‹ Voltaire. Bibliographie de ses œuvresChapitre 9 sur 94 · I. RcLition d'un voyage fait en Angleterre, Parix, i · texte numérisé non relu

I. RcLition d'un voyage fait en Angleterre, Parix, i

t rabaisser ceux qu'on peut faire entrer aisément en parallèle « avec nous, et à élever au contraire ceux que l'éloignement a met à couvert de notre jalousie.

a Le vrai but de cette sorte d'ouvrages est d'instruire les « hommes, et non pas de favoriser leur malignité. On devrait 0 principalement s'étudier à y faire une mention fidèle de touot tes les choses utiles et de tous les grands hommes du pays « dont on parle, afin de les faire connaître utilement à ses « compatriotes, et d'engager ceux-ci à les imiter. Un voyageur « qui écrit dans cette vue est un commerçant d'un ordre élevé « qui importe dans sa patrie les arts et les vertus des autres a nations.

a Je laisse à d'autres le soin de décrire exactement l'église de « Saint-Paul, le Monument ', Westminster, Stonehenge ^; je «•. considère l'Angleterre par d'autres endroits. Elle attire mon u attention parce qu'elle a produit un Newton, un Locke, un '( Tillotson, un Milton, un Boyle et beaucoup d'autres grands « hommes, morts ou vivants, dont la gloire dans les armes, « dans la politique ou dans les lettres mérite de s'étendre au « delà des bornes de cette île. Tous ceux qui ont eu l'honneur « et le bonheur de connaître l'un de ces hommes, et qui voûte dront bien m'instruire de quelque particularité importante, a mais encore obscure, de sa vie, auront droit non seulement « à ma reconnaissance, mais encore à celle du public. Je serai « également trèsobligéàtousceux qui voudrontbien medonner « des informations sur les nouvelles découvertes et entreprises « qui ont déjà obtenu du succès ou qui en méritent. Je cite- « rai mes auteurs, ou je tairai leur nom, selon qu'on m'en a exprimera le désir.

a Pour ce qui est du présent Essai, il est destiné à servir en « quelque sorte de préface ou d'introduction à la Henriade « qui est presque entièrement imprimée, et dont les gravures « seules ne sont pas encore terminées^. Je me permets de re- « commander ces gravures, comme de véritables chefs-d'œu- « vre, dans leur genre; c'est le seul mérite du livre, dont je « puisse répondre. »

Quant à VEssai sur les guerres civiles, il fut traduit en

1. Colonne d'ordre dorique, haute de 6i mètres, érigée de 1671 à 1677, sur un plan de Wren, eu mémoire du grand incendie de 1666, qui s'étendit sur 460 rues, et consuma S9 églises, 4 portes de la ville, et i3,200 maisons. Le monument est situé dans Fish-Street-hill.

2. Stonehenge, au nord de Salisbury, est célcbre par les ruines d'un sanctuaire de haute antiquité, probablement d'origine druidique.

'i. Il s'agit des gravures de l'édition de 1728 (voyez notre tome 1", n» 365.)

français par l'abbé Granct. La Bibliothèque française (Amsterdam, 1729, t. XIII, p. 127), nous apprend que le censeur royal de Paris ne permit pas l'impression de cette traduction, et que l'édition de 172g dut paraître en Hollande. La seconde édition est de 178 1 (voy. Le Nouvelliste du Parnasse, seconde édition, Paris, Chaubert, 1734, t. II, p. 56).

Réimprimé en 17J9, dans le tome II des Œuvres de M. de Voltaire [Amsterd.im, Aux dépens de la C'), pp. 325-354; en 1707 dans le Portefeuille trouvé, t. Il, pp. 169-208; en 1764 dans la Collection complète des Œuvres de M. de Voltaire, Amsterdam, Aux dépens de la C% t. XIII (avec un Discours particulier sur la mort de MM. de Guise, d'après un manuscrit du temps); en 1768, dans le tome VII des Nouveau.^ Mélanges, pp. 328-357 •.

\J Essai sur les guerres civiles de France est au tome XVI de l'édition in-4'', pp. 353-372, et au tome XXXV de l'édition encadrée, pp, i8i-2o5. Les éditeurs de Kehl l'ont imprimé dans le même volume que la Henriade (t. X, pp. 289-315).

Les autres morceaux que l'on joint ordinairementau volume qui contient la Henriade, sont :

i" La Dissertation sur la mort de Henri IV, imprimée en 1745, sous le titre suivant : « De la mort d'Henri /V», dans le tome VI« des Œuvres de M. de Voltaire (Amsterdam et Leip:^ig, Arckstée et Merkus, in-8°, pp. 320-328y, et placée, depuis 1748, à la fin de la Henriade (voy. le tome I" de l'édition de Dresde, pp. 369-376);

2° L'Extrait (lu procèi criminel fait à François Ravaillac ^ du 19 mai 16 10, et l'Extrait du procès-verbal de la question, du ij mars, imprimés par les éditeurs de Kehl, dans le tome X«, pp. 324-328 de leur édition ;

3» UEssai sur la poésie épique ;

4" Une Réponse à la Critique de la Henriade, dont nous avons parlé, dans notre tome premier, sous les n.°^ 367, 368 et 449. CL la note de Beuchot, reproduite par M. Moland, tome V» de son édition, p. 364.

I. Voltaire avait été sans doute plus content de la traduction de l'abbé Granet que de celle de l'abbé Desfontaines, car lorsqu'il inséra dans le tome Vil des Nouveaux Mélanges V Essai sur les guerres civiles, il se contenta de faire réimprimer le texte de 1729, sans le revoir, au lieu qu'il avait revu la traduction de l'abbé Desfontaines.

Cette lettre, dans laquelle Voltaire rend compte de ses premières impressions sur l'Angleterre, a paru pour la première fois dans le tome XLIX'' de l'édition de Kehl, pp. 10 à 21, avec le millésime 1727.

Sur l'arrivée de Voltaire en Angleterre, et sur son séjour chez les Anglais, lire deux très intéressantsarticles de M.J. C. C. (J. Churton Collins), dans le Cornliill Magasine {Londoti, Smith, Elder et C»; livraisons d'octobre et de décembre 1882). Cf. James Parton, Life of Voltaire, London 1881, t. I, pp. iqS et sq...

Cette lettre, ou plutôt ce fragment d'une lettre écrite d'Angleterre, a paru pour la première fois dans le tome LU" de l'édition de Kehl (i" de la Correspondance générale), page 69, année 1727.

1554. Remarques (premières) sur les pensées de Pascal.

Voyez le n» i558.

1555. Sottise des deux parts.

Beuchot a classé cet opuscule en 1728, sur la foi d'un pas sage de la Vie de Voltaire Y>Q.r V&hhé Duvernet (voy. l'édition de Genève, 1786, pp. 66-67). Nous ne croyons pas que, comme le dit Beuchot dans une note du tome XXXII« de son édition, p. 242, le morceau intitulé : Sottise des deux parts ait été publié en 1728. Ce morceau n'a été imprimé qu'en 1750, dans le tome IX^ de l'édition de Dresde, pp. i65- 174; cL l'édition de Dresde, de 1752, t. tP, p. i3; les Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie. S. l. {Genève) 1756, p. 5g, etc., etc.... Les éditeurs de Kehl l'avaient placé dans le tome XLIII» de leur édition (7^ du Dictionnaire philosophique), pp. 216-223 ; il figure aujourd'hui parmi les Mélanges.

1556. Harangue prononcée le jour de la clôture du théâtre (24 mars 1730).

Cett^ harangue a été imprimée, avec le nom de Voltaire, dans la Lettre à milord '"' sur Baron et la demoiselle Lecouvrcur,

OÙ l'on trouve plusieurs particularités théâtrales par George Witjk, Paris, de Heuqueville, lySo, in-12; réimpr. en 1871, par M. Jules Bonnassies {Paris, L. Willem, in-16).

La harangue de Voltaire prononcée le 24 mars ly^o par Grandval, qui venait d'être reçu, a été réimprimée en i7()4, dans la Collection complète des Œuvres de M. de Voltaire, Amsterdam, t. l"'^, deuxième partie, p. 698, sous le titre suivant : Harangue de M. de Voltaire prononcée par un acteur quelques jours après la mort de i^/"' Lecouvreur, le jour de la clôture du théâtre. Beuchot est le premier éditeur, depuis 1764, qui ait admis cette pièce dans les Œuvres de Voltaire (voy. t. XXXVII de l'édition Lefèvre, p. 94).

1557. aux auteurs de la bibliothèque raisonnée sur l'incendie d'Altena.

Voyez le n» suivant.

1558. Lettres philosophiques, par M. de V A

Amsterdam , che\ E. Lucas , au Livre d'or (Rouen,

Jorc), 1734, in-12 de 2 ff. prélim., pour le titre et la

table, et 387 pp. Première édition donnée par Voltaire

(Bibl. n'^ Z. 1032 et Z. 1033 + A; C. V. Beuchot,

Les Lettres philosophiques (ou Lettres écrites de Londres sur les Anglais), datent du séjour de Voltaire en Angleterre. Il est difricile de dire avec précision en quelle année elles furent composées; s'il fallait s'en rapporter aux indications données par Voltaire lui-même, quelques-unes de ces lettres seraient de 1726 (voy. les notes des lettres XX et XXH, dans l'édition de M. Moland, t. XXII, pp. 162 et 1G8); la P/e/ace mise par Thieriot au-devant de l'édition anglaise des Lettres philosophiques nous apprend que la plupart d'entre elles furent écrites entre la fin de l'année 1728 et l'année 1731 (voy, plus bas la traduction de cette Préface).

Ce qui est certain, c'est que dès 1727, dans V Avertissement an lecteur qui précède l'édition anglaise des deux Essais sur les guerres civiles et sur la poésie épique. Voltaire fit part au public de son dessein de donner «une relation de son séjour « en Angleterre ». Mais ce n'est qu'après son retour en France, qu'il songea à réunir en corps d'ouvrage ses divers fragments (( sur la religion, le gouvernement, la philosophie et la poésie des Anglais » (voy. Voltaire à de Formont, 21 novembre 1701 ;

— à Cideville, 3 février 1732; à de Forment, septembre 1732, etc., etc.)

L'éditeur, dans la Préface de l'édition anglaise, et Voltaire, dans divers passages de la Correspondance (voy. notamment sa lettre à Cideville, du i5 décembre 1732) disent que ces lettres furent adressées à Thieriot, qui avait prié l'auteur a de « lui communiquer, tant qu'il serait en Angleterre, ses remartt ques sur les mœurs et sur les coutumes de ce pays. »

Que quelques-unes de ces remarques aient été envoyées d'Angleterre à Thieriot ; que quelques-unes des Lettres sur les Anglais aient même été imprimées, telles que Voltaire les avait adressées à son ami, la chose n'a rien d'invraisemblable ; mais il n'en est pas moins certain que, revenu en France, Voltaire reprit son sujet, le retravailla, et que tout en lui laissant cet air libre et facile, ce ton léger de plaisanterie fine et délicate qui conviennent à une correspondance intime et familière, il y mit l'empreinte puissante de sa raison et de son génie. En condamnant les Lettres philosophiques comme un « ouvrage propre à inspirer le libertinage le plus dangereux a pour la religion et l'ordre de la société civile)., le Parlement ne dut pas se dissimuler que i'auteur venait de porter un coup funeste à l'édifice déjà chancelant des institutions et des lois de l'ancien régime.

L'abbé de Rothelin avait flatté Voltaire «qu'en adoucissant ff certains traits, il pourrait obtenir une permission tacite ). et il avait finalement promis « qu'il donnerait son approbation 'i à toutes les lettres, excepté seulement celle sur M. Locke * • ; c'est ce qui décida sans doute l'auteur à envoyer ses lettres à Thieriot, qui se trouvait alors en Angleterre, pour les faire imprimer dans ce pays (voyez Voltaire à Thieriot, 24 février 1733) et à entrer lui-même en pourparlers avec Jore, pendant que Thieriot faisait marché avec un imprimeur anglais. (Voltaire à Cideville, 12 avril 1733.) Les Lettres philosophiques devaient être tirées à 3ooo exemplaires à Londres, et à 25oo exemplaires à Rouen : le libraire anglais avait mis comme condition que le livre ne paraîtrait pas en France, pendant la chaleur du débit à Londres et à Amsterdam (voyez les lettres 322 et 327 de l'édition de M. Molandj.

Le i^i- avril 1733, Voltaire faisait tenir à Thieriot la Lettre sur les académies (la 24» des Lettres philosophiques). « Il ne i< convient pas, ajoutait-il, que cet ouvrage paraisse donné par

I. Voltaire à Cideville, 4 janvier 17?.^; — à Tliieiiot, 24 févr er 1733.

« moi. Ce sont des lettres familières que je vous ai écrites, et « que vous faites imprimer; par conséquent, c'est à vous seul « à mettre à la tête un avertissement qui instruise le public « que mon ami Thieriot, à qui j'ai écrit ces guenilles vers « l'an 1728, les fait imprimer en lySS. »

Voltaire reçut l'Avertissement en question vers la fin de juin, et comme il était d'avis fc qu'il y avait beaucoup de choses à « réformer dans la préface comme dans le livre, » il écrivit à Thieriot d'en suspendre la publication jusqu'à nouvel ordre (V'oltaire à Cideville, 3 juillet ij3'i ; cf. Voltaire à Thieriot, 24 juillet) ; mais l'ouvrage était déjà imprimé à Londres, et dès le mois d'août» « les Lettres philosophiques, politiques, cri- « tiques, poétiques, hérétiques et diaboliques se vendaient en « anglais avec un grand succès. » (Voltaire à de Formont, lettre Sôg de l'édition Moland ; — à l'abbé de Sade, 29 août 1733.)

Nous donnons ci-dessous la description de l'édition anglaise de 1733, ainsi qu'une traduction de la Pré/ace de cette édition, préface à laquelle Voltaire a certainement mis la main, et qui ne figure dans aucune édition de ses Œuvres.

Letters concerningthe EnglishNation by m. de Voltaire. LoNDON. Printed FOR C. Davis AND A. LvoN. 1733, in-8 de 8 tT. prélim. (pour le titre et l'Avertissement au lecteur), 253 pp. et 9 ff. non chift". pour VIndex (alphabétique) et VErrata » (G. V. Beuchot, 504).

avertissement au lecteur.

« Ce livre paraît avec confiance dans le royaume où il a vu a le jour; il sera content de sa fortune ^ s'il rencontre un

1. On lit dans le Mercure de juin 1733, t. Il, pp. 1416-1417 : « Des libraires

0 anglais commenceront dans deux ou trois jours à àéh'iiQr en français et en « anglaislis, Lettres dt IVL de Voltaire, écrites en 1727; elles sont au nomci bre de 24... C'est M. Thieriot. ami de M. de Voltaire, qui est l'éditeur « de cet ouvrage. "

L'édition anglaise ne fut débitée que quelques semaines plus tard; quant a l'édition française, elle ne parut qu'en 1734.

2. Cette édition contient vingt-quatre Le//j-^5; au bas de la vingt-quatrième on lit le mot : Finis. Puis vient la lettre sur l'incendie d'Altena. (Letter concerning the burning of Altena), pp. 243 et suiv.

i. Voltaire n'aimait pas cette expression (voyez sa lettre à 'i'hioriot, du

1 j juillet 1733).

« accueil aussi favorable que celui qui a été fait aux autres « productions de l'auteur. La haute estime que M. de Voltaire « a toujours professée pour les Anglais doit montrer à quel « point il recherche leur approbation. Pour l'avoir souvent (f obtenue, il n'en est cependant pas lassé ; et on pourrait « même croire que c'est là un sentiment qui plaît à la nation, « à en juger par l'empressement qu'on met en Angleterre à « lire tout ce qui se publie sous le nom de cet écrivain. Aussi, « sans prétendre à une grande pénétration , pouvons-nous a prédire à ces Lettres tout le succès désirable. C'est M. de « Voltaire qui en est l'auteur; elles ont été écrites à Londres, « et elles ont particulièrement trait à la Nation anglaise ; « trois circonstances qui ne peuvent que les recommander. « La grande liberté avec laquelle M. de Voltaire s'exprime, « dans ses différentes observations, ne doit pas lui faire « craindre un accueil peu bienveillant, de la part d'un peuple « sage et qui a en horreur la flatterie. Les Anglais aiment « qu'on leur montre leurs défauts, parce que cela leur prouve « qu'on sait en même temps distinguer leurs qualités.

« Nous devons cependant avouer que ces Lettres n'étaient pas « destinées à la publicité; elles sont dues à la complaisance et « à l'amitié de l'auteur pour M. Thieriot, qui l'avait prié de (£ lui communiquer, tant qu'il serait en Angleterre, toutes les « remarques qu'il aurait l'occasion de faire sur les mœurs et « les coutumes anglaises.

« Dans une correspondance de ce genre, on le sait, l'écrivain « le plus méthodique et le plus régulier ne se propose pas « d'observer une méthode. M. de Voltaire, selon toute proba- « bilité, n'a suivi d'autre règle que de traiter les sujets qui lui « convenaient, ou de répondre aux questions de son ami. « Quoi qu'il en soit, on a pensé que l'ordre le plus naturel a dans lequel ces Lettres pouvaient être publiées était celui de « leur date respective : plusieurs circonstances qui y sont rela- 'i tées nous amènent nécessairement à faire remarquer qu'elles « ont été écrites entre la fin de l'année 1728 et l'année lySi- « Le seul regret qu'on puisse exprimer à cette occasion, c'est « qu'une correspondance aussi agréable n'ait pas duré plus ft longtemps.

« Le lecteur observera sans doute qu'on a supprimé, dans « chaque lettre, tout ce qui n'a pas un rapport immédiat avec « le litre. Cela a été fait à dessein ; car des lettres écrites avec « l'abandon et la simplicité qu'autorise une étroite amitié « renferment généralement certaines particularités qui ne « peuvent pas être imprimées. A la vérité, le public perd ainsi « une foule de détails intéressants -, mais pourquoi se plain- <( drait-il, si ces lacunes sont rachetées par mille beautés d'un (£ genre différent .'' La variété des sujets, les grâces du récit, la

BIBLIOGRAPHIE DE SES ŒUVRES i3

« solidité des réflexions, le tour délicat de la critique, enfin la « noble chaleur qui règne dans tous les écrits de M. de Voltaire, « sont autant de charmes pour le lecteur. Les lettres même « les plus sérieuses, telles que celles sur la philosophie de « Newton, seront lues avec intérêt. M. de Voltaire n'a pas « perdu de vue qu'il écrivait pour le public en général, et que « tous ses lecteurs ne sont pas des philosophes. Il a su traiter (( son sujet avec toute la délicatesse de touche qu'il comporte, « le creusant et y pénétrant assez avant, pour prouver qu'il a en est maître, et demeurant toujours assez clair pour être « compris.

a Quelques-uns de ses lecteurs anglais seront peut-être mé- « contents de ce qu'il ne s'est pas étendu davantage sur leur (' constitution et sur leurs lois, que la plupart d'entre eux « révèrent jusqu'à l'idolâtrie ; mais c'est à dessein que M, de « Voltaire s'est imposé cette réserve. 11 s'est contenté de dire « ce qu'il pensait de ces institutions d'une façon générale, et « avec une originalité qui prouve qu'il a fait de cette forme de « gouvernement une étude toute particulière. D'ailleurs com- « ment eût-il été possible à un étranger de pénétrer dans ce « labyrinthe obscur, où se perdent et s'égarent, de leur pro- <f pre aveu, les Anglais qui se sont le plus appliqués à la con- « naissance des affaires publiques ?

« Pendant l'impression de cet ouvrage, on a reçu à Londres « une lettre manuscrite de M. de Voltaire, en réponse à des « plaintes formées par les Hambourgeois contre un passage « de l'Histoire de Charles XII, relatif à l'incendie d'Altena.

« Nous avons jugé à propos d'insérer ici cette lettre, à l'u- « sage de ceux qui n'ont cette Histoire qu'en anglais. •

Les Lettres philosophiques furent traduites en anglais par Lockman ', sur une copie qui n'est pas en tout point conforme au texte des éditions françaises de lySq. L'abbé Prévost, qui avait eu cette copie entre les mains, fait remarquer que le sens de l'auteur a été quelquefois altéré dans la traduction ; mais il s'empresse d'ajouter qu'à part quelques inexactitudes, cette traduction ne paraît guère inférieure à l'original [Le Pour et Contre, t. L pp. 242-243). L'édition anglaise des Lettres philosophiques a eu de nombreuses réimpressions : nous citerons ccWcs Ac Dublin, lySS, in-12 (British Muséum, 10348 bb; ; de Dublin, 1740, in-8 (C. V. Ben); de Glasgow, i-jbi, in-8, et 1709 in-12 (British Muséum, 808, b. 14 et 10349, b. i\; enfin

I. Voy. Le Pour et Contre, 1733, t. I, pp. 242-243; — Luchet, Histoire littéraire de M. de Voltaire, t. I, p. 66, La Préface de l'cdition française publiée à Londres, en 1734, sous la rubrique de Z^iî'/f, attribue la traduction des Lettres philosophiques à « deux Anglais. »

de Londres, 1778, in-12, (C. V. Beuchot, 5o5). La Lettre sur l'incendie d' Aliéna ne se trouve pas dans cette dernière réimpression.

Revenons aux éditions françaises des Lettres philosophiques.

L'édition en 387 pp. que nous décrivons sous le n» i558 est l'édition sortie des presses de Jore, c'est-à-dire l'édition donnée avec la participation de l'auteur.

Beuchot a commis, au sujet de cette édition, une grave erreur ; il a cru qu'elle remontait à lySi. Or, dans son Mémoire contre le S'^. F. M. de V" {Voltariana,éd. in-8, p. 77), Jore a fixé lui-même la date de l'impression : les épreuves des premières feuilles furent envoyées à Voltaire «à son nouveau «. domicile, chez le sieur Desmoulins (sic), marchand de blés et « son associé dans ce commerce, où il avait été loger depuis la « mort de madame de Fontaine-Martel. »

Madame de Fontaine-Martel mourut vers la fin de janvier 1733 Voltaire à Cideville et à de Formont, 27 janvier i733), et Voltaire ne quitta l'hôtel de la baronne, pour aller s'installer chez Dumoulin ', vis-à-vis le portail St-Gervais, que le i5 mai (Voltaire à Thieriot, i5 mai 1733).

Il est vrai que dans une note de ce même Mémoire, Jore dit que la première édition des Lettres philosophiques fut faite en 1731 {Voltariana, éd. in-8, pp. 87 etgi); mais cette date est démentie par les faits, par toute la correspondance de Voltaire, entîn par le propre Mémoire de Jore.

Non seulement l'édition en 387 pp. ne fut pas imprimée en 1731 ; mais parmi les ciiiq éditions françaises de 1734, elle n'est certainement pas celle qui parut en premier lieu. Elle fut vraisemblablement précédée :

i" De l'édition publiée en 1734 à Londres sous la rubrique de Baie, et intitulée :

Lettres écrites de Londres sur les Anglois (sic) et autres SUJETS PAR M. D. V". A Basle, 1704. ln-8 de 4 ff. non chiff. (pour le titre, la Préface et la Table des Matières), 228 pp. et 10 ff. non chiff. pour la Table (alphabétique) des principales matières (Q'ihX.W" Z. io32 A. etc. \'. Beuchot, 5oo.)

2° De l'édition intitulée :

Lettres philosophiques par M. de V"*. A Amsterda.m chez

I. C'était là le vrai nom de l'homme d'alTaiies de Voltaire. Voyez Voltaire. Documents inédits recueillis aux Archives nationales par Emile Campardon. Paris, le Moniteur du Bibliopliile, 18S0, in-4, pp. 23 et 29.

IJIliLlOGRAPHIl-; DE SF,S ŒUVRES ib

E. Lucas, au livre d'or (Paris, F. et R. Josse), 1734, in-S de 124 pp., plus 56 (lisez 57) pp. cotées i à 56 (57) pour la Vingt-cinquième lettre sur les Pensées de M. Pascal. (C. V. Beuchot, 517.)

L'édition de Baie [Londres) est d'autant plus intéressante, et utile à consulter qu'elle reproduit l'original français, tel que Voltaire l'envoya à Thieriot pour être traduit et imprimé en anglais. Elle est précédée d'une Préface qui, dit une critique du temps, (( quoiqu'elle paraisse venir des éditeurs, est néan- « moins donnée au public de concert avec l'auteur ' », et contient vingt-quatre lettres, plus la Lettre sur l'incendie de la ville d'Altena, qui se trouve aux pages 222-228. Cette Lettre que Beuchot a datée de 1732, et qui porte dans l'édition anglaise des Lettres philosophiques (l'édition de I733), la date de 1 73 3 (^ Letter concerning the burning of A Itena as related in tlie History of Charles XII), a été d'abord imprimée en anglais dans l'édition de 1733 % puis réimprimée, en 1734, dans l'édition française publiée sous la rubrique de Bdle.

Voltaire a prétendu qu'il avait été obligé de faire de grands changements dans les éditions des Lettres philosophiques imprimées en France, et notamment dans l'édition en 387 pages, donnée par Jore. a II me faut déguiser à Paris ce que je ne a pourrais dire trop fortement à Londres» écrit-il à M. de « Forment, en novembre 1732 ; et dans la même lettre (n' 292, « de l'édition Moland), il nous apprend qu'il « a refondu enci tièrement les lettres où il parlait de Newton ; changé tout ce « qu'il avait écrit à l'occasion de Locke et pris soin de retran- « cher des Lettres sur les Qiiakerslout ce qui pouvait effaroucher « le cardinal de Fleury, à qui il les avait lues un jour. »

Nous avons comparé très attentivement le texte de l'édition anglaise de 1733 ainsi que celui de l'édition française publiée à Londres en 1734, avec le texte de l'édition de Jore, et nous avons acquis la conviction que si Voltaire a eu la pensée de rayer, par circonspection, de ses Lettres philosophiques plus d'un endroit dangereux, il n'a pas donné suite à ce projet et qu'il a pris le parti de laisser subsister dans l'édition de Jore toute la liberté de pensée et de langage qui règne dans les éditions anglaise et française publiées à Londres, d'après le manuscrit original, en 1733 et en 1734.

Une note manuscrite de Beuchot, jointe à l'exemplaire de

1. Réponse ou Critique des Lettres pliilosophiques, etc.... Basle {Amiens), 1735, p. 1.^7 (lisez 2471. — Sur cet ouvrage, voyez la note de M. Dcsnoires-^ terres, Voltaire à Cirey, p. 41 .

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