Frédéric à la Margrave, 1:2 août
quelques jours passés chez une autre princesse de ses amies, la duchesse de Saxe-Cobourg- Gotha, prit la route de Francfort, se rendant à Strasbourg, où sa nièce devait venir le rejoindre : et dès lors tous les moyens détournés ayant échoué, ce fut dans la cité impériale qu'on dut l'attendre pour lui arracher le dépôt que, sous aucun prétexte, on ne voulait laisser passer en France.
Ce serait abuser de la patience des lecteurs ou leur supposer trop d'ignorance, que d'entrer dans de longs détails sur un incident aussi connu que l'arrestation de Voltaire et de sa nièce à Francfort. Voltaire, qui n'a jamais, au théâtre, réussi dans le genre comique, a fait cette fois, à ce sujet, une scène de comédie que Molière ou Regnard lui auraient enviée. Le grossier personnage prussien ne connaissant que sa consigne, qui vient réclamer au monsir français les poéshies ti roi son maître, est un type grotesque si amusant qu'on ne peut roiiblier. Naturellement, le fait lui-même a donné lieu, de la part des publicistes allemands, fervents apologistes de Frédéric, à des rectilications et à des contestations sans
nombre, et de là une controverse qui a été admirablement résumée par mon regretté confrère à l'Académie française, M. Saint-René Taillandier '. Il a mis hors de doute un certain nombre de points capitaux qui suffisent pour incriminer gravement Frédéric lui-même et ses agents, et qui seraient inexplicables si Voltaire, se trouvant à la fois sans protecteur à invoquer et sans refuge assuré en Europe, n'eût été dans une condition telle que celui qui avait la force en main put tout oser contre lui. Il est certain, par exemple, que dès que le départ de Voltaire dans la direction de Francfort fut connu, le résident de Prusse dans cette cité, un vieux militaire, le baron de Freytag, eut ordre d'organiser tout un système d'espionnage pour être averti de son arrivée et informé de l'hôtel où il se logerait. Puis, à peine était- il descendu de voiture, le résident lui-même, accompagné d'un conseiller aulique, se présenta pour réclamer d'autorité, et le verbe très haut, les objets revendiqués par son souverain. Pour s'assurer