‹ Voltaire apologiste de la religion chrétienneChapitre 8 sur 23 · ARTICLE P · texte numérisé non relu

ARTICLE P

DES CAUSES FUTALES.

De toutes les preuves de Fexistence d'un Dieu , celle des causes finales était la plus forte aux yeux de Newton. Le dessin ou plutôt les dessins variés à l'infini qui éclatent dans les plus vastes et les plus petites parties de l'univers, sont une démonstration qui, à force d'être sensible ,^n est presque méprisée par quelques philosophes. IVlais çnfin Newton pen* ' sait que ces rapports infinis qu'il apercevait plus qu'un autre , étaient l'ouvrage d'un artisan infiniment habile. (•T. aS^ /?. 38.)

Portez à présent vps regards sur vous»

même, examinez avec quel art étonnant, et jamais assez connu, tout y est construit en dedans et en dehors pour tous vos usages et po'nr tous vos désirs, Je ne prétends pas faire ici une leçon d'anatoniie, Vous savez assez qu'il n'y a pas un viscère qui ne soit nécessaire, et qui ne soit secouru dans se^||^gers par le jeu continuel des viscères voisins. Les

secours dans le corps sont si artificieusement préparés de tous cotés, qu'il n'y a pas une seule veine qui n'ait ses valvules, ses écluses pour ouvrir au sang des passages. Depuis la racine des cheveux jusqu'aux orteils des pieds , tout est art , tout est préparation , moyen et fin , et en vérité , on ne peut que sentir de l'indignation contre ceux qui osent nier les véritables causes finales, et qui ont assez de mauvaise foi et de fureur pour dire que la bouche n'est pas faite pour parler et pour lïiangér , que ni les yeux ne sont merveilleusement disposés pour voir, ni les oreilles pour entendre. Cette audace est si folle que j'ai peine à la comprendre.

Les menmres des euiimaux sont faits pour tous leurs besoins avec un art incompréhensible, et vous n'avez pas même la hardiesse de le nier; vous n'en parlez plus, vous sentez que vous n'avez rien à répondre à^ ce grand argument que la nature fait contre vous. La disposition d'une aile de mouche , les organes d'un limaçon , suffisent pour vous attér€«( T. [fi, p. 33o. )

C'est, ce me semble, se bouèher les yeux

et Tentendement, que de prétendre qu'il n'y ait aucun dessein dans la nature, et s'il y a du dessein, il y a une cause intelligente.

Si une horloge n'est pas faite pour montrer

l'heure, j'avouerai alors que les causes finales

sont des chimères. ^l

Quelques philosc^hes ont dit que l'œil n'est pas fait pour voir, mais qu'on s'en est servi pour cet usage. Ces gens-là avouaient cependant que les tailleurs leur Élisaient des habits pour les vêtir , et les maçons des maisons pour les loger, et ils osaient dénier à la nature, à l'intelligence, universelle , ce qu'ils accordaient tous a leurs ouvriers.

On nous objecte les irrégularités du globe, les vol(!ans, les plaines de sable mouvant, quelques petites montagnes abîmées, et d'autres formées par des tremblemens de terre, mais de ce que les moyeux des roues de votre carosse auront pris feu , s'en suit-il que votre carosse n'ait pas été fait expressément pour . vous porter d'un lieu à un autre ?

Les^ chaînes des montagnes qui couronnent les deux hémisphères , et plus de six cents

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fleuves qui coulent jusqu'aux mers du pied de ces rochers, toutes les rivières qui descendent de ces mêmes réservoirs et qui grossis* sent les fleuves après avoir fertilisé les campagnes, des milliers de fontaines qui partent de la même source et qui abrjeuvent le genre animal ^tj^gétal; tout cela tie parait pas plus l'efiet d'un cas fortuit et d'une déclinaison d'atomes, que la rétine qui reçoit la lumière, le cristallin qui la réfracte , l'enclume , le marteau, l'étrier , le tambour de l'oreille qui reçoit les sons, les routes du sang dans nos veines. (71 49>/^- i8i.)

Dans cette machine du (Jorps humain , tous les ressorts sont exactement proportio%pés les uns aux autres , tous s'aident réciproque^ mçnt par un artifice qu'il n'est pas possible de découvrir. D'après cela, disait Platon au jeune Madétès , jugez si vos atomes n'ont point eu besoin d'une cause intelligente.

Le jeune homme tomba à genoux , adorai Dieu , et aima Platon toute sa vie.

Il me semble que le corps du moincfré animal démontre une profondeur et une unité de desseins qui doit à la fois nous

rayir d'admiFation et attérer notre esprit. Non seulement un chétif insecte est une machine dqnt tous les ressorts sont faits exactement le» uns pour les autres; mais il vit par un art que nous ne pouvons ni imiter ni comprendre ^ mais «a vie a un rapport iiftmédiat avec la nature entière, avec tous les élémens, avec tous les astres dont la lumière se fait ressentir à luij le soleil le réckauffe, et les rayons > qui partent de Syrius à 400,000,000 de lieuq^ au^elà du soleil, pénètrent dans ses i>etits yeux, selon toutes les règles dé l'optique. S'il n'y a pas là unité et immensité de desseins qui démontrent un Éabricateur intelligent, unique, incompréhensible, qu'on nous démontre le contraire : mais c'est ce qu'on n'a jamais bXt.

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