‹ Voltaire apologiste de la religion chrétienneChapitre 7 sur 23 · Q2 VOLTAIRE · texte numérisé non relu

Q2 VOLTAIRE

globes disposés dans l'espace par la main de Téternel géomètre. On vous a montré assez d'anatomie , pour que vous ayez admiré par quels incompréhensibles ressorts vous vivez.

Vous pensez que Dieu a ùàt l'univers , comme vous voyez , si j'ose me servir de cette faible comparaison , que le palais que vous habitez a été élevé par votre grand père. Vous laissez les taupes enterrées sous vos gazons nier, si elles Tosent, l'existence du soleil, ( y. 34, ». 139. )

Qui a fait ces astres, cette terre, ces ani-

manCx , ces végétaux , ces germes dans lesquels jjn art si merveilleuît éclate ? Il faut bien que ce soit un sublime artiste ; il faut bien que ce 6oit une intelligence prodigieusement audessus de la nôtre, puisqu'elle a fait ce que nous pouvons à peine comprendre ; et <îette intelligence , cette puissance , c'est Dieu\ ( r. 40,/^. 3i9. )

En apercevant l'ordre, l'artifice prodigieux , ^s lois mécaniques et gécmiétriques qui régnent dans l'uijiversy les moyens, les fins innombrables de toutes choses, je suis saisi d'admiration et de respect Je jog^ incontinent

APOLOGISTE. a3 ^

que si les ouvrages des hommes, l«s miens î

même, me forcent à reconnaître en nous une T

intelligence, je dois en reconnaître une bien ;

supérieurement agissante dans la multitude de tant d'ouvrages. J'admets cette intelligence suprême, sans craindre que jamais on puisse me Ijiire changer d'opinion. Rien n'ébranle en moi cet axiome : Tout ouvrage démontre ui> ouvrier, ( T. J^o^p. ivta.}

Un beau palais démontre un architecte, l'arrangement de l'univers, l'immensité de l'espace, enfin cette Êtbrique incompréhensible, démontre <lonc un fabricateur souverainement intdligent j, puissant ^ éternel. '

( T. 46, p. aa8, ) t.

Un brin d'herbe et sa semence sont des ^

démonstrations d'un être ii^teUigent qui a )

présidé à l'ouvrage* ( T. 69 , /^. 453. ) ;

Nous sommes certainement l'ouvrage de l

Dieu, c'est-là ce qu'il m'est utile de savoir. !

Aussi la preuve en est-elle palpable* Tout est \

moyen et un dans mon corps , tout est ressorts, poulies, force mouvante, machine hy- • draulique , équilibre de liqueurs , laboratoire de chimie. Il est donc arrangé par une inte\-

^4 VOLTAIRK

Kgen^e'Cc n*est pas l'intelligence de mes pa* rens à#qtii je dois cet arrangement. Ils n'étaient que les aveugles instrumens de cet éterilel fabricateur qui anime le ver de terre et qui fait tourner le soleil sur son axe, ( T. 4o,/>. iïi4- )

Je ne sais s'il y a une preuve métaphj^ique plus frappante et qui parle plus fbrfement à l'homme, que cet ordre admirable qui règne dans le monde, et si jamais il y a eu un plus b^el argument que ce verset : Cœli enarrant gloriam Dei. Aussi voyez^vous que Newton n'en appotte point d'autre' à la fin de son optique et de ses principes. Il ne trouvait point de raisonnement plus convaincant et plus ttan en fetveiir de la divinité, que celui de Platon. • •

Je dis avec Platon. Tu crois que j'ai de Fintelligence , parce que tu vois de l'ordre dans mes actions, des rapports et Uûe fin. Il y en a mille fois plus dans l'arrangement de ce monde. Jugez donc que ce monde est arrangé ■par une intelligence suprême. On n'a jamais répondu que par des suppositions puériles à cet arffirment. Les athées décochent contre

Al^OLOGISTE. * a5

Tiotïs tous le» argumens de Straton et de Lucrèce. Nous ne leur répondrons qu'un mot:

Vous existez, donc il y a un Dieu. (7". 4^, p. 817 et 3o4.)

On avait offert à Voltaire un brevet d'athéisme. Lâche , lui avait-on dit , oses-tu donc croire ^ne essence supréiAe ? Il se contenta de répondre :

L'uDivers m'embarrasse , et je ne puis songer Que cet horloge existe et n ait point d'horloger.

Votre nature est un mot, un terme vague; il n'y a point de nature ^ tout est art dan$ l'univers, et l'art annonce un ouvrier. Crt>servez seulement uto insecte, un iimaçôn, une mouche. Vous y verrez un art infini qu'aucune industrie humaine ne peut imiter, n faut donc ^qu'il y ait uli artiste infiniment ha-* bile, et c'est ce que les sages appellent Dieu, (r. 46,/?. a3o.)

Je ne sais si mms avons raisonné bien ou mal , mais nous avons raisanffé , et l'être qui raisonne, ap]»elé homme, ne peut ^tre que l'ouvrage d'un maître très intdligent) qui est

Dieu. Nous sommes des êtres iutelligens, et des êtres intelligens ne peuvent venir que d'une autre intelligence... Quand nous voyons une belle machine, nous disons qu'il y a un bon machiniste, et que ce machiniste a un grand entendement. Le monde est assurément une machine admirabll: donc il y a dans Immonde une admirable intelligence, cet argument est vieux et n'en est pas plus mauvais.

Tous les corps vivans sont composés de leviers , de poulies qui agissent selon les lois de la mécanique, de liqueurs que les lois de l'hydrostatique font perpétuellement circuler. On est accablé de surprise.

Le mouvement des astres , celui de notre petite terre autour du soleil, tout s'opère en vertu V des lois de la mathématique la plus profonde. Il y a donc une intelligence qui gourverne le monde: Il est impossible de se débattre contre.cette vérité qui nous environne et qui nous presse de tous côtés; Spinosa luimême avoue cette intelligence. Pourquoi voulez-vous aller ^lus loin que lui, et plonger par un sot orgueil votre faible raison dans un abinie où Spinosa n'a pas osé descendre?

Page 1