Dumarsais ne mourut qu'en
Wagnière, dans VI£xa)ndH des Mémoires de Bachauvioiit (Mémoires sur Voltaire, I, 249), dit qu'elle est de Voltaire. << Wagnière ne se trompe-t-il pas ici, fait Judicieusement « remarquer l'éditeur des Mémoires sur Voltaire, en confon- << dant une lettre de M. Le Febvre avec l'écrit de Voltaire, <( intitulé: Le Président de Thou justifié, etc.'. (Voyez notre « n" 17 IQ.) Comment un écrit de Voltaire eùt-il paru dans « les feuilles de Fréron ? » — Et comment, ajouteronsnous, Voltaire eût il parlé avec éloge de Desfontaines, ainsi que le fait l'auteur de la Lettre insérée dans V Année littéraire? (P. 276.)
2393. Les Matinées du roi de Prusse, écrites par luimême. Berlin, 1766, in- 12 de i f. de titre et 90 pp. (C. V. Beuchot, 1255.)
Une autre édition de la même année est intitulée : Matinées royales, ou Entretiens sur l'art de régner. S. /., 1766, pet. in-8° de 66 pp'. Titre rouge (Collection de M. le comte de Berlaymont).
Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes (éd. Daffis, m, 83-86), ne cite pas moins de vingt éditions de ce célèbre pamphlet, qui a été, tour à tour, attribué à Frédéric II, au comte de Schwerin, à un officier français qui avait accompagné en Prusse le maréchal de Saxe, au baron Patono, enfin à Voltaire.
En ce qui concerne l'attribution des Matinées au roi de Prusse lui-même, voici ce que dit M. Preuss dans son Catalogue raisonné des écrits attribués à Frédéric {Table générale des Œuvres de Frédéric le Grand, p. iSg) :
> << Les éditions et les manuscrits de cette mauvaise satire
<c contre Frédéric qui datent d'avant 1770 ne renferment « que cinq Matinées : Origine de notre maison; — De la « Religion; — Dj la Jus'Ace; — De la Politique; — De la Po-
I. Ou 60 pp.. d'après M. Preuss Œuvres de Frédéric le Gran.l, Table générale, p. i3gi. — Il existe une re'impression de 1774 [Londres, in 8°], intitule'e les Soirées du roi de Prusse, ou Entretiens sur l'art de régner, et qui a également 60 pp., plus 3 pp. pour une Epilre du roi de Prusse à Voltaire. — A la suite des Soirées du roi de Prusse sont imprimés les Fragments des instructions pour le prince royal de ***, et deux morceaux intitulés du Divorce et de la Liberté de conscience (par Voltaire : voyez notre tome II, p 20?).
« litique d'État. — Plus tard les éditeurs ont ajouté les deux « Matinées : Du Militaire et De la Finance, et intitulé l'ou- « vrage : Les Matinées du roi de Prusse, adressées à son ne- « veu.
« Les Archives de Ta maison royale conservent trois ma- « nuscrits de l'ouvrage en question, dont deux portent des « notes de la main de M. de Catt, lecteur de Frédéric. On lit « sur l'un, composé de cinq Matinées: « Envoi de M. Grimm, « de Paris, pour en rendre compte au roi »; et sur l'autre, « de sept Matinées: «-Envol de M. Grimra, pour montrer au « roi ou lui en faire part. »
« M, P. R. Auguis a reproduit six Matinées sous le titre « de : Les Conseils du trône, donnés par Frédéric II, dit le « Grand, aux rois et aux peuples de l'Europe, Paris, i823.
« M. Techener parle de l'ouvrage qui nous occupe dans « son Bulletin du bibliophile, Paris, 1843 (lisez: 1842), in-8°, << pp. 172 et 173 ; voici ce qu'il en dit : « Ces Matinées « loyales n'ont pu être composées que par un des ennemis « de Frédéric II. 11 ne faut pour s'en convaincre que lire « dans la quatrième Matinée, au paragraphe Sur les Plai- « sirs, la manière dont on lui fait faire l'aveu de la plus avi- « lissante faiblesse. »
« Thiébaud, dans ses Souvenirs (4" édition, t. IV, pp. 181- « i83), attribue les Matinées à un officier français qu'il ne « nomme pas, mais qu'il désigne comme ayant accompagné « le maréchal de Saxe en qualité d'aide de camp; il ajoute « que cet officier s'étant hasardé à reparaître dans les Etats « de Frédéric, après avoir fait paraître en Hollande cet ou- « vrage apocryphe, fut arrêté et conduit à Spandow, où il fut « enfermé pour le reste de ses jours, et où il mourut en ef- « fet'. Ce fait prouve que ce n'est ni à Voltaire, comme la « prétendu M. Jouyneau des Loges, ni au baron Patono, « ainsi que l'a avancé l'abbé Dcnina, que l'on doit imputer « les Matinées royales.
« On peut enfin consulter Barbier, Dictionnaire des Ano- (( nymes, article Matinées (cf. article Frédéric II dans les « Supercheries littéraires dévoilées, de Quérard, éd. Daffis, « II, 92-93), et la notice littéraire que nous avons insérée dans « la Staats^eitung, Berlin, 1845, 26 juin, n" 173, p. 852, « lorsque le Constitutionnel avait reproduit les Matinées « royales, qui ont aussi paru sous le titre de : Entretiens « sur l'art de régner, divisés en cinq soirées, s. l., 1766, « 24 pages in-8°. »
C'est Jouyneau des Loges qui paraît avoir émis le pre-
I. Il s'appelait BonneviUe. (Voyez Frédéric II pltilosophc, par G. Rigollot, Paris, Thorin, 1875, in-S», p. 25o.)
mier ropinion que les Matinées du roi de Prusse avaient été écrites par ^'oltaire : « D'autres, ajoute-t-il, pensaient que le « manuscrit, en le supposant du roi de Prusse, confié autre- « fois par lui à Voltaire, pouvait avoir été rendu public seu- « lement par l'infidélité de ce dernier. ■> (Lettre aux citoyens rédacteurs de la Décade philosophique, littéraire et politique, 9<= année de la République, 2'^ trimestre, pp. Sôj-Sbg.) Plus récemment, M. E.-A. SpoU, dans l'introduction dont il a fait précéder la réimpression des Matinées publiée par la Librairie des bibliophiles, dans la collection des Petits Chefsd'œuvre [Paris, Jouaust, 1881, in-18, pp. 8-g), a essayé de prouver, par voie d'élimination, « que ce petit livre ne pou- « vait être d'un autre que Voltaire ».
Mais, ainsi qu'on l'a fait très justement remarquer dans la Revue politique et littéraire du 10 octobre i885, M. SpoU n'a apporté, à vrai dire, « aucun argument pércmptoire... ; « il s'est contenté d'assembler un faisceau de preuves morales « sans document décisif ni argument qui soit absolument « triomphant. Il faut se décider sur des probabilités, et l'on « peut encore se refuser à trancher la question ».
II ne suffit pas en etTet d'affirmer, comme le fait M. Spoll, que ni « l'insociable Maupertuis, ni La Mettrie, le professeur « d'athéisme, ni le Vénitien Algarotti... ni le marquis d'Ar- « gens,... ni même La Beaumelle..., n'étaient de taille à « écrire ce merveilleux pamphlet » : il faut encore donner une raison plausible qui puisse le faire attribuer à Voltaire. Or, c'est ce que n'a pas fait M. Spoll, et ce que n'ont pas fait non plus ceux qui ont voulu que cet écrit fût du patriarche 'entre autres M. Charles Potvin, qui a réimprimé en 1871 les Matinées du roi de Prusse avec le nom de Voltaire : Bruxelles, chc:{ tous les libraires, in-S" de 58 pp.).
Ce pamphlet est-il de Frédéric II? a-t-il tout au moins été inspiré par lui, ainsi que le suppose et que s'efforce de le démontrer M. le comte Hector de la Perrière, dans la réimpression intitulée : La Politique prussienne d'après Frédéric II [Paris, Dentu, 1870, in-8"de 32 pp.j'rC'est ce que nous n'avons pas à rechercher ici. Tout ce que nous croyons pouvoir affirmer à cette place, où nous ne nous occupons que des Ouvrages faussement attribués à Voltaire, c'est que les Matinées royales ne sont pas l'œuvre de notre auteur.
En écrivant, de ij58 à 17G0, les Mémoires pour servir à l'histoire de sa vie. Voltaire avait tiré de F"rédéric une vengeance assez éclatante pour ne pas songer de nouveau, vers le commencement de l'année 1765 (époque où commença à
courir le manuscrit des Matinées)^, à raviver dans le cœur du roi des ressentiments qui s'étaient tout au moins assoupis.
Les mêmes raisons de prudence qui lui avaient fait suspendre l'impression des Mémoires l'auraient engagé, s'il avait écrit les Matinées roj'hles, à en ditlérer également la publication. D'autre part, aucun de ses contemporains ne lui a attribué cet écrit; lui-même n'y a jamais fait allusion dans sa Correspondance, et paraît l'avoir ignoré; enfin, il est difficile de reconnaître dans le style de ce pamphlet la langue toujours si claire, si concise et si élégante de Voltaire. — Mais, a t-on dit, « Voltaire a déguisé son style, pour rendre « possible le succès de sa perfidie; il l'a, en vue de la vrai- " semblance du pastiche et de l'illusion, alourdi, surchargé, « germanisé » -. — Voltaire n'était pas homme à s'imposer une pareille contrainte : dans ses longues polémiques littéraires, il n'a usé que fort rarement « de cette singerie qu'on « appelle pastiche », comme dit quelque part Marmontel ',et tout ce qu'il écrivait «lui venait trop naturellement 't » pour qu'il prît la peine de dissimuler, sous des idées et sous un langage d'emprunt, le tour et la manière qui lui étaient propres.
Nous venons de relire attentivement les Matine'es royales: rien n'y décèle, rien n'y trahit la pensée ou la plume de Voltaire. Il semble résulter, au contraire, d'un passage où l'auteur anonyme de ce pamphlet fait un grand éloge du patriarche et de son Dictionnaire philosophique {Deuxième Matinée : De la Religion), ainsi que d'un autre endroit dans lequel il est dit : « Voltaire n'était point de ce caractère : « aussi l'ai-je chassé; je m'en suis fait un mérite auprès de
« Maupertuis, mais dans le fond je le craignais », que
c'est tout à fait à tort qu'on a attribué les Matinées royales à l'auteur de la Diatribe du docteur Akakia.
L'édition des Matinées publiée par M. Nadault de Buffon, à la suite de la Correspondance inédite de Buffon, et les réimpressions de Londres (iSô3,in-i2) et de Fribourg[i8b3, in-8") ont donné lieu dans la presse française, anglaise, alle-
1. Voyez les Mémoires secrets du i''' février 1765. — Le rédacteur des Mémoires secrets dit que les Matinées sont « une extension d'un petit « imprimé qui parut il y a plus de dix ans, intitulé Idée de la personne « et de la manière de vivre du roi de Prusse ». (Voyez ci-dessus notre n" 2374); il n'y a pas grand rapport entre ces deux ouvrages.