Crébillon était mort le 17 juin
2. Voyez cet F.loge dans les Œuvres de d'Alembert, Paris, Belin et Dossauge, iS2i,t. III, pp. 544-566.
loG VOLTAIRE
Crébillon, doublée de l'éloge de Voltaire (Correspondance se-= Crète, t. VI, p. 422).
1675. Pièces originales concernant la mort des sieurs Calas et le jugement rendu a Toulouse. S. /. n. d. {Genève, 1762), in-8 de 22 pp. (Bibl. n'^ Ln^", 3378 etc. V. Beuchot 905, n° 7). — S. /. n. d. {Paris} 1762), in-8 de 22 pp. (Bibl. n'% Ln27, 3379).
Le i3 octobre 1761, Marc-Antoine Calas, l'aîné des enfants de Jean Calas et d'Anne Rose Cabibel, Calas était trouvé pendu dans une maison de la rue des Filatiers, à Toulouse. Les Calas étaient protestants; on les accusa d'avoir tué Marc- Antoine, pour l'empêcher de se taire catholique. Le capitoul François-Raimond-David de Beaudrigue fit arrêter et conduire à l'hôtel de ville, comme impliqués dans le meurtre, Jean Calas et l'un de ses fils, Pierre Calas, madame Calas, la servante des Calas appelée Jeanne Viguière, ainsi que deux amis de la famille, François-Alexandre Gaubert Lavaysse et un fabricant d'étoffes du nom de Cazeing. Ce dernier fut relâché dès le lendemain; mais on écroua Jean Calas, sa femme et leur fils Pierre, ainsi que Jeanne Viguière et Gaubert Lavaysse.
Tandis que l'autorité ecclésiastique fulminait un monitoire contre les prétendus coupables, et rendait au prétendu martyr les honneurs funèbres les plus pompeux et les plus retentissants, la procédure criminelle suivait son cours. Le lo novembre, le procureur du roi Lagane requiert que Jean Calas, sa femme et son fils soient pendus « jusqu'à ce que mort natu- « relie s'en suive; ensuite leurs corps brûlés sur un bûcher à
« ce préparé, et les cendres jetées au vent de plus, ledit La-
(( vaysse condamné aux galères perpétuelles..., et ladite Vice guière, renfermée pendant cinq ans dans le quartier de force « de la Grave, en cette ville»; — le i8 novembre, les capitouls arrêtent que la question ordinaire et extraordinaire sera appliquée à Jean Calas, à sa femme et à leur fils Pierre, et que Lavaysse et Jeanne Viguière seront présentés à la question. Les accusés en ayant appelé au Parlement, celui-ci casse, le 5 décembre, l'arrêt des capitouls, pour avoir ordonné que Lavaysse et Jeanne Viguière seraient seulement présentés à la question sans y être appliqués, et après une longue instruction, prononce, le g mars 1762, un arrêt qui condamne Jean Galas « à être conduit à la place Saint-Georges où, sur un « échafaud, l'exécuteur lui brisera bras, jambes, cuisses et « reins ». La sentence est exécutée le lendemain.
M. Athanase Coquerel fils, à qui nous empruntons les détails qui précèdent *, a publié le procès-verbal d'exécution de Jean Calas. Nous renvoyons à son excellent ouvrage Jean Calas et sa famille, ainsi qu'au sixième volume des études de M. Desnoiresterres sur Voltaire et la Société française au dixhuitième siècle (Voltaire et J.-J. Rousseau, pp. i55 et suiv....) ^.
On sait avec quel zèle infatigable Voltaire a poursuivi la réhabilitation de la mémoire de Jean Calas. Il avait été informé par un négociant marseillais, Dominique Audibert, du drame lamentable de Toulouse 3, et après s'être assuré au moyen d'une enquête personnelle des plus minutieuses, que « les ju- « ges toulousains avaient roué le plus innocent des hommes *», il fit jouer tous les ressorts pour émouvoir la France et l'Europe, et pour les « apitoyer sur l'épouvantable destinée des Calas ■'' ». C'est grâce à sa persévérance que le 9 mars i 765, trois ans jour pour jour après la condamnation de Jean Calas, les maîtres des requêtes ordinaires de l'hôtel du Roi déchargèrent solennellement la mémoire de Calas de l'accusation intentée contre lui : « Je n'ai de ma vie goûté une joie plus « pure », écrivait Voltaire à M. Tronchin, de Lyon, le 20 mars 1765, « qu'en embrassant le petit Calas qui était à Genève, « lorsque nous reçûmes la nouvelle de la plus ample justice « qu'on ait encore faite en France à l'innocence opprimée. Ce « grand exemple rognera pour longtemps les griffés affreuses « du fanatisme et fera taire sa voix infernale'' ».
S'il fallait s'en rapporter à une note de Beuchot (voyez le tome XLII" de l'édition jMoland, -p. 84, note 2), les Pièces ori-
L. Jean Calas et sa famille, etc., seconde édition, Paris, Chcrbuliei, 1869, in-8.
2. Voyez aussi V. Hugo, le Discours pour Voltaire, Paris, Calmann Lcvy, 1S78, in-8, pp. 7 et 8.
3. Voltaire à Audibert, 12 juin 1763 (voyez le tome LVIII'- de l'édition de Kehl, p. 141). Beuchot a supprimé les trois dernières phrases de cette lettre, sous prétexte qu'elles font partie d'une lettre du i3 décembre 1763, qu'il reproche aux éditeurs de Kehl de ne pas avoir donnée et dont il a omis luimême de reproduire le texte. Voyez sa note tome XLIIe de l'édition Moland, p 495. — Selon M. Sayous (Le Dix-huitième siècle à l'étranfiar, Paris, Amyot, 1S61, in-8, t. I, p. 344), ce fut le ministre genevois Moultou qui « mit entre les mains de Voltaire la cause des Calas ». Enfin M. Gaullieur (Voltaire et les Genevois, deuxième édition^ Paris, Clierbulie^, 1857, iu-i2j p. 69) veut que cet honneur revienne à M. de Végobre.