‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 13 sur 333 · Confestions. Partie II, livre VH · texte numérisé non relu

Confestions. Partie II, livre VH

VdLTAlKE ET J.-J. HOUSSE VU 2',)

alîeclioii ii'clait pas iiiiirc dans le cœur de riioimnc ! Mais }ioiir élever ses eiiraiils, il laiil soiiveiil s'iinposer une gène et des soiieis, doiil rauleui- d'Éinili- aiiiiail mieux se dispenser. N elait-il pas beaiicoup plus siuijde de les jeler à l'hospice et de n'en plus entendre parler'?

Si nous insistons sur ces êvénemenls et sur les niodilicalions que nous venons de signaler dans la manière d'être et dans l'esprit de Rousseau, c'est ({u'ils sont à notre avis le point de départ d'une perluii)alion mentale, qui va s'accroître peu à peu. Déguisée au début sous une affectation de singularité, de misanthropie, elle fut à peine remarquée; alimentée par un orgueil immense et une invincible jalousie, elle devint bientôt la manie, puis le délire de la persécution, enfin la folie pure.

Après cette rapide esquisse de l'état moral de Rousseau, ajoutons une particularité sur son état physique, particularité de grande importance, car elle a eu, nous en sommes convaincus, une véritable influence sur sa vie.

Jean-Jacques était affligé depuis sa naissance d'une infirmité physique, disons le mot, d'une maladie de vessie, qui ne fit que croître pendant de longues

1. On a dit que si Jean-Jacques avait mis ses cinq enfants aux Enfants trouvés, c'est qu'il savait pertinemment qu'ils n'étaient pas à lui. Mais alors comment écrivait-il de Thérèse à Mme de Luxembourg, le 1-2 juin 1761 : a Je l'ai toujours aimée et honorée comme ma femme, à cause de son bon cœur, de sa sincère affection, de son désintéressement sans exemple et de sa fidélité sans tache sur laquelle elle ne m'a pas même occasionné le moindre soupçon. » Et celte affirmation, il l'a répétée cent ibis.

années, et qui lui causa les plus cruelles souffrances. Il crut longtemps ses jours menacés, et dès 1751 il écrivait qu'il était atteint d'une maladie mortelle et très douloureuse*.

Les indispositions de ce genre, la médecine le reconnaît, ont toujours une influence considérable sur le moral; elles poussent à l'hypocondrie, à la tristesse, à la misanthropie, souvent à la monomanie, quelquefois même au suicide. Avant de voir l'état mental de Rousseau s'aggraver, il n'est que juste d'indiquer cette cause physique qui pour nous contribua puissamment à déséquilibrer les facultés du citoyen de Genève; elle lui enleva une partie de son libre arbitre, et le rendit par conséquent dans une certaine mesure irresponsable de ses actes.

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