La sentence s'exprimait ainsi
« Ces livres sont impies, scandaleux, téméraires, pleins de blasphèmes et de calomnies contre la religion. Sous l'apparence des doutes, l'auteur y a rassemblé tout ce qui peut tendre à saper, ébranler et détruire les principaux fondements de la religion chrétienne révélée.... Ils attaquent tous les gouvernements.... Ces livres sont d'autant plus dangereu.K et répréhensibles, qu'ils sont écrits en français, du style le plus séducteur, qu'ils paraissent sous le nom et la qualification d'un citoyen de Genève, et que, selon l'intention de l'auteur, l'Emile doit servir de guide aux pères, aux mères , aux précepteurs. »
2. En marge de cette dernière séance du Conseil, on lit cette annotation : e Par arrêté du M. C. du 2 mars 1701, il a clé dit que le Conseil ne
Moultou s'arrache à sa douleur, pour prévenir Jean- Jacques :
'( Mon cher ami, j'ai l'âme navrée et je vous écris en frémissant. Votre patrie, non ce n'est pas elle, \ous êtes trop cher à vos concitoyens; à Genève on a brûlé vos deux livres, on vous a décrété de prise de corps. 0 Rousseau ! que ta grande âme s'indigne sans s'abattre; tu seras toujours précieux à ceux qui aiment la liberté'. »
Le Citoyen ne s'attendait pas à une pareille rigueur : il fut consterné : « Quoi! décrété sans être ouï! Et où est le délit? Où sont les preuves? Genevois, si telle est votre liberté, je la trouve peu regrettable'. » Son premier mouvement fut de se rendre à Genève pour purger le décret, mais à la réflexion et sur les conseils de ses amis, il y renonça. Il se serait exposé à une humiliation et à un échec certains, car la passion religieuse soulevait contre lui une grande partie des habitants, môme parmi ceux que ses théories politiques avaient le plus séduit. « Votre patrie se flétrirait sans doute si elle vous forçait à quitter ses murs, lui écrivait Moultou, mais dans l'aveuglement où nous sommes, je ne sais si un jugement odieux ne nous imprimerait pas celte tache élernelle^ »
pense pas que les décrets contre le sieur Rousseau portent atteinte à l'honneur de ce grand écrivain, et que ce qu'ils présentent de rigoureux contre lui se trouve nul et de nul effet, parce qu'il n'a jamais été ouï. — Et que cet arrêté sera inscrit en marge du registre où sont consignés ces décrets, « S. de RocuiiMOiM. »