‹ Voltaire. Bibliographie de ses œuvres (volume 2)Chapitre 97 sur 119 · SES PAPIERS, ÉCRIT DE SA MAIN · texte numérisé non relu

SES PAPIERS, ÉCRIT DE SA MAIN

Cette Nouvelle a été imprimée aux pp. i-i2 du Recueil de nouvelles pièces fugitives en prose et en vers par M. de Voltaire [Londres, aux dépens de la Société, 1741), que nous avons décrit sous notre n° 2195.

Voltaire attribuait ce « fragment de roman, qu'on disait « impudemment avoir trouvé écrit de sa main dans ses « papiers » à un jeune homme nommé de La Cliaize (voyez sa lettre à de la Roque, de mars 1742 (M. 1495), et une autre de ses lettres (inédite) au libraire Lambert : Catalogue d'une belle collection de lettres autographes, etc., Paris, Laverdet, i836, n° 445 ^).

2354. Candide, ou l'Optimisme, traduit de l'allemand de M. le docteur Ralph. Seconde partie. S. /., 1761. In-i2 de 133 pp. et I p. non chift". pour les Failles d'impression que le lecteur est prié de corriger. (Bibl. nat. Y^75I. H)

Cette Seconde partie de Candide a eu de nombreuses réimpressions (voyez notre tome I'"", pp. 449 et suivantes) : on l'attribue généralement à Thorel de Campigneuilcs, ancien garde du corps, et trésorier de France de la généralité de Lyon. « Un ancien garde du corps, M. de Campigneulles,

1. Sur différents morceaux en prose, recueilli.s par les éditeurs des Romans et Colites de M. de Voltaire (Bouillon, 1778; Londres, i7fii], et qui sont tous de notre auteur, tels que le Roi de Boutan; — Autre temps, aïitre façon de voir ; — Contes arabes et indiens; — Le Danger d'avoir raison; — Voyage au ciel; — Le Hibou et les Oiseaux, voyez notre tome I^', p. 473.

2. Nous avons dit ci-dessus, p. 18, que le poète attribuait VApotliéose de Mlle Le Couvreur, à de La Chaize, et le Fragment de roman trouvé dans ses papiers, à Bonneval. C'est au contraire Bonneval qui, d'après Voltaire, aurait écrit VApotltéose, et de La Chaize qui serait l'auteur du roman.

3i2 VOLTAIRE

« bel esprit fort obscur, écrit Grimm, le i*'' mai 1761, vient « de donner une Suite de Candide, roman de M. de Voltaire ; « mais cette erreur n'a pu durer longtemps. L'auteur de la « copie imite bien son original dans la facilité de transpor- « ter ses personnages d'un bout de l'univers à l'autre; mais « il manque de chaleur et de verve... » [Correspondance littéraire, éd. Tourneux, t. IV, p. 400.)

L'auteur présumé de ce pastiche l'a désavoué dans la lettre suivante, publiée par le Mercure de juillet 1761, t. I, pp. 99-101 :

« Ayant appris, Monsieur, que plusieurs personnes, tant à Paris qu'en province, m'attribuaient un livre nouveau, intitulé : Candide, seconde partie, j'ai cru devoir désavouer cet ouvrage de la manière la plus précise, la plus propre à me concilier la bienveillance des gens vertueux que j'honore, et dans l'esprit desquels mon silence aurait pu produire un effet fâcheux. Je les prie instamment d'être bien convaincus que je n'ai jamais rien écrit de contraire à la décence, aux principes de la morale et de la vraie religion ; que la suite de Candide n'est point de moi; que je désapprouve la licence qui y règne et l'espèce de philosophie qu'on y trouve à chaque page; qu'enfin, de toutes les brochures qu'on a mises sur mon compte, je n'ai véritablement composé que de faibles Essais sur divers sujets, imprimés avec beaucoup de fautes en lySS, et des Anecdotes sur la fatuité, etc.. J'en reviens à la suite de Candide. Quoique quelques gens de lettres l'aient trouvée assez bien écrite pour parier qu'elle était d'un homme très célèbre en Europe, encore un coup. Monsieur, je la désavoue absolument, et je vous prie instamment de rendre cette lettre publique.

« Thorel de Campigneulles. »

A Lyon, ce 28 mai 1761.

On peut consulter, sur la Seconde partie de Candide, le Dictionnaire universel du XIX<^ siècle, de Larousse, qui consacre à cet ouvrage un long article dont voici la conclusion : Cette seconde partie, ajoutée par une main anonyme à ce modèle de grâces légères et sans apprêt qu'on appelle Candide, a été attribuée, nous l'avons déjà dit, à un M. de Campigneulles. dont le nom n'a pas survécu, que nous sachions... Comme dans le premier Candide, on y maltraite quelque peu Leibnitz; on y raille Descartes et Newton; on y reproche à Pascal de nous faire haïr nos semblables, ou plutôt on y combat l'esprit de système, le grand

BIBLIOGRAPHIE DE SES ŒUVRES 3i3

« ennemi de Voltaire; les gazetiers de Trévoux n'y sont pas « oubliés. Quelques traits piquants font passer des tableaux « obscènes, des aventures scabreuses; mais la vivacité, le << mordant, et cette gaieté infernale du premier Candide, qui « semble écrit, au dire de M"»"^ de Staël, par un être d'une « autre nature que nous, indifférent à notre sort, et riant « des misères de l'espèce humaine; ce bon sens que rien ne <( peut égaler, cette sûreté de main qu'on ne saurait imiter, « tout cela fait défaut dans Candide continué, qui n'est pas « sans intérêt, mais qui ne souffre point de comparaison « avec le modèle...» (t. Ill,p. zSg). — L'auteur de cet article ajoute que cette Seconde partie de Candide est « une curio- « site bibliographique à peu près introuvable »; cependant les éditions anciennes en sont nombreuses, et, de nos jours, l'ouvrage attribué à tort ou à raison à Thorel de Campigneulles a été réimprimé dans le Dernier volume des Œuvres de Voltaire^ (voyez notre n° 2'282). M. Moland l'avait admis dans le texte primitif du tome XXXII de son édition des Œuvres complètes de Voltaire, pp. 477-509; mais la Seconde partie de Candide a disparu du second tirage des dernières feuilles de ce tome XXXII.

2355. L'Optique, ou le Chinois a Memphis. Essais traduits de l'égyptien (parJ.-N.-M. Guerineau de Saint- Péravi). Londres (Paris), 1763. 2 parties in-12.

Voici ce qu'on lit, au sujet de ce volume, dans une note du Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier (éd. Daffis, III, 719) :

« Cet ouvrage fut attribué à Voltaire, et J.-J. Rousseau a « eu le malheur d'ajouter foi à ce bruit. Voici ce qu'il écri- « vit en tête d'un exemplaire de l'ouvrage, lequel appartient « aujourd'hui (i823) à M. Panniffex, ancien négociant à « Lahr, en Brisgau :

« Je ne connaissais pas ce fatras, je n'en avais jamais « entendu parler; j'en ai reconnu l'auteur dès la seconde (( page. Ce n'est pas ici le seul ouvrage de M. de Voltaire qui « soit pensé sans jugement; mais c'est le seul qui soit écrit « avec platitude et ineptie : et voilà comment la basse envie

I. Et dans V Artiste, d'après le Dictionnaire universel du AVA'"-' siècle. Nous n'avons pas retrouvé dans le recueil dirigé par M. Arsène Houssaye cette seconde partie de Candide.

3i4 VOLTAIRE

« et le désir de nuire étouffent le génie et dégradent le « talent. >'

Signé : J.-J. Rousseau.

Grimm nous apprend que l'Optique, etc., est « une froide « copie du Memnon, du Babouc, et d'autres petits morceaux « de Voltaire en ce genre » {Correspondance littéraire, i5 décembre lyôS; éd. Tourneux, V, 420). Les Mémoires secrets du 22 novembre 1763 disent qu'il est malheureux pour M. de Semperavi [sic) « que Zadig et Candide aient « été faits ». Enfin nous savons par M. Drujon {les Livres à clef, Paris, Rouveyre, 1888, II, ySS) qu'on trouve dans cet ouvrage « d'assez nombreuses allusions aux hommes et aux « choses du jour ».

2356. ClILVKI, HISTOIRE COCHIXCHIXOISE QUI PEUT SERVIR A

d'autres pays. Londres, 1768. In- 8 de 96 pp. (C. V. Beuchot, 1058.)

On lit sur le frontispice d'un exemplaire de cette édition (C.V. Beuchot, iio3) : Chinki, etc., seconde partie de VHomnie aux quarante écus. — Réimprimé (avec des changements et des additions) en 1824 sous le titre suivant : Chinki, ou les Maîtresses de la Cochinchine, Lyon, Barret, in-8° de 44 pp. (C. V. Beuchot, io.tq.)

Chinki a pour auteur l'abbé Gabriel-François Coyer. L'Histoire cochinchinoise de M. l'abbé Coyer, lit-on dans les Mémoires secrets du 22 août 1768, peut être regardée comme le pendant de l'Homme aux quarante écus de M. de Voltaire. Dans le dernier, un pauvre diable, échappé i< de sa campagne, vient à la ville et fait fortune. Le héros de M. l'abbé Coyer, au contraire, vivait heureux dans son état d'agriculteur. Obligé de quitter sa terre par l'accroisseiiient des impôts, il cherche à placer ses enfants dans dili'érents arts ou métiers; et, ne pouvant réussir d'aucune façon, ils finissent tous tristement, etc.. Il faut convenir qu'outre le mérite de l'invention que le philosophe exjésuite doit céder au philosophe de Ferney, il y a dans le roman de celui-ci des gràjes, une gaieté, une aménité et une variété dont manque absolument Chinki. »

Grimm n'est pas plus tendre pour l'abbé Coyer et son Chinki. « Il règne, dit-il, une grande uniformité dans ce « petit roman, et cette uniformité en rend les deux tiers « ennuyeux et insipides. Si M. de Voltaire avait envoyé

RIRLIOGRAPHIR DE SES ŒUVRES 3i5

« promener Chinki dans les rues de la capitale, combien la <i satire de nos mœurs, de nos sages règlements, de notre « belle police, serait devenue vive, piquante, ingénieuse et « variée ' 1 »

Chinki a eu lui-même une suite intitulée : Naru,fils de Chinki, histoire cochinchinoise qui peut servir à d'autres pays, et de suite à celle de Chinki, son père '.

2357. L'Homme au latin, ou la Destinée des savants, HISTOIRE SANS VRAISEMBLANCE (par Sirct). Gcncvc, l'jè^. In-8 de 2 fF. de titre et 120 pp. (C. V. Bengesco.)

Erscn, uans sa France littéraire {Hambourg, 1798, III, 408), cite cet ouvrage comme pouvant être attribué à Voltaire. Cf. Qnéy3.\d, Bibliogr. Volt., 558. — D'après Quérard, il existerait de l'Homme au latin une édition avec les noms "e Gev.f've et Paris, Le Jay.

2358. FoKA, OU LES Métamorphoses, conte chinois dérobé

A M. DE V***. Pékin et Paris, veuve Diichesne, 1777. 2 parties in-12 (par Paul Barret, ou Barrett).

« On ne peut citer ici cette plate imitation du Sopha que « pour s'assurer qu'elle n'a été dérobée à aucun homme de « lettres connu, et moins à M. de Voltaire qu'à aucun autre. « Le livre tombe des mains à la première page. » {Correspondance de Grimm, etc., éd. 'l'ourncux, XI, 540; septembre 1777.)

2359. L'ÛDALISaUE, OUVRAGE TRADUIT DU TURC Constauti-

nople, Ibrahim-Bectas, imprimeur du grand vi\ir, 1779. In-

1. Correspondance, éd. JVl. Tourneux, VUE, 160. — La Harpe est d'un autre avis : u M. Turgot, tcrit-il, confia à l'abbé Coyer ses idées sur les maîtrises et les privilèges, idées qu'il développa dans Chinki, opuscule qui est, selon moi, ce qu'il a fait de mieux. » Correspondance littéraire; Œuvres de La Harpe. Paris, VerJière, 1820, XII, 61.

2. Londres, 1776, in-S» de vui et 93 pp. (C. V. Beuchot, io58). — Sur cet ouvrage, voyez les Mémoires secrets du 2 juillet 1776; mais c'est à tort qu'ils le donnent comme étant de l'abbé Coyer. Naru, etc., a eu pour auteur du Wicquet d'Ordre, suivant les uns, de Maugée, suivant les autres.

3i6 VOLTAIRE

12 de 85 pp. (Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, éd. Daffis, III, 644.) — L'Odalisq.ue, OUVRAGE traduit du TURC PAR Voltaire. A Constantinople, etc. 1796. In-32. Papier fort. 4 figures libres non signées. (Cohen, Guide de l'amaieur, etc., V^ édition, 383.)

Voici ce que dit au sujet de cet ouvrage M. Charles Monselet, dans ses Galanteries du X Ville siècle, Paris, M. Lévy, 1862, pp. i58-i59': « Le nom de Voltaire couvre impudemment une spéculation scandaleuse et des épisodes sans esprit. » On lit dans un Avis de l'éditeur, placé au début: Voltaire a composé cet ouvrage à quatre-vingt-deux ans. Le manuscrit nous a été remis par son secrétaire intime, ce qui nous autorise à annoncer l'authenticité de ce que nous annonçons. On verra qu'il nous aurait été facile de faire disparaître quelques expressions énergiques, mais une froide périphrase n'aurait pas rendu aussi bien l'expression du personnage. Au surplus nous pensons qu'il faut respecter un grand homme jusque dans les écarts de son imagination. »

« Il est impossible de se laisser prendre à ce piège vulgaire; VOdalisque est un récit absolument dépourvu d'intérêt.. .

« Sur la page du titre, au milieu d'un cadre de fleurs et d'oiseaux, un J, un F et un M majuscules sont entrelacés. Ce chiffre nous fait supposer que l'éditeur de l'Odalisque pourrait bien être Jean-François Mayeur, assez coutumier de ces indignes supercheries. »

D'autre part, on trouve dans la dernière édition du Dictionnaire des ouvrages anonymes, de Barbier (111, 644), les renseignements bibliographiques suivants sur l'Odalisque :

« Une note écrite à la main sur le frontispice d'un exem- « plaire que j'ai vu dans le cabinet de M. du Croisy con- « tient ces mots : «Remis à Genève, en 1781, par un secré- « taire de Voltaire, qui l'avait écrite sous sa dictée. »

« M. du Croisy a écrit de sa main ces autres mots sur ce « même frontispice : « Par M. Pigeon de Saint-Paterne, sous- « bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Victor. »

I. Le titre donné par M. Monselet est le suivant : L'Odalisque, ouvrage traduit du turc par Voltaire. A Constantinople, che; Ibrahim Bectas, imprimeur du grand vi^ir, auprès de la Mosquée de Sai/itc- Sophie. Avec privilège de Sa Hautesse et du Muphti (1796, in-32 de 75 pages, sur papier fort; quatre gravures avec renvois aux pages correspondantes).

« L'auteur de la Bibliographie des ouvrages relatifs à « l'amour suppose que ce roman pourrait bien être dû à « Andréa de Nerciat.

>< M. Ch. Monselet l'attribue à F. -M. Mayeur de Saint- « Paul.

« Dans tous les cas, il n'est certainement pas de Vol- « taire. »

2360. MiSOGUG, OU LES FEMMES COMME ELLES SONT. HISTOIRE ORIENTALE, TRADUITE DU CHALDÉEN. PiVis, PoillÇût, I788 '.

2 parties in-12. (Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, éd. Daffis, III, 315.)

Par Mich. Cubières de Palmézeaux.

Quérard (5/^/20gT. Volt., n" 571) cite ce roman parmi les Ouvrages faussement attribués à Voltaire. Une note de la Bibliographie Gay (V, 94), rapportée par M. Drujon {Les Livres à clef, I, 634), dit que « le genre des romans de Vol- « taire est imité dans Misogug, et que l'ouvrage eut à « l'époque un certain succès de curiosité, fondé sur ce qu'on « y trouvait de nombreux portraits dont les originaux étaient « reconnaissables ».

2361. L'Arbre de science, roman posthume de Voltaire, IMPRIMÉ SUR un manuscrit DE M*"= DU Chatelet. Paris, Delavigne, 1843 (1842). In-32 de 92 pp. {de l'imprimerie de Pecquereau et C'"^). — On lit sur la couverture : Paris, Pilloiit et C' .

L'Arbre de science a été publié dans la Revue de Paris de 1842 (t. XIF, pp. 73-89). Une note des éditeurs, imprimée au bas de la page yS, est ainsi conçue :

« On nous communique un conte inédit dont l'auteur ne « serait autre que l'esprit le plus vaste et le plus fécond du « XVIII" siècle. Voltaire en un mot. Pour expliquer com- « ment une œuvre posthume de l'auteur de Candide a pu « rester si longtemps ignorée du public et des bibliogra-

1. M. Drujon {Les Livres à clef, I, 634) donne les mille'simes 1787 et 1788. — L'exemplaire de la Bibliothèque nationale (Y^, 495 G), in-12 de 226 et 224 pp., a le millésime 1787.

3i8 VOLTAIRE

« phes, nous croyons devoir reproduire quelques fragments « de V Avant -propos placé en tête d'une édition de ce conte « qui se prépare en ce moment. Nous n'osons nous déclarer « pleinement convaincus touchant la paternité de ce conte « inédit; mais la valeur littéraire de l'œuvre nous paraît « assez prouvée pour que nous offrions sans hésiter VArbre « de science à nos lecteurs. »

Voici, en résumé, ce que nous apprend l'éditeur dans V Avant-propos dont il est question ci-dessus, et qui est imprimé aux pp. i3-25 de l'édition séparée décrite sous notre n° 236i.

En 1842, un M. Van B***, de Bruges, découvrit dans les cartons d'un antiquaire de La Haye, .M. Ryckaert, parmi des lettres de l'abbé Prévost, de J.-B. Rousseau, de Voltaire, un roman de l'auteur de la Henriade, copié par M™^ du Chàtelet. Le manuscrit avait pour titre, sur une page, le Marquis de Sombrevanes, et, sur une autre, l'Arbre de science.

« Ce petit roman de Voltaire serait de 1738, ajoute l'édi- « teur; il aurait été écrit, vers la fin de l'été, à Cirey, sous « les yeux et pour les beaux yeux de la marquise du Châte- « let, qui aimait fort la philosophie, quand elle avait battu « Voltaire. Ce serait donc là le premier des contes de Vol- « taire : Ta-t-il oublié, l'a-t-il dédaigné, quand il a réuni '( les autres épars çà et là, à Genève, à Leipzig, à Amster- « dam? Selon une note de Thieriot, un conte demeuré « inconnu de Voltaire aurait été imprimé en Hollande. « Selon une note du manuscrit, Van Duren aurait imprimé '< le Marquis de Sombrevanes, in- 12 de 72 pages, sous ce « titre : le Marquis de Sombrevanes, ou l'Arbre de science, « par m. de V... Amsterdam, che:{ Van Duren, libraire, « 1740...

« Nous avons vu l'écriture du manuscrit appartenant à « M. Ryckaert : c'est bien l'écriture lourde et impatiente de « la marquise du Chàtelet. Cependant, l'ayant comparée « avec une lettre de la célèbre marquise, nous avons décou- « vert des différences notables. Mais l'écriture des femmes a « diverses phases comme leur cœur... »

Copié fidèlement par un M. D. E., le prétendu roman de Voltaire fut imprimé en 1842 « sur un manuscrit qui pou- << vait être de 1790,3 en juger par l'écriture » ; une note de ce manuscrit avertissait le lecteur que « ce roman authen- « tique de M. de Voltaire n'avait été imprimé (en 1740) qu'à << six exemplaires, un pour M™*^ la marquise du Chàtelet,

•< un pour Keyserlingk, un pour d'Argental, un pour M. le « duc de Richelieu, un pour le roi de Prusse, enfin le der- « nier pour M. de Voltaire ».

Est-il besoin de dire que tous ces détails historiques et bibliographiques sont purement imaginaires et que le Marquis de Sombrevanes n'a pu être imprimé en 1740, par la bonne raison qu'il a été écrit en 1842, — c'est-à-dire un siècle plus tard — par M. Arsène Houssaye, prétend-on?

Dès le 14 décembre 1842, le National, dans un article intitulé : Découverte d'un conte inédit de Voltaire, s'attachait à démontrer, par des citations empruntées à l'Arbre de science, quelle présomptueuse hardiesse il y avait à faire passer cette nouvelle pour un roman de l'auteur de VIngénu :

« Qui jamais eût soupçonné Voltaire d'avoir pu écrire : « Il avait mordu aux regards languissants de M"'o de P***; « il avait voulu mordre à plus belles dents dans cette pomme « amère, et Mg'' le régent de la dame du royaume l'ayant « surpris la bouche ouverte, l'avait envoyé se mordre les « lèvres à la Bastille ». Vous reconnaissez ici la touche <c franche et le spirituel badinage de l'auteur de Zadig et « de Candide. Il éclate encore dans ce passage : « C'était la « baronne de... dont plus d'un avait eu le plaisir de faire le « malheur. »

Que penser, en outre, de cette dédicace de VArbre de science :

Avec approbation et pp.ivilège du roi :

Ce roman est dédié au paradis de mes yeux, à l'enfer de mon âme ;

A la belle Emilie, l'arbre de science;

A S071 cœur, le livre de la science;

A sa bouche, le fruit de la science :

Arbre fertile entre les plus fertiles,

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