‹ Voltaire. Bibliographie de ses œuvres (volume 2)Chapitre 38 sur 119 · Correspondance sccrclc, lac. cit · texte numérisé non relu

Correspondance sccrclc, lac. cit

« suppression dans toutes les villes où elle pourra avoir « été envoyée.

« Je ne connais point Bardin; je ne l'ai jamais vu; je n'ai, « depuis plus de quinze ans, aucune correspondance avec « Genève. Vous êtes plus à portée que personne de confir- « mer cette vérité, vous qui avez été si longtemps mon voi- « sin, et qui m'avez fait le plaisir d'habiter mon château « de Tournay.

« J'apprends avec douleur qu'une grande partie de cette « édition de Bardin se trouve à Paris chez un homme de « votre connaissance (Panckoucke), qui n'a aucun intérêt « à me faire de la peine, et à qui je serais très fâché d'en « faire; mais vous sentez à quoi m'obligent mon honneur, « mon intérêt et celui de ma famille.

« Vous devez avoir du crédit dans la ville de Genève; « votre famille y est honorée. Je vous prie très instamment « de vouloir bien venir chez moi, quand le temps le per- « mettra, pour prendre, avec votre ancien ami, toutes les « mesures qui pourront prévenir ou étouffer un scandale si « dangereux. J'irais chez vous si je pouvais sortir. Je recom- « mande cette affaire à votre amitié et à votre probité. »

Puis, craignant « d'être accusé », et sentant <' qu'il serait « bien triste, à son âge de quatre-vingt-deux ans, de cher- « cher une nouvelle patrie, comme d'Étallonde », Voltaire écrit coup sur coup à d'Alembert (8 février), à Panckoucke (23 février), à Condorcet (28 février et i'='" mars), à d'Argental (6 mars), pour détourner le danger qui le menace : Bardin ne se contente pas « de l'étouffer sous ce tas énorme de sottises qu'il lui attribue; il veut encore le faire brûler avec elles »; — l'édition « désavouée également par Bardin et par Cramer est trop indigne d'être débitée par Panckoucke, tant à cause de l'exécution typographique," qui est détestable, que pour les pièces odieuses qui la déshonorent »; — Panckoucke est perdu « si on trouve chez lui un seul exemplaire de cette infâme édition, annoncée par un nommé Bardin dans le journal de Bouillon » ; — il faut que Panckoucke « renvoie à Genève les poisons qu'il y a achetés; s'il en garde un seul dans sa boutique, il sera infailliblement empoisonné, comme le fut Locuste, dans son laboratoire »; enlin, Voltaire « sait toutes les atrocités qu'on prépare à Paris. 11 se voit de tous côtés entre l'enclume et le marteau, victime de l'avarice d'un libraire, victime d'une faction de fanatiques à Paris, et près de quitter, dans sa quatre-vingt-troisième année, le château et la ville qu'il a bâtis, les jardins et les forêts qu'il a plantés, les manufactures florissantes qu'il a éta-

« blies, et d'aller mourir ailleurs, loin de toutes ses con- « solations ».

Suard aura beau lui écrire, le 6 mars 1776, que l'édition ne se vend point à Paris, et que personne ne songe à attaquer l'auteur : même lorsque le danger sera passé, Voltaire s'en prendra encore « à cette détestable collection », et plaindra Panckoucke « de s'être chargé d'une si ridicule « marchandise ». (A. Panckoucke, 12 janvier 1778 : M. 10,1 38.)

Nous avons parlé ci-dessus des cartons qui furent faits pour cette édition. Le plus curieux est peut-être celui qu'on mit à la Préface du tome F"", pp. 3-4. On vit, chose bizarre, les éditeurs déprécier eux-mêmes leur édition, en avouant que l'auteur ne leur avait livré qu'une partie de ses écrits. Voici d'ailleurs comment est rédigée la nouvelle 'version de cette Préface des éditeurs : "■ ... C'est là que «■ nous l'avons connu, et qu'il nous a confié la plupart de « ses ouvrages ; nous avons tiré le reste des joui nau.v et des « portefeuilles des curieux.

« On a retranché de cette cdtion beaucoup de petites (< pièces de vers ridiculement attribuées à l'auteur, et in- '< dignes de tout homme de goût. Nous avons eu soin de u ne mettre sous so>i nom que ce qui est de lui\ On ne <c retrouvera point ici la Brunette anglaise, d'un gen~ « tilhommc suisse; des vers attribués au savaiit géomètre <i Clairaut, qui n'a jamais fait de vers; une complainte d'u)t « nommé Donneval sur la mort de 3/"' Le Couvreur^ qui « commence ainsi :

Quel contraste frappe mes yeux!

Melpomcne ici désolée...

« une autre encore plus plate, intitulée « les Avantages de la 0 raison »; une épitre à l'abbé Rothelin, par M. de For- » mont; une ode sur le Fra/ D/cii (cette ode est de Voltaire) ; « une épitre ordurière de Vabbé de Grécourt, qui dit à une i^ femme que l'amour dresse son pupitre; une épitre à mon « clier B"'", dans laquelle il est dit à mon cher 5**' que « le soleil est l'âme du monde, que sa clarté Vinonde, « que sa plus belle productio.i est la lumière éthérée, et que « de Newton la main i)ispi}ée la sépara par la réfraction. « Toutes ces énormes platitudes ont été i')ipri<!iccs par des

I. Pour le C.alécltumcnc, qui. en cilct, n'est pas de Voltaire, il est dit en noie (t. XXXIX, p. io5i : « On est certain que cet ouvrage n'e.st « pas de M. de \^, mais de .M. de B. (Borde). On a la copie écrite de « sa main. »

« libraires qui ont osé les publier par souscription. C'est le « comble du brigandage et de l'ignorance qui avilissent « aujourd'hui l'art typographique. »

Dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, les cartons sont reliés à la fin des volumes. Ces mêmes cartons, séparés, forment, dans la collection Beuchot, un volume d'environ 400 pp. (n° 33). Voici, d'après ce dernier recueil, l'énuméralion complète de ces cartons :

T. I, pp. 3-4, i3-i4, 423-424, 425-426.

T. Il, pp. io3-io4, io5-io6.

T. V, pp. 291-292, 3oi-3o2.

T. Vil, pp. 17-18, 3i-32, 149-150, i55-i56.

T. XI, pp. 49-5o, 63-64, 243-244, 253-254.

T. XII, pp. 65-66, 79-80, 81-82, 95-96, 101-102, 107-108 23i-234, 353-354, 36.7-368, 373-374, 379-380, 421-422 427-428, 433-434-

T. XIII, pp. 5i-52, 55-58, Gi-62, 81-84, 93-96, 119-122 145-146, 159-160, i65-i66, 171-172, 199-202, 209-210 223-226, 239-240, 279-282, 401-402, 407-410, 415-416.

T. XIV, pp. 3-4, i3-i4, 39-42, i33-i34, 139-140, 145-146 159-160, 257-258, 271-274, 287288, 3ii-3i4, 371-372 38i-382, 471-474, 485-486, 491-492,

T. XV, pp. 53-54, 59-60, 279-282, 32 1-322, 335-336.

T. XVI, pp. 21-22,27-28,81-82,95-98, 111-112, 119-122, i3i-i32, 141-142, 147-148, i57-i58, i65-i68, 171-172, 289- 290, 3o3-32o, 419-422, 427-430.

T. XVII, 195-196, 197-198, 203-204, 205-206, 2l5-2l8,

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