VI. Satires
2313. Les Maux de la fin du règne de Louis XIV.
Il s'agit de la célèbre satire qui circula dans Paris quelques jours après la mort de Louis XIV, et qui se termine par ce vers :
J'ai vu ces maux, et je n'ai pas vingt ans! '
'< On attribue cette pièce au sieur d'Harouet [sic), fils d'un « notaire de Paris », dit Buvat dans son Journal (I, 100); et Voltaire lui-même raconte que, « comme il n'avait pas « vingt ans alors, plusieurs personnes crurent qu'il avait « rais par là son cachet à cet indigne ouvrage » {Lettres écrites en 17 19 sur Œdipe; lettre première).
I. Vojez cette satire dans \e.s Mémoires du comte de Maurepcis (3' éd., Paris, 1792, t. 1er, pp g5 à 100); dans le tome Je de Fe'dltion Moland, p. 29,).; — dans le tome 1er du Chansonnier historique du XVIIU siècle, par M. E. Raunid [Paris, 1879, p. i). — Buvat, dans .son Journal de la Rc'i^ence (Paris. l'Ion, i863, t. l'^r, p. 99), rapporte aussi cette pièce (septembre i7i3). \,qs J'ai vu ont été' imprimes, sous le nom de Voltaire, dans Mon petit yortefcuilte, Londres, 1771, t. Il, p. 112.
Les J'ai vu sont du poète Lebrun, « auteur de l'opéra « d'Hippocrate amoureux » (imprimé en 17 12, dans un Théâtre lyrique, Paris, Ribou, 1712). « Heureusement ma « justification est venue, quoique un peu tard, écrit à ce «sujet Voltaire dans cette même Lettre sur Œdipe ; celui « qui m'avait calomnié. .. m'a signé lui-même, les larmes « aux yeux, le désaveu de sa calomnie, en présence de deux « personnes de considération qui ont signé après lui » (éd. Moland, II, i3)'.
L'éditeur du Journal de Buvat commet une erreur lorsqu'il affirme, d'après Condorcet, qu' « innocent ou coupable, « le poète n'en fut pas moins mis à la Bastille, où il resta « près d'un an » (t. I, p. 100, note i). Les J'ai vu parurent en 1715, et ce n'est qu'au mois de mai 1717 que Voltaire, qui au mois de mai 1716 avait été exilé à Sully-sur-Loire, pour deux petites pièces qu'on lui avait attribuées, et qui étaient dirigées l'une contre le duc d'Orléans, l'autre contre la duchesse de Berry^, fut enfermé à la Bastille. Le vrai motif de l'incarcération de Voltaire paraît avoir été une autre pièce satirique commençant par ces mots : Régnante puera (Bib. nat.. Manuscrits. Recueils de chansons historiques, t. XIV, f. 47; cf. le n° V de la Revue rétrospective, t. II, p. 125, et l'édition Moland, t. I, p. 296), et dans laquelle le poète outrageait cruellement le régent. Ce Régnante puero, imité d'un pasquin de 1758 (voyez l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, t. IX, p. 638), peut avec d'autant plus de vraisemblance être attribué à Voltaire qu'on a trouvé dans ses papiers un projet de vers latins contre le régent 5, et que, d'autre part, son aveu formel est consigné dans un rapport de l'espion Beauregard, publié par Beuchot (t. I*"" de l'édition Moland, p. 297). « Je sortis de mes tablettes, écrit Beaure- « gard, le Puero régnante ; il (Voltaire) me demande sur-le- « champ ce que j'avais de curieux. Je l'ai montré : quand il « eut vu ce que c'était : « Pour celui-là, je ne l'ai pas fait « chez M. de Caumartin, mais beaucoup de temps avant « que je parte. »
Quant aux Philippiques, qui, selon M. Desnoiresterres, au-
1. Sur Antoine-Louis Lebrun, né à Paris en 1680, mort en 1743, voyez de Léris, Dictionnaire portatif des théâtres, 2*^ édition, Paris, 1763, pp. 616-617.
2. Ces deux petites pièces, désavouées par Voltaire, sont imprimées depuis 1828 parmi ses Poésies mêlées (éd. Moland, t. X, pp. 473-474; cf. notre tome I", no^ SSS-SSy).
3. Voyez la note de Beuchot, t. I't de Fédition Moland, p. 296. — Cf. Voltaire et la police, par AL Léouzon le Duc, Paris, Bray, ib'67, pp. 35-87.
raient été aussi mises sur le compte de Voltaire, et qui lui auraient même valu un troisième exil [Jeunesse de Voltaire, p. 172), nous ignorons sur la foi de quelle autorité le savant biographe les a attribuées à notre auteur. Marais, à qui renvoie M. Desnoiresterres, ne dit rien de tel dans son Journal; il se borne à rappeler que le métier de poète <; fait « mourir de faim son maître, ou le fait pendre», et qu'on a vu de son temps « Arouet mis à la Bastille » (t. I, p. 2S6).
2314. Brevet pour agréger le sieur Camuzat dans le
RÉGIMENT DE LA CaLOTTE, PAR VOLTAIRE.
Imprimé à la page 261 du Rtcucil des pièces du régiment d:' la Calotte (Paris, Colombat, 1726, pet. in- 12). « Je ne <i puis croire, dit Beuchot, que cette pièce, dont au reste « personne n'a parlé, soit de Voltaire. Dans le même recueil, « p. 267, est le Brevet pour agréger le sieur Arouet de <i Voltaire dans le régiment de la Calotte, par le sieur Ca- « muzat. Cette dernière pièce est dans l'édition de 1752- « 1754 des Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, « en six volumes in-12; mais le Brevet pour Camuzat n'y est pas » (t. XIV de l'édition Lefèvre, p. 1 14). — Il est question d'un « sieur Camuzat » dans une lettre de Voltaire à l'abbé Moussinotdu 6 mars (i738) (M. 838).
Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile, Etc., etc.
Ces vers, écrits au moment de l'arrestation du prétendant Charles-Edouard (10 décembre 1748), sont attribués à Voltaire par l'abbé Raynal, qui les rapporte dans ses Nouvelles littéraires (t. I*^"" de la Correspondance de Grimm,éd. Tourneux, p. 256). L'abbé Morellet les donne à l'abbé Bon, « maître de quartier à Sainte-Barbe, homme de beaucoup « d'esprit et de talent » {Mémoires, Paris, Ladvocat, 1822, I, i3); mais il résulte des recherches faites par M. Desnoiresterres dans les archives de la police que cette pièce satirique est en réalité du poète Desforges, auteur d'une Lettre critique sur la tragédie de Sémiramis [s. l. n. d., in-S" de 3o pp. Cf. V Avertissement de Beuchot, en tête du Précis du Siècle de Louis XV). -r- L'abbé Sigorgne, professeur de philosophie au collège du Plessis, qui avait donné des copies de ces vers, et les avait même, paraît-il, dictés à ses écoliers, fut, lui aussi, soupçonné de les avoir composés (Morellet,
loc. cit.); mais, d'aprcs M. Desnoiresterres (Vollaire à la cour, p. 242, note i), ce n'est point pour cette satire, mais pour d'autres vers, qui commençaient ainsi :
Quel est le triste sort des malheureux Français, Réduits à s'affliger dans les bras de la paix, Etc , etc.
que l'abbé Sigorgne fut arrêté et mis à la Bastille. Voyez cette pièce dans l'édition Aloland, parmi les Poésies attribuées à Voltaire, t. XXXII, p. 428. M. Moland l'a extraite d'un volume intitulé : Voltaire et M'"^ du Châtelet, Révélations d'un serviteur attaché à leurs personnes, etc. {Paris, Dentu, i863, in-i8 p. i58).
2316. Irus, ou le Savetier du coin. Genève, 1760. Iia-8 de 23 pp. (par Groubentall de Linière).
L'auteur de l'article Groubentall de Linière, de la Nouvelle Biographie générale, dit qu'il existe une édition d'Irus avec le nom de Voltaire (t. XXII, col. 220); nous ne l'avons jamais rencontrée. Ersch, dans sa France littéraire (II, i43), a attribué par erreur cette pièce à Grouber de Groubenthal. Cf. l'édition Moland, t. XLI, p. 87. — En 1761, Groubentall de Linière fit paraître, en collaboration avec du Laurens, les Jésuitiques, odes enrichies de notes curieuses pour servir à l'intelligence de cet ouvrage, Rome [Paris], in-S", qu'on imputa aussi à Voltaire (voyez la lettre du patriarche à Gabriel Cramer, du 3i mars 1770).
2317. L'Apothéose du roi Pétaud,
Cette pièce est imprimée dans la Correspondance de Métra, t. II, pp. 3i4 et suivantes. «Dans le nombre des satires, « des chansons, des méchancetés de toute espèce par les- « quelles on a tenté de contrarier l'élévation de M™° du B. « (Barry) se trouve, dit le nouvelliste, un conte en vers « qu'on attribue à M. de Voltaire... » Cf. les Mémoires se- « cretô du 2 janvier 1769.
2318. Michel et Michau (par Condorcet).
On lit dans la lettre CXLVII de la Correspondance de La Harpe [Œuvres de La Harpe, Paris, Verdière, 1820, t. XI, p. 38o) :
« En 1769, sous le ministère de M. d'Invaux, il y eut au « Parlement une assemblée de grande police, à l'occasion de « la cherté des grains. Messieurs, qui étaient fort peu << instruits de cette matière, débitèrent beaucoup d'inepties. « iVI. Turgot, qui l'avait beaucoup étudiée, et qui d'ailleurs « ne pouvait pardonner au Parlement son arrêt contre La « Barre, fit alors un petit poème, dans le goût du Pauvre « Diable, intitulé Michel et Michau. C'étaient Michel de « Saint-Fargeau et Michau de Monblin, deux arcs-boutants « du palais. On n'en a que quelques fragments qui couru- « rent alors, et que tous les gens de lettres crurent de M. de it Voltaire... » Cf. la Correspondance de Grimm (éd. Tourneux, t. VIII, p. 388; i^'" décembre 1769). Grimm attribue Micliel et Michau à Voltaire; ce petit poème satirique n'est ni de Turgot ni de Voltaire : il est de Condorcet (voyez la lettre de Condorcet à Turgot, du dimanche de Pâques 1770: Œuvres de Condorcet, édition de 1847-1849). Sur cette pièce, voyez d'Alembert à Voltaire, i5 octobre 1769, et 25 janvier lyyo; — Voltaire à d'Alembert, 3 mars 1770; à Gabriel Cramer, 3i mars 1770.
La Moïsade (de Lourdet), qu'on a souvent attribuée à J.-B. Rousseau, a été mise par ce dernier sur le compte de Voltaire (voyez l'édition Moland, t. XXII, p. 320, et XXXIV, p. 129, Cf. V Intermédiaire des chercheurs et curieux, Xlc année, pp. 6, 61, 178, 209, 299).