plus sages, les plus tendrement occupés des intérêts de l)a vertu,
lorsque nous pouvons produire le vœu de M. de Voltaire lui-même. Il eût désiré rencontrer quelqu'un qili sût cueillir les lis et laisser les épines.
Ne s'est-il pas plaint avec une sorte d'amertume de la manie des éditeurs, qui l'avaient enseveli, disait -il, dans des monceaux de papier. Il écrivait au roi de Prusse : « Je suis obligé de vous dire que des enfans qu'on a baptisés sous mon nom , né sont pas de moi.
Je prie votre Majesté de faire de ce fatras, ce que je lui ai vu faire de tant de livres.
Elle prenait des ciseaux, et réduisait trente volumes à un ou deux. Vous vous souvenez de la devise que l'on avait faite pour Phi*
lippe II, PLUS ON LUI ÔTE, PLUS IL EST GRAWD.
On a mis sous mon nom des pièces qu'assurément personne ne mettra sous le sien, des volumes remplis de sottises à déshonorer. C'est assurément Mandrin qui a fait imprimer la Pucelle. (T. 87,/?. 192; L 83, p. 191; L 72, p. i3o. )
» J'avertis tous les particuliers qui auront ces éditions , qu'ils n'ont qu'à voir s'ils y trouveront les pièces dont je parle : en ce cas, je
leur conseille de ne point se charger d'un livre si peu fait pour la bibliothèque des honnêtes gens. ( T. 71, p. 186 et 434-)
» Je voudrais jeter dans le feu la moitié de ce que j'ai fait et corriger le reste. Je suis si accoutumé à parler librement, que je suis toujours prêt à écrire une sottise : aussi je voudrais qu'on eût perdu bien des choses dont on a grossi le recueil de mes œuvres. (T. 83, p. ii3. )
» MM. Crammer m'ont rendu un très-mauvais service en publiant les fadaises qui me sont souvent échappées. L'un d'eux a gagné plus de quatre cent mille francs à imprimer mes ouvrages , depuis vingt ans ; il finit par une édition en quarante vohimes, dans laquelle il glisse des ouvrages beaucoup plus dangereux que ceux de Spinosa et de Vanini. C'est un bâtiment qu'il faut construire, et non un échafaudage, et même il favit que la charpente soit bien construite; c'est-à-dire, les principes solides et vrais, ce qui demande dans l'éditeur, un esprit juste et un cœur droit, ainsi que beaucoup d'ordre et de clarté. »
M. Constant d'Orville publia un écrit au-
quel il donna le titre de Pensées de Voltaire. L'homme célèbre lui écrivit pour lui en témoigner sa reconnaissance, et voilà comme il s'exprime : « Vous m'avez fait voir que j'étais plus ami de la vertu et même plus théologien que je ne croyais l'être. Il y a bien des choses que la force de la vérité fait dire sans qu'on s'en aperçoive. Elles se placent d'elles-mêmes sous la main de Fauteur. Vous avez daigné les rassembler i et je suis tout étonné moimême de les avoir dites.
» Ma vieillesse et mes maladies m'avaient fait oublier presque tous mes ouvrages, vous m'avez fait renouveler connaissance avec eux; je me suis trouvé moi-même dans tout ce que j'ai dit de Dieu. Ces idées étaient parties de mon cœur si naturellemient, que j'étais bien loin de soupçonner d'y avoir aucun mérite. Croyezvous, Monsieur, qu'il y a des gens qui m'ont appelé athée ; c'est appeler Quesnel moliniste. Chaque siècle a ses vices dominans :
je crois que la calomnie est Celui du nôtre. »
On peut juger de ce que Voltaire dirait de fout éditeur de ses oeuvres, par la manière
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dont il s'explique au sujet d'une édition de ses pièces de théâtre, imprimée et défigurée de son temps.
« Un misérable libraire, de Paris, a fait tout ce qu'il a pu pour me déshonorer et me rendre ridicule. De quel droit ce faquin a-t-il obtenu un privilège du Roi, pour corrompre ce qui m'appartient, et pour me couvrir de honte?
Je vous avoue que cela m'est sensible^ Je me suis précautionné contre les plus violentes persécutions, et j'ai de quoi les braver; mai» je n'ai point de remède contre le ridicule dont les libraires me couvrent. Tavoue cette sensibilité : un artiste qui ne l'aurait pas serait un pauvre homme. » ( T. 78,/?. ii3.)
Pour nous, nous avons déchiré de ces œu^ vres, tous les feuillets qui l'auraient été par la vérité et par la vertu. Tout ce que nous en rejetons n'est que de la turpitude et de l'in- Êimie. Nous voudrions que nos descendans ignorassent combien sa philosophie s'est dégradée. Voltaire paraîtra donc dans cet écrit avec avantage. Nous lui avons laissé tout son esprit, mais sans admettre aucun de ses bril-» lans écarts. Nous ne croyons pas avoir mis uï\
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seul mot que les personnes sages, instruites et justes, ne puissent avouer. Nous ne lui envions aucune de ces jolies choses auxquelles» il sait donner une tournure si agréable, et nous n'avons négligé aucun de ces morceaux naturels et Vraiment philosophiques, qui méritent d'être conservés. .
Il est un nouveau moyen de se rendre Voltaire utile. Il est tout à la fois apologiste, et détracteur du Christianisme , ses œuvres sont mêlées de vérité et d'erreur, de blasphèmes et d'hommages rendus à la Religion , de preuves victorieuses et d'objections qui séduisent l'ignorance; il fournirait à deux éditeurs qui suivraient des vues différentes, deux ouvrages diamétralement opposés, dont l'un serait un trophée élevé à la gloire de la Religion , l'autre un monument du délire le plus complet , de la licence la plus effrénée, et de la déraison , où l'impiété le dispute à l'obscénité.
Nous ne réserverons aucun chapitre propre à montrer toutes les inconséquences et les écarts de ce bel esprit; mais personne ne peut douter qu'il n'ait été cet architecte ignorant, qui n% fait qu€ bâtir et détruire : nous seuls
lui ferons élever par ses propres mains un monument solide.
Par ses talens mêmes que nous ne voulons pas lui disputer, Voltaire nous fait entrer dans Fintelligence des conseils de Dieu; on voit sensiblement dans les déplorables erreurs du plus bel esprit de notre siècle, la vanité des talens humains, et dans les folies de la raison la plus cultivée, la nécessité de cette vertu surnaturelle préférable à tous les dons du génie.
Notre travail aura pour objet de rap-^ procher comme en un seul corps , des vérités faites pour s'unir, et ce sera encore un avantage pour l'illustre écrivain ; les traits qui ne frappaient pas lorsqu'ils étaient épars dans de nombreux volumes, paraîtront plus piquans, lorsqu'ils seront rassemblés dans un seul.
Nous indiquerons par une astérisque, les passages très-peu nombreux que nous prenons dans un sens différent de l'auteur.
Nos citations sont tirées de l'édition de Kell, format in- 12, publiée par Beaumarchais.
Nous éviterons deux grands défauts assez communs aux extraits , le premier qui est d'entasser des passages au lieu de les choisir ,
le second de If s présenter sans ordre et sans aucune suite. On fait alors des volumes, et les pensées éparses et san^ liaison n^ont pas l'effet qu'on devrait en attendre; elles seront comme des rayons qui brûlent dans cet écrit parce qu'ils sont réunis.
Voici les titres, tous extrêmement religieux , auxquels se rattacheront les brillantes conceptions de Voltaire.
I®, La Religion naturelle. Dieu et ses attributs ; contre l'athéisme ; devoirs envers Dieu ; spiritualité et immortalité de l'ame ; loi naturelle.
2**, Religion révélée. Sa nécessité ; ses bienfaits si propres à la faire aimer; preuves directes de la divinité du Christianisme.
3**, Les incrédules apologistes involontaires de la Religion et ses défenseurs.
4®, Dogme et morale. Mystères; vertus que la Religion commande; moyens qu'elle donne de les acquérir ; hommes vertueux qu'elle s^ formés.
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Nous terminerons cette introduction par les pressantes sollicitations que nous fait Voltarie , de nous livrer sérieusement et avec le plus vif intérêt à l'étude de la Religion.
Je n'ai pu encore à mon âge, m'accoutumer à l'indifférence et à la légèreté avec laquelle les personnes d'esprit, traitent la seule chose essentielle, où la vérité de la Religion! au bout du compte, quoi qu'on en dise, la chose vaut bien la peine d'être examinée. ( T. 8i, p. 3.)
Ce que je ne puis comprendre, c'est la dédaigneuse et sotte indifférence dans laquelle croupissent presque tous les hommes, sur l'objet qui les intéresse le plus. Je ne crois pas qu'il y ait dans une grande ville, deux cents personnes qui s'en soient réellement occupées. Presque tous disent : que tn' importe? et, après avoir ainsi parlé, ils. vont compter leur argent, ou courent au spectacle. ( 7l4o, p. 344.)
Il est triste que dans notre nation il y ait
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des gens si absurdes. C'est le fruit de Tignorance où l'on vit dans la plupart des provinces , et de la misérable éducation qu'on a reçue: on trouve cent chasseurs, cent tracas^ siers, cent ivrognes pour un homme qui lit.
Divisez le genre humain en vingt parties.
/ il y en a dix-neuf composées de ceux qui travaillent de leurs mains ^ et qui ne sauront jamais s'il y a eu un Newton au monde. Dans la vingtième partie qui reste, combien trouve-» t-on peu d'hommes qui lisent? et parmi ceux qui lisent, il y en a vingt qui lisent des romans contre un qui étudie la Religion. Le nombre de ceux qui pensent est extrêmement petit. {Lettre auducd'Uzes y t. 74 ^p- i5i.)
Le nombre des hommes qui s'élèvent aux connaissances divines, n'est pas une unité sur un million ; tandis que presque tous courbés vers la fange de la terre, ou consument leur vie dans de petites intrigues, ou tuent les hommes leurs frères ^ ou en sont tués pour dç l'argent Sur u» million d'hommes qui rampent ou qui se pavaùent sur la terre, on peut à toute force en trouver une cinquan^ine qui ont des idées approfondies de nos î^ugustes'
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vérités. Un petit nombre de sages admirent l'immensité et l'ordre des choses, la puissante intelligence qui respire dans elles , et l'éternité dans laquelle elle nagent , éternité dont un moment est accordé aux individus passagers, pour admirer, pour adorer, pour bénir et pour remercier. ( T, ùfi-^p. 88.'*)
On éparpille son ame de tous les côtés, mais ce n'est qu'en méditant beaucoup qu'on se fait des idées justes sur les choses de ce monde et de l'autre.
Les plaisanteries et les ouvrages de théâtre ne sont que des amusemens, des bagatelles difificilies; l'étude principale de l'homme est celle dont pn s'occupe le moins. Presque personne ne s'avise d'examiner d'où il vient , où, il est , pourquoi il est , et ce qu'il deviendra. La plupart de ceux même qui passent pour avoir le sens commun , ne sont pas au-dessus des enfans ; aussi quand ils deviennent vieux et qu'ils sont abandonnés à eux seuls, ils trouvent une vieillesse imbécille et méprisable; le doute , la crainte, la faiblesse empoisonnent leurs derniers jours , l'âme n'est jamais forte que quand elle est éclairée. ( T. 69,/?- gS. )
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Il y a si peu de personiles qui cherchent à s'instruire de ce qui mérite le plus l'attention de tous les hommes, les préjugés sont si forts, la faiblesse si grande, l'ignorance si commune, qu'on ne peut trop estimer ceux qui ont assez de courage pour secouer un joug si odieux et si déshonorant pour la nature humaine. ( T- 78, p. aSi. )
Il y a tant d'auteurs qui nous inondent d'écrits scandaleux, qui déguisent les faits avec tant d'impudence, qui par leurs satires continuelles aigrissent tellement les esprits, qu'il est nécessaire d'opposer à tous ces mensonges, la vérité représentée avec cette simplicité et cette force qui triomphent tôt ou tard de l'imposture. ( T. 70,/?. 36o. )
Chaque père de famille est conjuré de préparer une postérité qui connaisse l'Evapgile , de peser sur les grandes vérités qu'il enseigne y et de les graver dans la tête de ses enfans.- ( T. ^[^,p. 175. )