I. Voyez ci-après le n" aSyS
qu'il n'avait été présenté à la cour qu'en 1710'; qu'ayant été ensuite conduit, le 22 avril 171 1, à la Bastille, d'où il était sorti en 171 2 pour être envoyé à l'armée de Flandre, il ne pouvait avoir sur le grand siècle et sur le grand roi que des souvenirs limités à une période très restreinte.
En ce qui concerne plus spécialement VHo)nme au masque de fer, Voltaire nous apprend lui-même qu'il tenait les diverses particularités relatives à ce personnage de d'Argens, qui avait entendu raconter plus d'une fois à M. Riousse l'anecdote du pêcheur; de M. Marsolan, gendre du médecin qui avait traité le prisonnier à la Bastille; de M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, etc. : pourquoi supposer, dès lors, comme le fait M. Paul Lacroix, que Voltaire fut initié par le duc de Richel.eu, sous la foi du serment, « dans ce ténébreux mystère que possédaient seuls quelques serviteurs intimes de Louis XIV, et que, se sentant tourmenté d'un désir immodéré de révéler ce qu'il savait, et peut-être de deviner davantage, il mit en circulation, par une voie détournée, l'histoire du Masque de fer, pour avoir le droit de s'expliquer sur un sujet qu'il n'eût point osé aborder en face, si quelqu'un n'avait pris l'initiative avant lui »? — Mais ne suffisait-il pas à Voltaire, s'il avait réellement les intentions que lui prêle si gratuitement M. Paul Lacroix, d'écrire une lettre anonyme au Mercure, ou de lancer, sous un pseudonyme quelconque, une brochure de deux ou trois feuilles, sans se donner la peine de composer un volume de 265 pp., dans lequel l'aventure du Masque de fer est racontée en 6 pp. (pp. 18 à 23 de l'édition de 1745)?
3° Dans VAvertissevient , l'auteur annonce avoir traduit de l'anglais ces Mémoires : « Je prie le lecteur de considé- « rer, ajoute-t-il, que le génie de la langue anglaise est « bien différent de celui de la langue française. Celle-ci est « plus claire, plus méthodique, mais moins abondante et « moins énergique que la langue anglaise. » Voltaire, dit M. Lacroix, n'a-t-il pas répété vingt fois dans les mêmes termes ce jugement sur les deux langues? — Voltaire a en
I. Voyez les Mémoires (apocryphes) dic maréchal de Richelieu. Londres, Marseille et Paris, 1790, t. l*""", p. g. — On trouve dans le tome III de ces Mémoires, rédigés par Soulavie, un long chapitre consacré au Masque de fer ; mais il faut accorder à ce récit d'autant moins de créance que Soulavie se servit avec une insigne mauvaise foi des notes et des papiers du maréchal de Richelieu, et que le duc de Fronsac, dit M. Marius Topin, « lança une énergique protestation contre l'ancien secrétaire de « son père ». Cf. Quérard, les Supercheries littéraires dévoilées, éd. DafBs, III, 424.
etïet écrit quelque part ' que « la richesse de la langue « anglaise et les différentes inversions qu'elle a adoptées la « rendent propre à tout exprimer, et que la langue fran- « çaise n'est pas aussi riche qu'elle pourrait l'être »; mais est-ce là une raison suffisante pour attribuer à notre auteur la paternité des Mémoires de Perse?
40 « Enfin, dit M. Lacroix, Voltaire était en relations «d'affaires avec la Compagnie d'Amsterdam, depuis le « voyage qu'il avait fait en Hollande en 1740, et c'est cette '< Compagnie qui publia les Institutions de physique, par <c M'"° du Chàtelet, avec une Préface de la façon du poète. » Ici M. Lacroix commet une grosse erreur. Les Institutions de physique ont paru à Paris, chez Prault fils (1740, in-8° de 45o pp.), et V Avant -propos dont cet ouvrage est précédé n'est pas de Voltaire, mais de M"^" du Chàtelet elle-même.
Quand un bibliographe de la valeur de M. Paul Lacroix se trompe si facilement en simple matière de bibliographie, n'est-on pas en droit de se méfier des conjectures qu'il forme, sans aucun fondement, sur des points beaucoup plus délicats de critique historique et littéraire? Pour nous, il est hors de doute que Voltaire n'a pas écrit les Mémoires de Perse, et nous n'en donnerons qu'une seule preuve : c'est que la seconde édition de cet ouvrage contient le portrait suivant du poète, portrait envenimé de fiel, et qui nous ferait croire que l'auteur des Mémoires est bien La Beaumelle :
« C'était un homme d'un peu plus de quarante ans, de « moyenne taille, fort maigre, et dont l'extérieur était assez « peu distingué... Son esprit était vif et ardent. Dominé « par une imagination toujours allumée, il était incapable « de se contenir dans de certaines bornes, et, dès lors, très « souvent la dupe de son imagination. Il se croyait né « extraordinairement pour l'ornement de son siècle... Aussi « était-il d'un orgueil insoutenable. Les grands, les princes « même, l'avaient gâté, au point qu'il était impertinent « avec eux, impudent avec ses égaux, et insolent avec ses « inférieurs... Il avait l'àme basse, le cœur mauvais, le « caractère fourbe... Il était sans amis, et ne méritait pas « d'en avoir. Quoique né avec un bien fort honnête, il avait « un si grand penchant à l'avarice qu'il sacrifiait tout, lois, « devoirs, honneur, bonne foi, à de légers intérêts. » (Pp. 253- 255 de l'édition de 174G.)
M. Paul Lacroix suppose que ce portrait, ajouté, comme