juin, t 1T
« Ne cherchez point à parler de moi, écrit-il à Moultou, mais dans l'occasion, dites à vos magistrats que je les respecterai toujours, même injuslos, et à lous nos concitoyens, que je les aimerai toujours, même ingrats. Je sens dans mes malheurs que je n'ai pas l'âme haineuse, et c'est une consolation pour moi de me sentir hon aussi dans l'adversité'. »
Mais les jours s'écoulaient cl la bourgeoisie ne bougeait pas; il n'était nullement question de faire réformer le décret. Quand Rousseau vit qu'une quinzaine de ses concitoyens au plus avaient osé affronter le Conseil çt demander des explications, quand il les vit se contenter d'une réponse dédaigneuse et se retirer sans plus insister, il comprit qu'il s'était leurré d'un chimérique espoir et qu'au lieu des démarclies violentes sur lesquelles il avait compté pour forcer la main du gouvernement, tout se bornerait à une vaine démonstration; il ne put dissimuler son découragement:
« Où le ressort public est usé, écrit-il, les abus sont sans remède. L'État et les mœurs ont péri chez nous; rien ne les peut faire renaître. Je crois qu'il nous reste quelques bons citoyens; mais leur génération s'éteint, et celle qui suit n'en fournira plus-. »
En même temps qu'il se disait abandonné des siens, il devenait moins respectueux pour les magistrats; oubliant qu'il avait promis de toujours les respecter même