juin 17G2. Slreckeiscn-Moultou
Il l'engageait encore à développer un point d'une importance capitale, c'est qu'il n'avait en aucune façon voulu détruire la religion de son pays. En effet depuis 1754, Rousseau, en rentrant dans la foi de ses pères, a repris son titre et ses droits de bourgeois de Genève. Or, le serment des bourgeois, on Ta vu, contient une promesse formelle de inainlenir et de conserve!^ la religion établie, qu'ils déclarent croire de tout leur cœur. Ce serment, on l'accuse de l'avoir méconnu. C'est le grief le plus sérieux exploité contre lui, celui auquel il est le plus urgent de répondre.
Rousseau repoussa ces propositions avec indignation, et refusa toute explication, sans se soucier de l'extrême embarras dans lequel il plaçait ses amis.
Cependant, en souvenir d'anciennes et intimes relations, la compagnie des pasteurs resta tout d'abord dans une assez grande réserve, et bien qu'au point de vue religieux elle fût la première intéressée, elle eut le bon goût de se tenir à l'écart et de ne pas s'associer à la violente indignation du Conseil. Le résultat fut que, dans le public, les pasteurs se trouvèrent gravement compromis et que leur sympathie pour l'auteur à' Emile leur fut sévèrement reprochée.
Le bruit courait à Paris, à l'Académie française, et dans les cercles littéraires, que si les magistrats avaient condamné VÉmile, le clergé l'avait approuvé. La Gazette de Bruxelles enregistrait ces bruits et la Gazette d'Utrechl publiait ce perfide entrefilet :
VOI.T.VIIIK KT .l.-.l. l'.OUSSIwVr 245
u Grand cl l'-tliliant spetiacle ufi'erl i)ai' la vénérablo compagnie des pastenrs de Genève! Tandis que le gouvenieniont brûle les livres de housseau, le clergé les approuve el se trouve très heureux d'en èlre réduit à une religion naturelle qui ne prouve rien et ne demande pas grand chose*. »
Ce passage était uvidcmmenl de nature à compromettre le clergé genevois. Monltoii n'hésita pas à l'attribuer à Voltaire et à d'Alembcrt, mais sans fournir la moindre preuve de leur culpabilité.
Il se peut cependant que Voltaire, qui en fait de mauvais tours était en compte réglé avec les pasteurs, ait choisi avec empressement celte occasion de les meltre dans l'embarras; il est également fort possible que d'Alembert se soit empressé d'aider le patriarche dans cette louable entreprise; depuis l'article Genève, il ne demandait qu'à être désagréable aux pédants sociniens qui l'avaient désavoué.
Si cet entretilet était l'œuvre de Voltaire, Rousseau de son côté ne ménageait ni les pasteurs ni le châtelain de Ferney, et il s'efforçait de les compromettre. D'après Wagnière^ voici une note que Jean-Jacques envoya à Paris et qui figure dans les Mémoires de Bachaumont à la date du 8 juillet'' :
1. Moultou fait allusion à cet article dans sa lettre du 1" septeinlire