‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 138 sur 333 · I. r.O oclobro ll · texte numérisé non relu

I. r.O oclobro ll

motifs plausibles et avouables, se perd dans un lissu de contradictions. Désespérant d'en sorlir, il Unit par déclarer à Mme de Boufflers « qu'on le traitera d'hypocrite tant qu'on voudra, mais qu'il ne renoncera point à la religion de ses pères, à cette religion si raisonnable, si pure, si conforme à la simplicité de l'Évangile, où il est rentré de bonne foi depuis nombre d'années, et qu'il a depuis toujours hautement professée, ïl n'y renoncera point au moment où elle fait toute la consolation de sa vie. »

C'était déplacer la question, mais ce n'était pas répondre. Personne ne lui demandait de quitter encore « la religion de ses pères » au moment où il venait d'y rentrer avec éclat pour la troisième fois. Bien loin de lui conseiller, comme il semble l'indiquer, une nouvelle apostasie, on lui reprochait au contraire l'abus des apostasies, ce qui n'est pas la même chose.

Cette communion retentissante remplit assurément le but que le philosophe poursuivait. Non seulement elle le mit à l'abri des tracasseries dans le Val de Travers, mais elle plaça dans le plus grand embarras les magistrats de Genève qui l'avaient condamné, lui et ses ouvrages. Qui oserait maintenant lui reprocher d'avoir attaqué la religion réformée, qui oserait l'accuser d'avoir trahi son serment de bourgeois, qui oserait lui fermer la porte de sa patrie? N'élait-il pas calviniste croyant et pratiquant?

Ses partisans, qui s'étaient trouvés placés dans une situation si douloureuse, combattus entre le désir de

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soulenir leur ami cl la crainte de manquer à leur serment, ne virent donc plus d'obstacle à la réalisation de leurs désirs. Celte communion levait tous les scrupules, on pouvait désormais sans se compromettre soutenir hardiment la cause d'un si bon chrétien! Aussi la lettre à M. de Monfmollin souleva-t-elle dans la bourgeoisie le plus vit' enthousiasme; plus de deux cents copies en furent répandues dans la ville.

M Ma lettre, écrit Rousseau, a fait à Genève un effet qui a mis les Yollairiens au désespori. et qui a redoublé leur rage. Des foules de Genevois sont accourus à Motiers, m'embrassanl avec des larmes de joie; t't appelant hautement M. de Montniollin leur bienfaiteur et leur père. 11 est même sûr que cette affaire aurait des suites, pour peu que je fusse d'humeur à m'y prêter'. »

11 se montrait du reste enchanté de la réussite de ses ingénieuses combinaisons :

u 11 est vrai, disait-il, que bien des ministres sont mécontents. Voilà, pour ainsi dire, la Profession de foi du vicaire approuvée en tousses points par un de leurs confrères; ils ne peuvent digérer cela. Les uns murmurent, les autres menacent d'écrire, d'autres écrivent en effet, tous veulent absolument des rétractations et des explications qu'ils n'auront jamais ^ »

Cette communion fut en efiet un coup de maître. Elle mit l'aristocratie et les pasteurs de Genève dans

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