‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 114 sur 333 · Dfleyre à Rousseau, 10 juin · texte numérisé non relu

Dfleyre à Rousseau, 10 juin

2. Mme Boy de la Tour était veuve; elle avait à Lyon une niaisoii de commerce qu'elle diri^'eait elle-même.

3. Milord Maréchal pi-it part au junuvenieiit jacobite de ITlô; il fut condamné à morl et forcé de s'exiler.

■214 VOLTAIRE ET J.-.l. ROUSSEAU

avait toujours été pour lui un objet do vive antipathie. Parmi les estampes qui ornaient son cabinet de Montmorency, tout le monde pouvait voir un portrait de Frédéric avec ce distique :

La gloire, riutérèt, voilà son Dieu, sa loi ; 11 pense en philosophe et se conduit en roi.

« Ce vers, dit Jean-Jacques, qui sous toute autre plume eût fait un assez bel éloge, avait sous la mienne un sens qui n'était pas équivoque'. » Tout récemment encore, dans VÈiniJe, on pouvait lire un passage des plus mordants à l'adresse du roi'.

Quelle allait être l'attitude de Frédéric? Comment allait-il accueillir l'homme qui, après l'avoir si peu ménagé, en était réduit à implorer sa clémence : « Ce sera pour Frédéric, écrivait Grimm, en rappelant le passé, une raison de plus pour respecter le malheur de Jean-Jacques Rousseau et pour protéger un écrivain illustre en dépit des sots et de ses propres folies. »

C'est en effet ce qui arriva. Du reste, à peine à Motiers, le fugitif s'empressa d'écrire au roi, et sa lettre, sous une rudesse apparente, était digne du plus habile courtisan.

La réponse de Frédéric fut ce qu'elle devait être. Il écrivit à Milord Maréchal : « Il faut soulager un malheureux qu'on ne peut accuser que d'avoir des opinions singulières, mais qu'il croit bonnes. » Et il accorda l'asile demandé en recommandant la prudence

Page 1