FRÉDÉRIC
« Quelque supériorité que Votre Majesté ait en tout genre, s'empresse de répondre Uiche-
lieu, il y aurait peut-être beaucoup à gagner pour moi de négocier plutôt que de combattre vis-à-vis d'un héros tel que Votre Majesté... Je crois que je servirais le roi mon maître d'une manière qu'il préférerait à des victoires, si je pouvais contribuer au bien d'une paix générale. Mais j'assure Votre Majesté que je n'ai ni instructions ni notions sur les moj-ens d'y pouvoir parvenir. Je vais envoyer un courrier pour rendre compte des ouvertures que Votre Majesté veut bien me faire. »
En quoi consistaient ces ouvertures ? Gomme il n'en est resté aucune trace écrite, il estimpossible de le savoir. Très certainement, elles ne contenaient aucune offre tendant à rendre à Marie-Thérèse sa chère Silésie, et à moins que cela, il était impossible que les propositions communiquées à Vienne (comme c'était le devoir entre alliés) y fussent aucunement agréées. Aussi, d'un commun accord entre les deux cours qui belligéraient en commun, on n'y vit qu'un artifice du vaincu pour gagner du temps, réparer ses pertes et arrêter le cours d'opérations dont le succès paraissait certain.
AVANT Eï FENDANT LA GUERRE DE SEPT ANS. "211
Longtemps encore après, rendant compte de cet incident dans ses Mémoires, Bernis qui, pourtant, dès l'année suivante, devait tout faire, même compromettre sa position ministérielle pour amener la paix, émet encore l'avis que ce jour-là et dans les conditions transmises par Richelieu, aucune transaction n'était acceptable : « Les belles dames de Paris, dit-il, chez qui le maréchal, tout vieux qu'il est, a conservé ses droits, ont pu croire que cela était possible à exécuter; mais il est étonnant que des historiens et des gens d'esprit aient pu le penser*. »
Frédéric comprit donc qu'à moins d'une humiliation complète, on ne voudrait même pas l'écouter, et se le tint pour dit : « Il n'est pas de couronne, ma chère sœur, écrivait-il à la margrave, que je voulusse conserver par une bassesse et plutôt périr cent fois que d'en commettre une pendant ma vie. Puisque les Français sont si fiers, je les abandonne à leur sens pervers, et je suis à présent en marche pour faire changer de face au destin. Je compte