‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 112 sur 333 · A Mlle de Boudeli, 12 octobre 17C · texte numérisé non relu

A Mlle de Boudeli, 12 octobre 17C

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V Emile el son auteur devant le Conseil, ne cachait plus ses espérances: on était même arrivé à trouver un terme (raccommodement : Jean-Jacques devait paraître devant les quatre syndics « qui, après lui avoir témoigné le chagrin que leur avait t'ait sa manière dépenser sur !(• christianisme, lui feraient promettre de ne jamais écrire contre la religion du pays », et ainsi tout serait pacifié.

Malheureusement, {)lus les amis de Jean-Jacques s'ingéniaient à trouver un terrain de conciliation, j)lus le philosophe, se drapant dans sa dignité, se montrait peu disposé à l'apaisement. Son ami, M. Marcel, lui reprochait la raideur et la passion qu'il apportait dans une affaire où il fallait que chacun y mît du sien : « Il n'est pas question, lui disait-il, de faire le Socrate, mais bien le citoyen ferme, qui ne cède à la nécessité que lorsque, manque de ressource, il se croit obligé d'en subir la loi'. »

Rousseau, furieux de cette remontrance, répondait fort aigrement :

« Il est certain qu'au premier moment j'ai été vivemcnJ ému dos indignités (ju'on m'a faites dans ma patrie; mais, l'instant d'après, toute cette émotion s'est calmée, et j'ai vu qu'au fond, c'était m'agiter de rien; car enfin, mon cher philosophe, dites-moi, de grâce, quel intérêt j'ai à tout cela, quel bien me fait ma qualité de citoyen de Genève! quel profit, quel honneur m'en revient- il?... Je trouverai partout

1. Genève, 3 août 17G2. încdilc. Bibliothèque de Neufcliàtel. 5Iss.

autant d'amis et plus de considération qu'à Genève et je ne trouverai nulle part tant d'ennemis ni si dangereux^ »

Et il terminait en déclarant qu'il n'était point d'Iiumeui" « à aller augmenter le nombre des sujets du poète Voltaire, et qui pis est du jongleur Tronchin. » Les efforts de ses amis devenaient donc bien inutiles en présence d'une pareille détermination et mieux valait pour eux s'abstenir de démarches compromettantes.

La sombre humeur du citoyen s'explique, car de nouveaux soucis venaient de fondre sur lui. La persécution qui l'avait chassé de Paris et de Genève ne s'était pas arrêtée là.

« Les deux décrets, écrit-il, lurent le signal du cri de malédiction qui s'éleva contre moi dans toute l'Europe avec une fureur qui n'eut jamais d'exemple. Toutes les gazettes, tous les journaux, toutes les brochures sonnèrent le plus terrible tocsin.... J'étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bêle féroce, un loup-. »

En effet, le Conseil de Berne, ému par la clameur que soulevaient partout V Emile et le Conlrat social, crut devoir imiter les sévérités dont Genève et Paris . lui avaient donné l'exemple; les ou\rages furent brûlés par la main du bourreau et l'auteur reçut l'ordre de sortir sans délai des terres de la république ^ Ce troi-

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