I. Lettre à M. P***, i5 avril 1762 (Mol
nous l'avons dit, dans la seconde édition, fut peut-être une vengeance de Van Duren, dont Voltaire avait eu à se plaindre, et qui avait trouvé plaisant de se moquer de l'auteur dans son propre ouvrage. On se demande ce que vient faire ici Van Duren, dont le nom ne figure sur le frontispice d'aucune édition des Mémoires de Perse. Si M. Lacroix avait pris la peine de lire attentivement toute cette fin de la seconde édition de l'ouvrage, il aurait constaté, comme nous, que le portrait en question, ayant été tracé à l'occasion des fêtes du Dauphin avec l'infante d'Espagne, — fêtes qui eurent lieu au mois de février 1745, — ne pouvait trouver place que dans une édition postérieure à l'année où le livre vit le jour pour la première fois.
Ajoutons que ce n'est pas non plus Voltaire, dont l'admiration et l'amitié pour Frédéric, roi de Prusse, ne connaissaient pas de bornes en 1745, qui aurait parlé en ces termes de celui qu'il appelait alors le lieras de la Germanie et le plus bel esprit des rois ' : « Avant de monter sur le trône, « Gion-Kan (Frédéric) était affable, doux, caressant, géné- « reux; mais à peine y fut- il assis que ces belles qualités « disparurent : il se montra roi ambitieux, politique dan- « gereux, allié peu sûr, voisin inquiet, maître dur en un « mot, plus fier, plus absolu que son père, et encore moins « généreux. »
Toutes ces raisons nous confirment dans l'idée que les Mémoires pour servir à l'histoire de Perse ne sauraient, quoi qu'en pense M. Paul Lacroix, avoir été composés par Voltaire : nous ne croyons pas davantage qu'ils soient sortis de la plume de Pecquet ni de celle du chevalier de Rességuier (nous avons vu que le premier fut interné à Vincennes en 1740, — cinq ans avant la publication de ces Mémoires, — et que le second fut enfermé à la Bastille en 1751, six ans après leur impression). Peut-être sont-ils dus à la collaboration de M™"^ de Vieux-Maisons et de Crébillon le fils; peut-être aussi, — et nous serions assez disposé à nous ranger à cette opinion, — ont-ils pour auteur La Beaumelle, qui était un frondeur et un satirique de profession, et qui devait écrire dans la suite plus d'un pamphlet politique.
2369. Le Philosophe chrétien (par le roi Stanislas). S. /., 1749, in-i2 de 55 pp. (Bibl. nat. D. 52668.)
« Lorsque j'étais à Lunéville, écrit Voltaire au duc de I. Épître aurai de Prusse, i<=r novembre 1744, éd. Moland, t.X,p. 328.
« Richelieu en août 1750 (Mol., 21 19), le roi Stanislas s'avisa « de composer un assez médiocre ouvrage intitulé le Philo- « sopJie chrétien. Il en fit corriger les fautes de français par « son secrétaire Solignac, et envoya le manuscrit à la reine « sa fille, la priant de lui en dire son avis. Je soupçonne fort « celui que la reine consulta; mais, n'ayant pas de certitude, « je me contenterai de vous dire que la reine manda au roi « son père que le manuscrit était l'ouvrage d'un athée; « qu'on voyait bien que j'en étais l'auteur... »
2370. Lettre d'un académicien de province a Messieurs de l'Académie française (sur la tragédie de Catilina, de Crébillon). 1749, in-i2.
Voici ce qu'on lit au sujet de cette Lettre dans les Cinq années littéraires, de Clément (26 février 1740, t. 1°'' de l'édition de lyôb, p. 147) : « Il paraît depuis quelques jours « une Lettre fulminante d'un prétendit académicien de pro- « vince à MM. de V Académie française, dans laquelle il « leur demande justice du succès de cette fameuse tragédie «■(Catilina), et proteste hautement contre les reproches « qu'on en pourrait faire à notre siècle et à la nation. Le « faux zèle outré de ce petit écrit, l'air de dépit, d'aigreur, « de ridicule indignation qui y règne, l'amertume et l'en- « tassement des plaisanteries, la mauvaise foi des citations, « l'affectation de ne rien louer, certains traits caractéris- « tiques, la chaleur et la négligence du style, ont fait ima- « giner à bien des gens que l'académicien de province n'était « autre que M. de Voltaire ou quelqu'un de ses élèves. Mais « la noblesse, d'ailleurs connue, des sentiments de cet illus- « tre poète, ne permet pas de le soupçonner d'envie ou de « cabale, et je crois l'imputation pour le moins aussi injuste « que la critique qui l'occasionne. »
La Lettre d'un académicien de province est de Dumolard, le même qui, l'année suivante, fit paraître la Dissertation sur les principales tragédies anciennes et modernes qui ont paru sur le sujet d'Electre (voyez notre tome II, n° 1606). Dumolard était l'élève et l'ami de Voltaire, qui lui portait une vive affection (voyez Voltaire à Damilaville, 16 janvier 1761). — Sur Dumolard, voyez notre tome II, pp. 5i-52. Cf. le numéro suivant.
2371. Connaissance des beautés et des défauts de la poésie ET de l'éLOQ.UENCE DANS LA LANGUE FRANÇAISE, A
L USAGE DES JEUNES GENS, ET SURTOUT DES ÉTRANGERS, AVEC DES EXEMPLES PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE, PAR M. D***
(Dumolard?). Londres, 1749, in-12.
Nous avons longuement exposé, dans notre tome II, n° 1604, les raisons pour lesquelles cet ouvrage, qui fait actuellement partie de la collection des Œuvres de Voltaire, doit être, à notre avis, rangé parmi les Apocryphes. Nous ne reviendrons pas sur une discussion à laquelle nous n'avons à ajouter aucun argument nouveau. Nous regretterons seulement que, dans son dernier volume sur le Dix-huitième siècle^ M. Faguet ait, pour les besoins de sa cause, emprunté des citations à un écrit qui, d'après les éditeurs de Kehl eux-mêmes, ne saurait être mis sur le compte de notre auteur.
2372. Le Portefeuille de M^^e de T***, donné au public PAR M. DE V***. Berlin, 175 1, in-80 de 4 ff. et 348 pp. Titre gravé. (C. V. Beuchot, 683.)
Avait paru en ijiS sous ce titre : Portefeuille de M^ne ***^ contenant diverses odes, idylles et sonnets, etc., Paris, Ballard, in-12.
A peu près la moitié de ce volume est composée d'opuscules de M.'^° de Simiane (voyez le Catalogue Rochebilière, II, p. 164, et Barbier, Dictionnaire des ouvr. anonymes, éd. Daffis, III, 954). — Au moyen d'un nouveau frontispice, ce livre est devenu le Portefeuille de M'n<^ de T'"*, donné au public par M. de V*** : on n'y trouve pas une seule pièce de Voltaire, qui, en lyiS, était âgé seulement de vingt ans.
2373. Mes Pensées. Copenhague, 175 1, iu-12 de m et 407 pp. • — Nombreuses réimpressions.
Le faux-titre porte : Qu'en dira-t-on. Ce faux-titre est répété en haut de chaque page, par suite d'une méprise de
l'imprimeur.
Sur cet ouvrage de La Beaumelle, voyez les Mémoires du marquis d'Argenson, éd. Jannet, t. IV, p. 70, et t. V,