‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 111 sur 333 · A M. Marcel. 10 août ITOi · texte numérisé non relu

A M. Marcel. 10 août ITOi

les mettait dans un grand embarras. Les bourgeois de Genève en prêtant serment ne s'engageaient-ils pas à protéger la religion réformée contre toute atteinte? Ne les accuserait-on pas de manquer à ce serment s'ils soutenaient un homme qui passait pour n'être plus chrétien? Ne s'exposeraient-ils pas aux foudres du Consistoire? La réserve de la bourgeoisie s'explique donc fort aisément.

On espérait cependant que le temps ferait son œuvre, que l'effervescence soulevée par les écrits du citoyen s'apaiserait peu à peu et que l'on arriverait à lui rouvrir les portes de sa patrie. Moultou faisait les plus louables efforts, pour arriver à ce but, et cependant Jean-Jacques, dans ses accès de méchante humeur, ne lui épargnait pas les boutades ; mais la passion du pasteur pour son ami dépassait toutes les bornes, et elle n'en reçut pas d'atteinte. Un autre fervent, M. Usteri, partageait cet enthousiasme. Depuis que Jean-Jacques était persécuté, Moultou et Usteri se tutoyaient et ils se donnaient des marques d'affection incroyables : « Ces gens-là me font mourir de rire, écrivait Mlle Curchod': j'en demande pardon à Rousseau, mais je crois voir deux ivrognes qui pleurent de joie en s'embrassant parce qu'ils sont tous deux dans le môme état^ »

Rousseau n'était donc pas si mal servi qu'il le disait. Les efforts de ses amis ne furent pas infructueux. Le syndic Jallabert, qui avait courageusement défendu

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