‹ VoltaireChapitre 76 sur 113 · LA LIBERTÉ ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ ET LA MORALE

borté, c'est-à-dire du pouvoir de faire en plusieurs cas ce i|u"ils veulent. Les astres ne roui pas, les hommes Tout et leur orgueil leur fait croire quelquefois (ju'ils en possèdent encore davantage.

Voltaire cependant ne croyait pas porter atteinte à la morale par ce déterminisme. « La crainte d'ùter à l'honnae je ne sais quelle fausse liberté, dit -il en 1772 dans son Principe (X action, de dépouiller la vertu de son mérite, et le crime de son horreur, a quelquefois efTraj'é des âmes tendres ; mais dès qu'elles ont été éclairées, elles sont bientôt revenues à cette grande vérité, que tout est enchaîné, que tout est nécessaire. » Et plus loin : « Cette vérité ne peut jamais nuire à la morale. Le vice est toujours vice, comme la maladie est toujours maladie. Il faudra toujours réprimer les méchants; car s'ils sont déterminés au mal, on leur répondra qu'ils sont prédestinés au châtiment. » D'ailleurs, si notre volonté est déterminée par nos idées, au nombre de celles-ci sont les prescriptions niorales, et A'ol- , taire était l)ien éloigné de vouloir affailjlir la puissance de ces prescriptions. Locke ne l'avait pas voulu non plus ; mais dans sa lutte contre les idées innées, il avait dû nier également qu'il y eût des idées morales innées, et comme preuve, il avait montré les différences qui se trouvent dans les idées morales des divers peuples. En traitant cette question Voltaire témoigne encore d'un sens philosophique très-délicat. Comme nous le savons depuis longtemps , il était d'accord avec le philosophe anglais dans la négation des idées innées. Il ne reconnaissait aucune idée innée, pour la même raison qu'il n'y a pas un arbre qui sorte de terre avec ses feuilles et ses fruits. II n'est rien qu'on puisse

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