Colliii, Mon S('jour chez Voltaire, p
mée et qui n'avait jamais été si animée, si étincelante. « Voltaire est ici, écrivait le président de l'Académie royale de Berlin, et fait les délices du roi, comme les nôtres : c'est un des ornements de nos fêtes. » Ce témoignage était d'autant plus remarquable que ce président n'était autre que le célèbre savant français Maupertuis, émigré à Berlin comme Voltaire, par des raisons assez aîialogues et qui l'avait peut-être vu venir sans beaucoup de plaisir, parce que leurs relations qui allaient devenir orageuses avaient toujours été assez froides.
C'étaient de véritables journées de triomphe; mais l'intimité royale lui réservait des joies* plus paisibles, dont il ne goûtait pas moins le charme. C'était une familiarité affectueuse et des petits soins de toutes les heures. « Joignez à tout cela, écrivait-il encore à son ami d'Argental, une liberté entièi'c que je goûte ici, les attentions et les bontés inépuisables du vainqueur de la Silésie qui porte tout son fardeau de roi de cinq heures du matin jusqu'au dîner, qui donne absolument le reste aux lettres, qui daigne travailler avec moi trois heures de suite, soumet son grand génie à hi critique, et est à
souper le plus aimable des hommes, le lien et le charme de la société*. »
Il était logé dans l'appartement qu'avait occupé le maréchal de Saxe pendant une visite que l'illustre guerrier avait faite l'année précédente à Berlin : cuisiniers, cochers, tous les gens du roi étaient à ses- ordres. Enfin, dans ces soupers intimes, où « il y avait, dit-il, tant d'esprit parce que le roi en avait et en faisait avoir », il était souvent placé entre deux reines, la reine régnante et la reine douairière, ce qui mettait le comble à son exaltation. En un mot, dit-il, j'étais reçu comme Astolphe chez Alcine : le roi faisait semblant de m'aimer. Je crus, moi aussi, que je l'aimais-.
Des compliments et des caresses, il fallait pourtant passer à des témoignages d'amitié plus effectifs, et du brillant en venir au solide. Frédéric offrit à son hôte le traitement suivant : une place de chambellan pour luimôme avec vingt mille francs de pension, plus quatre mille francs assurés pour toute la vie à
1. Vullairr. à (.rArgeiilal. l'olsdain, 7 auùt 1750. (Corresjmidance générale. )