OUVRAGES ÉDITÉS PAR VOLTAIRE
1092. Préface de l'Anti-Machiavel (Imprimée dans le tome XXIII de l'édition Moland, pp. 147 à 152}.
« Au mois de juillet 1737, dit M. Preuss, le savant éditeur « des Œuvres de Frédéric le Grand, Frédéric envoya à Cirey a son ami le baron Didier de Keyserlingk, pour complimenter « Voltaire, dont il devait rapporter les nouveaux ouvrages tant « manuscrits qu'imprimés. Le manuscrit du Siècle de. « Louis XIV taisait partie de cet envoi, et le Roi (alors Prince « royal) écrivait à l'auteur, le 3i mars 1738 : Votre Histoire « du siècle de Louis A'/P' m'enchante. Je voudrais seulement « que vous n'eussiez point rangé iMachiavel, qui était un mal- « honnête homme, au rang des autres grands hommes de son « temps. — Voltaire entra dans les idées du Prince royal, qui « en fut charmé et lui dit, dans sa lettre du 17 juin : Voilà « donc Machiavel rayé de la liste des grands hommes, et votre « plume regrette de s'être souillée de son nom ». (Œuvres de Frédéric le Grand, Berlin, Decker, t. VIII, p. XIII.)
Cependant la plume de Frédéric ne devait pas tarder à « se souiller » à son tour, du nom de Machiavel; il est vrai qu'il s'agira cette fois, non plus de le ranger « parmi les grands hommes », mais de réfuter son fameux ouvrage intitulé : Le Prince '. C'est dans les premiers mois de l'année 1739 que
I . // Principe; la vila di Castruccio Castracani^ etc.. Firen;e, per Bcrnardo di Giunta, i532, a diviii viaggio, in-4 de 4. et 69 ff. (voyez Brunet. Manuel du libraire., III, 127J;. M. Lco Joubert, dans son article sur Machia^
Frédéric conçut [ce projet (voyez sa lettre du 22 mars à Voltaire); le 16 mai, le livre était commencé et Frédéric espérait pouvoir en communiquer le manuscrit à Voltaire, vers le milieu d'août. Mais un voyage que Frédéric fit en Prusse (voyez Frédéric à Voltaire, 26 juin lySg) le força d'interrompre son travail. Le Prince royal était de retour à Berlin le 18 août (Frédéric à Voltaire, i5 août et à madame du Châtelet, 20 août) ', et, le 27 octobre, il mandait à madame du Châtelet qu'il « comptait achever Machiavel dans quinze jours » 2. cf. Frédéric au comte Algarotti, 2g octobre lySg : « Je compte d'ache- « ver (sic) dans trois semaines mon Prince de MachiaveL Si « vous vous trouvez encore à Londres, je vous prierai de « prendre sur vous le soin de cette impression. {Opère dcl conte Algarotti, Vene^ia, 1794, t. XV, p. g). Le 6 novembre, Frédéric envoyait à Voltaire « cinq chapitres de Machiavel » et le 4 décembre, il lui soumettait les douze premiers chapitres de son ouvrage, « qui, dit le Prince royal, quoique je les aie « retouchés, fourmillent encore de fautes. Il faut que vous « soyez le père putatif de ces enfants, et que vous ajoutiez à « leur éducation ce que la pureté de la langue française a demande, pour qu'ils puissent se présenter au public. Je « retoucherai, en attendant, les autres chapitres et les poussece rai à la perfection que je suis capable d'atteindre. C'est ainsi « que je fais l'échange de mes faibles productions contre vos « ouvrages immortels, à peu prés comme les Hollandais qui « troquent des petits miroirs et du verre contre l'or des Améu ricains; encore suis-je bien heureux d'avoir quelque chose « à vous rendre ».
Ce fut Voltaire qui, le premier, demanda à Frédéric d'être « son éditeur », et de ifaire la Préface de son livre. « Après « l'honneur qu'Llle (Votre Altesse) me fait de faire imprimer « la Henriade ■', Elle ne pouvait plus m'en faire d'autre qu'en « me confiant l'édition de V Anti-Machiavel. Il arrivera que
vd [Nouvelle biographie générale, XXXII, 54S), dit que le chef-d'œuvre du cé\kbra secrétaire florentin (ut public d'abord à Rome, par Antoine Blado d'Asola,\c 4 janvier i53i (ancien style), in-4. La première traduction française est de Guill. Cappel, P<îm, Cli. Estienne, i533, in-4 (voyez le Manuel du libraire, III, 1276). Amelot de la Houssaye a aussi traduit Le Prince : sa traduction (Amslerdam, H Wetstcin, i6S3, pet. in-12), a été souvent réimprimée. L'exemplaire qui a servi à Frédéric, et dans lequel il a mis deux notes marginales, appartenait à une traduction de 1696, Amsterdam, Henry Desbordes, (voyez Œuvres de Frédéric le Grand, éd. Preuss, t. VIII, p. xVi).